Les Danois d’Iceage reviennent en forme. Avec For Love of Grace & the Hereafter, ils retrouvent l’inspiration et renouent avec un blues rock aussi pop que punk.

Après une prestation assez banale au Islington Assembly Hall de Londres en avril 2023, j’avais quitté Iceage à bout de souffle après un concert en demi-teinte, à l’image de l’album Seek Shelter qu’ils venaient de sortir. Une déception alors que leur Lockdown Blues m’avait réjoui pendant les mois d’un confinement qui s’éternisait. Mais quand le monde s’était rouvert, les Irlandais de Fontaines D.C. et de The Murder Capital avaient pris le devant de la scène pour montrer que le rock peut avoir des textes brillants, des mélodies aussi accrocheuses sans être faciles, et que la guitare est un instrument dont on peut tirer des sons étonnants.
Le rock est un style impitoyable, où il est dur, mais pas impossible, d’être et d’avoir été. L’obsolescence n’y existe pas vraiment : les albums restent, et si les nouveaux ne surpassent pas les précédents, ils finissent oubliés. Le rock est aussi un moteur d’espoir, où tout est possible, surtout quand un groupe est en résonance avec son époque. C’est aussi avec une bonne dose d’espoir que je me suis jeté dans l’écoute de For Love of Grace & the Hereafter, un album au titre ambitieux. La première écoute m’a confirmé que Iceage était encore bien vivant, les suivantes m’ont rappelé pourquoi j’aime ce groupe, et montré à quel il semble toujours aimer ce qu’il fait.
Sur cet opus, Iceage revient à ce qui fait l’essence de sa musique : des chansons électrisantes qui font vibrer les cordes sensibles, avec une minutie extrême dans la construction de morceaux en apparence simples. C’est l’œuvre d’un groupe qui fonctionne, et il faut souligner la grande stabilité de son line-up, puisqu’à part l’ajout d’un troisième guitariste en 2019, c’est la même bande d’amis depuis sa formation en 2008.
C’est la première fois en six albums que les Danois retournent dans le même studio, en l’occurrence une cabane en Suède où ils avaient déjà enregistré Plowing Into the Field of Love en 2014. Pour les connaisseurs, c’est l’album avec lequel leur musique s’était affinée, ajoutant une touche blues à leur punk rock, et une écriture plus soignée à leur musique typée noise DIY. Le mixage s’est fait à Copenhague, et comme toujours, la production est assurée par le groupe lui-même et Nis Bysted.
Cinq ans, c’est une longue attente entre deux albums, surtout pour un groupe qui tourne assez peu, mais le chanteur Elias Rønnenfelt a été bien occupé. Sur les deux dernières années, il a sorti deux albums solo et un autre en duo avec Dean Blunt. Une expérience qui lui a permis d’explorer des styles différents, plus acoustiques, plus expérimentaux, et qui a abouti à un recentrage bienvenu avec Iceage, le moment venu.
Salve for Every Sore est une démonstration de leur art d’écrire des chansons sans forcer, un titre sur lequel le groupe entraîne une section de cordes dans des sonorités rock. Quant aux paroles, elles puisent aussi bien dans la poésie classique du XIXe siècle que dans les protest songs des années 70, tandis que les guitares s’intègrent avec élégance dans une composition déjà dense, sans jamais l’alourdir. Lifetime est bondissante, avec une superposition de guitares qui embrassent tous les genres de l’indie rock, de la pop claire au shoegaze, alors que les paroles passent les limites du cynisme en répétant « Get ready for a lifetime of beating« , comme si c’était normal.
Il y a de l’énergie et de la joie dans cet album qui réussit un exercice d’équilibrisme, être du bon côté de la nonchalance sans tomber dans la facilité. Nous saurons à la fin du mois si The Strokes parviennent à faire aussi bien. Et en novembre, au festival Pitchfork à Paris, nous verrons comment les Danois défendent leur nouvel album sur scène.
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Jean-Christophe Gé
Iceage – For Love of Grace & the Hereafter
Label : Mexican Summer
Date de parution : 29 mai 2026
