[Live Review] Elysian Fields et Garciaphone au Café de la Danse (Paris) : élégance et fascination intactes

Trente ans après un premier album acclamé, Elysian Fields reste une référence dans le domaine de la pop indé langoureuse. Ils l’ont encore montré au Café de la Danse, lors de l’étape parisienne de leur tournée.

Elysian Fields Café de la Danse JB
Elysian Fields au Café de la Danse – Photo : Jérôme Barbarossa

C’est désormais un rendez-vous bien installé. Tous les deux ans, Elysian Fields est en tournée française et retrouve son public parisien au Café de la Danse. Généralement, c’est pour promouvoir leur dernier album, comme cela a été le cas avec Once Beautiful, Twice Removed en 2022, et What the Thunder Said en 2024. Le concert de cette année est un peu différent, puisqu’il s’agit d’une tournée anniversaire pour leurs 30 ans. Et là, forcément, on mesure le temps passé : Bleed Your Cedar est sorti il y a déjà 30 ans, et Oren Bloedow et Jennifer Charles ont commencé à imposer leur univers depuis longtemps. Trente ans, en ce qui me concerne, sans manquer beaucoup de concerts ni d’albums. La qualité reste au rendez-vous, les deux derniers disques comptant parmi les plus solides du groupe. Ils sont accompagnés par Olivier Perez, alias Garciaphone, à la batterie, et Matthieu Lopez, alias Matt Low, à la basse. Ces deux-là sont beaux-frères et jouent ensemble depuis environ quinze ans. Ils assurent également les premières parties d’Elysian Fields sur cette tournée, tandis que le père, Guy-Marie Lopez, est comme d’habitude au merchandising. Une histoire de famille, donc.

Garciaphone Café de la DanseCe dimanche à Paris, c’est au tour de Garciaphone d’ouvrir. Le seul problème est que, comme souvent désormais le dimanche soir, les concerts commencent plus tôt qu’en semaine. Vraiment plus tôt… Une ouverture des portes à 18 h et un démarrage à 18 h 30 pétantes. Je ne vais pas me plaindre : la consigne était claire et le public au rendez-vous. Ce qui était moins prévu, ce sont les embouteillages créés par les festivités autour du titre du PSG, que je vais payer en arrivant à la fin du set de Garciaphone. Le Café de la Danse est en configuration totalement assise, et j’arrive à trouver une place au premier rang, complètement sur la droite. J’ai donc pu profiter de deux titres de Garciaphone, juste le temps de constater que c’était… vraiment bien ! Olivier Perez, tout seul en scène avec sa guitare acoustique et ses compositions folk. Très frustrant, donc. Dirigeons-nous vers le merchandising, ce qu’il ne faut pas faire quand on est agacé et qu’on a une carte bleue avec soi, et a fortiori quand il est aussi bien achalandé : il y a tous les CDs ! Heureusement pour moi, le mal était déjà fait, et seul le dernier manquait encore à la collection, ce qui limite un peu le risque de craquage. Je rassure tout le monde : je ne vais pas rester énervé très longtemps, avec ce qu’il va se passer ensuite.

Il est 19 h 30 quand Jennifer Charles et Oren Bloedow arrivent sous les applaudissements. D’où je suis placé, une baffle géante me cache presque totalement Oren Bloedow. Le groupe joue devant une lumière rouge qui se reflète sur le mur derrière lui, et commence le set avec un nouveau titre, Grace Sherwood, du nom d’une guérisseuse du XVIIe siècle condamnée pour sorcellerie. La suite du concert prend la forme d’une rétrospective de leur carrière, en parcourant largement leur discographie, le dernier album se taillant une relative part du lion avec quatre titres. C’est d’ailleurs l’un des meilleurs, Must Have Meant, qui suit. La voix de Jennifer Charles reste toujours aussi sensuelle, Oren Bloedow l’accompagne dans les chœurs. This World Is Just A World s’impose sans difficulté. Un peu plus tard, Before The Crashing Waves confirme que la place accordée à cet album ce soir ne tient pas seulement à sa nouveauté : au bout de trente ans de carrière, Elysian Fields continue de produire des disques très consistants.

