En 2024, les éditions Fleuve noir avaient lancé une série littéraire, un spin off, dérivée de la fameuse série tv Le Bureau des Légendes dont l’écriture avait été confiée au journaliste-écrivain Thomas Cantaloube que l’on connait déjà pour ses thrillers géopolitiques. Voici donc la troisième mission : Les mouettes – mission Bakou (la série était annoncée comme une trilogie : ce serait donc la dernière hélas !)

La série s’ouvrait en 2024 avec Les mouettes – mission Lybie (un premier épisode un peu long à se mettre en place, comme c’est souvent le cas quand il faut démarrer une nouvelle « saison ») et en 2025, ce fut Les mouettes – mission Iran (beaucoup plus réussi). Les mouettes, c’est le surnom de ces commandos de la DGSE qui sont chargés, en terres étrangères, des basses besognes de notre chère république.
Comme dans toute bonne série, on va pouvoir retrouver nos personnages préférés, à commencer par Yannick Corsan, le héros, qu’on surnomme Icare (ça lui va bien, il est un peu tête brûlée), toujours en conflit avec sa hiérarchie et qui n’a jamais vraiment fait le deuil de la disparition très mystérieuse de son épouse, Clarisse.
Il y a sa chérie du moment Mélanie, une collègue (ce qui ne se fait pas trop à la DGSE), une droniste, qui ne fait pas partie des commandos mais va se trouver embarquée avec Corsan. Et puis bien sûr, les patrons du Service Action comme Marie-Jeanne Duthilleul (rappelez-vous, c’était Florence Loiret Caille à l’écran) ou encore Marcel Gaingouin (Patrick Ligardes).
Si vous vous souvenez de l’épisode précédent, l’un des membres du Service Action a disparu en Algérie, peut-être a-t-il trahi, peut-être a-t-il été kidnappé par les iraniens, … en tout cas Boulevard Mortier, c’est la cellule de crise. Et puis que cachent les mystères autour d’Hector et de la disparition de Clarisse ?
« Le colonel Hector Feyder, un des pontes du Service Action de la DGSE, après avoir disparu en Algérie, semblait avoir fait défection en faveur des Iraniens. […] Hector s’était évanoui dans la nature et personne ne savait où il se trouvait. »
Et sachez qu’aujourd’hui pour aller du Boulevard Mortier (le siège parisien de la DGSE) jusqu’à Bakou, la route de l’espionnage passe … par Nouméa et la Nouvelle-Calédonie ! Oui, souvenez-vous pendant les émeutes indépendantistes de 2024, les drapeaux azerbaïdjanais fleurissaient parmi les manifestants : la dictature éclairée d’Azerbaïdjan soutenait la Kanaky pour faire suer l’État français qui avait pris position en faveur du Haut-Karabakh arménien (le monde est petit !). Voilà qui explique le voyage de nos héros de Paris à Nouméa jusqu’à Bakou !
« Le président Aliyev n’aime pas nos déclarations publiques à propos du Haut-Karabakh ni nos liens avec l’Arménie, et il souhaite que la France modère ses propos. »
Au fil des épisodes, Thomas Cantaloube a réussi à bien roder sa série : tout est en place, les personnages sont solides, le rythme est au rendez-vous. On se cale dans son fauteuil en sachant que l’on va passer un très bon moment, exactement comme devant un bon film.
La prose de Cantaloube est toute au service de son récit pour aller droit à l’essentiel, peut-être est-ce dû à son expérience de journaliste. Ses romans sont très soigneusement documentés, très vraisemblables, et sans jamais que cela pèse sur la lecture, il réussit à faire passer dans ses polars toute sa connaissance des conflits, des zones de crise, de la géopolitique contemporaine. Chaque épisode s’inscrit dans l’actualité même de l’époque de sa parution : c’est pour le lecteur, l’assurance d’en apprendre un peu plus chaque fois, comme ici sur l’Azerbaïdjan.
![]()
Bruno Ménétrier
