Dans un cadre aux tons ocres et bleutés, au fond d’un puits, un homme aux traits saccadés et tristes s’acharne sur la roche, à la recherche de l’or noir. C’est la première séquence de There Will Be Blood, le nouveau chef-d’œuvre de Paul Thomas Anderson…

En faisant de son film une épique métaphore de l’égoïsme qui gangrène son pays, les Etats-Unis, pour ne pas dire le Monde entier, P.T. Anderson réalise le film parfait sur le sujet, si complexe et insaisissable, de l’industrie pétrolière. Mais le cinéaste traite de son thème en partant non pas sur une description du milieu, mais plutôt sur les conséquences inexorables qu’un idéaliste va provoquer autour de lui, et sur lui-même à commencer.
Le schéma, pour le coup, était donc finalement applicable sur l’univers automobile autant que sur celui de la drogue par exemple, mais Anderson n’oublie tout de même pas de remettre son récit dans un contexte réaliste et particulier, et souvent nous montre-t-il les difficultés de travail des ouvriers, les dangers auxquels ils s’exposent consciemment sous la tutelle d’un patron qui les exploite.
Bref, en 2h30, le réalisateur parvient à tout brasser ; aussi bien la difficulté du métier donc, que la dégradation totale de la relation père/fils, des croyances et des connaissances. Certes, on pourra forcément reprocher à Anderson de ne pas avoir su tout traiter dans un temps limité, mais l’incroyable densité qu’il procure à son film, de par le simple génie filmique de l’aridité du désert californien, remplit tout. Car au final, peu importe qu’il manque une scène de dispute ou un baiser, une larme ou une goutte de sang ; l’impression globale qu’il nous laisse est impressionnante. Justement parce qu’il y a tout cela, dosé de manière à ce que tout rentre dans un même ordre. Il n’y a finalement rien de trop.
Pour exemple, la musique, pourtant souvent présente, semble plus nécessaire qu’ailleurs, pour souligner les sentiments de plus en plus incontrôlables, les envolées tragiques enfouies sous le sable chaud. Ses dissonances si particulières, ses cordes stridentes dans un paysage brûlant et vallonné, ses élans dévastateurs par de simples jeux de sirènes, mais encore les notes si démesurées de Brahms, bref, tout affiche comme il faut la pensée des personnages, et rajoute au passage au film ce que l’image seule ne peut donner ; ici, la poésie ineffable, la violence sourde, l’étrangeté quasiment macabre, expulsant les conventions d’atmosphère de la ‘simple’ grande fresque. Rajoutée à la photo du grand Robert Elswit, qui fait vivre et mourir son décor par la puissance de clairs obscurs éthérés, qui mythifie et complexifie le vide désertique du paysage et sait rendre à l’aube la si mystérieuse lourdeur d’une nuit moite, effondrée mais qui a laissée ses marques, ainsi qu’au montage fluide et pesant de T.S. Riegel et Dylan Tichenor, les notes, emplies de clarté et d’émotion, scintillent parmi les visages marqués de ces faux héros du pétrole, dans l’intriguant développé d’un paysage à la saveur du passé, mais sans formes ni dédales.
Aidé, il faut tout de même l’avouer, et l’oublier serait une grave erreur, par Daniel Day-Lewis, non habité, ni hanté par son personnage, mais pénétré de toute part, par tous les pores de sa peau suante (rôle qui lui a valu cette année l’Oscar du meilleur acteur), et Paul Dano, d’une intensité comique et dramatique incroyable, There Will Be Blood est une œuvre maîtresse qui détruit tout sur son passage, aussi puissante qu’un flot de pétrole qui jaillit sans prévenir, alignant une pléthore de scènes superbes (dont l’embrasement du derrick, qui induit sa clarté rougeoyante dans le ciel).
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Jean-Baptiste Doulcet

Je n’ai pas non plus été emballée par “There will be bloodâ€. Mais bon, il y a des scènes correctes (notamment avec le prêtre Eli)
Je n’ai pas non plus été emballée par “There will be blood”. Mais bon, il y a des scènes correctes (notamment avec le prêtre Eli)
Je n’ai pas non plus été emballée par “There will be blood”. Mais bon, il y a des scènes correctes (notamment avec le prêtre Eli)