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On apprécie beaucoup cette configuration avec un groupe complet. Depuis que nos deux Français font partie intégrante du groupe, sur scène comme sur disque pour le dernier album, le son a pris une tonalité rock plus affirmée, même sur les titres les plus calmes. Cela permet aussi à Oren Bloedow de délivrer des passages, saturés ou non, toujours subtils et inventifs. C’est particulièrement net sur Tidal Wave, cet extrait de Pink Air devenu un classique de leurs setlists et un bon exemple de leur facette rock. Quel que soit le style des morceaux, Jennifer Charles occupe la scène avec aisance, manifestement heureuse d’être là, très souriante. J’ai essayé de prendre des photos d’un peu plus loin que d’habitude, connaissant son aversion pour les prises de vue trop rapprochées.

Un des moments forts du concert survient avec Passing On the Stairs. Deux voix qui se répondent, avec Oren Bloedow chantant à la manière de Leonard Cohen. Histoire d’une rencontre et d’une occasion manquée, le morceau prend une résonance particulière entre deux musiciens qui ont partagé beaucoup de choses et dont la complicité sur scène reste évidente.

Elysian Fields Café de la Danse 02S’il y a bien un moment attendu, c’est l’apport des cordes à la musique du groupe. De la même façon qu’elles enrichissent sur scène la musique des Tindersticks, leur incorporation à celle d’Elysian Fields apparaissait comme une évidence. Et quel meilleur morceau pour le montrer que Black Acres, tiré de Queen of the Meadow ? L’interprétation est saisissante, dans un registre suspendu que le groupe maîtrise particulièrement bien. Last Night on Earth tourne ensuite au blues avant un inattendu Lions in the Storm, puis Dream Within a Dream, qui conclut la partie trio à cordes du concert sur une autre belle séquence. On a beaucoup écrit sur la voix de Jennifer Charles. Certains de mes amis la trouvent maniérée. Pour ma part, elle reste l’un des grands atouts du groupe, et ce concert compte parmi les plus marquants que j’aie vus de leur part, par l’équilibre qu’il trouve entre les dissonances, les tensions rock et les titres les plus lents de leur discographie.

Le rappel comportera trois titres, avec l’un d’eux qui restera particulièrement marquant : un autre duo, Ashes in Winter Light, seul morceau de The Afterlife ce soir. Les cendres se sont consumées, les regrets et les espoirs sont là en même temps, les paroles répondent à celles de Passing On the Stairs, la première étant dans l’attente et la seconde dans la nostalgie et les souvenirs. Et, musicalement, les deux se répondent avec une intensité comparable. Jennifer n’oubliera pas au cours de ce rappel à rendre un hommage appuyé à Loic Barrouk, fondateur et directeur de la salle, décédé cette année.

Il ne reste plus à Shadow Of The Living Light qu’à conclure quatre-vingt-dix minutes particulièrement convaincantes, sous des acclamations méritées et des sourires qui en disent long sur le plaisir évident pris par un groupe qui a déjà été plus taciturne sur scène. En ce qui nous concerne, nous sortons du Café de la Danse encore impressionnés, et déjà dans l’attente des dates de la tournée 2028, toujours très attachés à ce groupe singulier dont la musique conserve un vrai pouvoir de fascination.

Garciaphone : Non noté
Elysian Fields :

Laurent Fegly
Photos : Laurent Fegly / Jérôme Barbarossa

Elysian Fields et Garciaphone au Café de la Danse (Paris)
Production : La patte de l’ours
Date : le dimanche 31 mai 2026

Leurs derniers disques :

Ghost FireGarciaphoneGhost Fire
Label : Microcultures Records
Date de parution : 8 novembre 2024

 

 

 

 

 

What The Thunder SaidElysian FieldsWhat The Thunder Said
Label : Ojet Records
Date de parution : 3 mai 2024

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