On était restés scotchés par l’album précédent de DIIV, Boiled Alive, avec ses incartades shoegaze psychédéliques. DIIV plonge à nouveau dans le chaudron d’une musique où se côtoient électronique et riffs enrobés d’une pâte expérimentale.

Très prolifique, le combo new-yorkais est de retour un après Boiled Alive, où guitares fiévreuses, rythmiques hypnotiques et expérimentations sonores explosaient dès la première minute. Zirp! s’impose immédiatement comme l’un des disques plus représentatifs de l’identité musicale de DIIV : avec sa rugosité musicale, l’album se dresse comme un étendard du shoegaze que le groupe affectionne.

Comment réussir à renouveler un genre musical dont les codes semblent désormais bien établis ? Dans un monde musical de plus en plus soumis aux logiques industrielles et à l’intelligence artificielle, le quintet prouve une nouvelle fois que l’inventivité passe par le refus des recettes toutes faites. Zirp! est une référence à la politique des taux d’intérêt zéro pratiquée dans les économies contemporaines, un pied de nez volontaire qui se traduit également par une critique acerbe du streaming.
The Fountain, qui ouvre l’album, bondit avec une énergie débridée, les mélodies sont mises en avant, portées par une rythmique foutraque. La production a été confiée à A. G. Cook (Turnstile, Caroline Polachek…), qui a retravaillé les compositions de DIIV à partir de leurs démos, d’où cette sonorité parfois lo-fi. Le groupe semble avoir voulu remettre en question ses propres habitudes de composition, en explorant des textures et des structures moins conventionnelles.
DIIV se réinvente ainsi à travers une musique foisonnante, mais jamais désordonnée, privilégiant une écriture plus abstraite et des expérimentations qui l’éloignent des conventions du rock. Une musique en prise directe avec le réel, qui traduit avant tout une irrépressible nécessité de s’exprimer autrement, il suffit d’écouter Us Against you, déstructuré au maximum, avec ses arpèges hypnotiques, dont l’intensité s’accroit avec en fond, une saturation extrême. Loin de la prévisibilité de certaines productions actuelles, l’effet de surprise est total avec Kid, qui pourrait bien être la chanson pop parfaite. Et l’objectif est largement atteint. Sans renier ses influences ni son héritage musical, DIIV porte un regard critique sur le présent et l’avenir, à travers une musique résolument moderne, parfois même avant-gardiste.
Underground monte d’un cran en termes d’expérimentations, son introduction est le carburant d’un groupe dont la volonté est de renverser les normes. Les rythmes semblent avoir été extraits de bandes magnétiques. Il y a chez DIIV quelque chose que d’autres n’ont pas, même si l’on pourrait rapprocher leurs compositions dream pop de celles de Launder, Superheaven, Bdrmm ou encore Autolux. Mais il y a aussi chez DIIV ces fulgurances jubilatoires où l’énergie est décuplée dans une violence pourtant contenue, qu’illustre My Star, avec cet agrégat d’instruments éthérées, des murs infranchissables de fuzz. Le tempo ralentit avec Idiot In The Sky, preuve que le quartet sait calibrer sa musique pour mieux la contenir.
C’est un état d’esprit de la coolitude qu’exprime DIIV sans que la lucidité de ses membres ne soit pour autant négligée. La musique perchée de DIIV a tendance à être contagieuse, et elle est une exaltante démesure de liberté, dont l’inventivité hybride et mutante ne peut que marquer les esprits.
Encore une belle démonstration de force du label Fantasy Recordings, dont les publications se rapprochent de celles de Fuzz Club Records.
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Franck Irle
