Dans un récit sans fard, Pieterke Mol évoque l’héritage invisible qu’est l’alcoolisme, né de blessures et de failles familiales. L’héroïne, Debbie, est lumineuse, honnête et droite dans ce qu’elle est et dans ce qu’elle refuse d’être. Le texte oscille entre rudesse et sensibilité, à l’instar des personnages.

Pieterke Mol a écrit un roman choral qui fait des va-et-vient entre passé et présent sur trois générations pour expliquer la vie de Debbie. Trentenaire un peu paumée, elle est la fille de Guus, alcoolique invétéré, pour qui « son meilleur ami, c’est son verre de vin ». La mère de Debbie a elle aussi plongé dans l’alcool quand elle a quitté Guus. Elle en est morte. Tous deux enfants non désirés, l’alcool a été un refuge qui leur a permis de se couper de la réalité.
Debbie s’accroche à ce qu’elle peut : sa passion pour la photographie, son nouvel amoureux et son grand-père paternel. Elle est lucide et sait qu’elle est fragile. Elle a passé sa vingtaine à se perdre dans les fêtes et l’alcool. Elle lutte, elle s’accroche. Mais pour maintenir la tête hors de l’eau, elle veut comprendre pourquoi ses parents se sont détruits à petit feu. Debbie pense à la maternité. Comment échapper à ce qui s’apparente à une malédiction familiale ? Elle s’est construite dans l’insécurité affective qui ne lui ont pas permis d’envisager sereinement l’avenir. Les moments d’euphorie paternelle et de violence ont fait partie du paysage de son enfance.
« Je sais que la majorité d’entre vous ont des enfants. Parfois, j’en ai envie, moi aussi. Mais il m’a fallu trente ans pour me réveiller. Pour vivre pour moi. Et pas pour mon père ou pour ma mère. Ils ont pris mon énergie. Ils ont pris mon amour. Ils ont pris mon temps. Je suis devenue avare. Je n’ai plus envie de partager. Avec Frank, c’est compliqué. Il veut plus. Il veut des projets. Il veut donner, transmettre. Moi aussi, je veux transmettre. Est-ce qu’on ne transmet qu’en faisant des marmots ? Et si je le faisais puis que je regrettais ? Est-ce que les parents regrettent, parfois ? Est-ce qu’ils osent le penser ? Une part de moi voudrait faire un enfant ? Pour le lien. Le seul qui existe. Entre une mère et un enfant. Souvent, je voudrais retrouver ma mère. La sentir, son étreinte. Elle me manque. Et si, en créant le lien, je renouvelais la dépendance ? […] »
Comme ta mère est un texte lumineux. Pieterke Mol ne sombre pas dans le misérabilisme. Elle livre un récit réaliste qui sonne juste. Au-delà de l’alcoolisme, c’est de la maternité qu’il est question. De celle qui est subie et de celle qui est choisie. La fragilité de Debbie transparaît dans ses doutes.
Comme Pieterke Mol, Debbie a un père hollandais et une mère belge. Si elle a grandi en Belgique, coupée des racines paternelles, elle y revient sur l’insistance de son grand-père, qui lui demande de l’aide pour soutenir son père dans son énième lutte contre l’alcool. Comme ta mère est émaillé d’expressions et de références néerlandaises. Debbie est tiraillée entre ses deux pays, comme elle l’a été entre ses deux parents.
Pieterke Mol a écrit un roman d’une grande sensibilité, qui bouleverse par son réalisme. Jeune autrice belge, Comme ta mère annonce un futur prometteur.
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Caroline Martin
