Elodie Frégé – La fille de l après-midi

Contre vents et marées je défends chez Benzine le charme qui se dégage depuis deux albums, des productions d’Elodie Frégé.
Et je sais, je sais, je prête le flanc à  la critique. Il y a une part de justesse d’ailleurs dans vos remarques. Une part de mauvaise fois aussi, ne mégotons pas. Au rayon de vos critiques valables il y a la réflexion désarmante :  » Mais pourquoi t.’attacher à  cette artiste, alors que tu passes sous silence des sorties bien plus intéressantes ».

Vrai. La fille de l’après-midi est loin d’être l’album indispensable de 2010. Il n’empêche qu’il m’accroche l’oreille au gré de la voix de son interprète et du charme discret un peu désuet, des arrangements qu’elle choisit en compagnie de son metteur en son. Alors j’ai envie de le défendre. Et mon parti pris ne regarde que moi. Mais de grâce, de grâce, ne jetez pas la BB avec l’eau du bain, et évitez de rejeter l’album juste parce que le nom de la chanteuse vous rappelle une émission présentée par @nikosofficiel pour TF1. De l’eau musicale a coulé sous les ponts de Paris. Et ça s’entend.

La fille de l’après-midi donc. Ou la comédie musicale qui n’en est pas une montée par Dov Attia ; un opéra pop pensé comme un monologue enflammé par la guitariste qui compose et écrit la plupart des titres de cet album de chanson française dans la grande tradition d’avant  » la nouvelle chanson française « . Il y a du Benjamin Biolay et donc du Serge Gainsbourg dans la démarche d’Elodie Frégé, même si la blonde sculpturale n’atteint jamais la maestria des deux compositeurs pré-cités et si les aventures galantes de cette amante-objet ne tutoient jamais tout à  fait Melody Nelson. Il y a une filiation évidente avec l’homme à  la tête de chou, et soutenir cette affirmation sans sourire, est déjà  une réussite en soi. Non ?

Les arrangements sont somptueux, complets, faits de piano omniprésent façon jazz à  la Diana Krall, de cordes et de discrets éléments d’orchestre. Ils soutiennent le jeu de guitare fluet de la belle (Carla Bruni doit la maudire en secret) et portent à  bout de bras le filet de voix envoûtant d’Elodie Frégé, véritable force d’une chanteuse à  voix qui ne murmure ni ne crie. On navigue dans un univers fait de velours bleu et de satin froissé, et la musique hésite entre étirements lascifs de chatte dans un lit double et larmes discrètes qui font couler un discret mascara. Le ton est juste et la musique au diapason. La belle monte d’un cran dans la pertinence et l’honnêteté musicale. l’album est maîtrisé, assumé charmeur et charmant, et les deux derniers adjectifs étaient absents du précédent opus.

l’écriture me bluffe. Les histoires ont beau naviguer dans l’habitude, la  » grande tradition  » du sentiment à  la française, du bois de celles dont Obispo et Pagny ont vendu des brouettes de singles (tu m’aimes, je ne t.’aime plus, tu me délaisses je t.’aime, tu ne me vois pas je brûle »), le vocabulaire est recherché, la formule pesée, soupesée triturée pour éviter le trivial. J.’aimerais que mon premier roman coule aussi simplement qu’une chanson d.’Elodie Frégé. Sincèrement. Je reviens toujours à  la même référence, mais je ne vois guère que Biolay dans le paysage francophone pour faire des chansons pop avec un tel niveau de langue. Ou Samir Barris et JP Nataf tiens »Et les deux sont d’ailleurs une excellente transition pour parler de la limite de la fille de l’après-midi. La barrière de corail de la pop.

Il est indéniable que Frégé sait écrire, chanter et arranger ses compositions. Il est évident qu’elle joue avec une grande qualité de la langue et des carcans de la chanson en français. Il y a une seule barrière qu’elle n’arrive pas à  faire voler en éclats : l’évidence pop. Que j’écoute Bardot menée par Gainsbourg, Barbara, Laforêt, Hardy, Brisa Roché ou Beth Gibbons chez les femmes à  qui j’ai envie de comparer Elodie Frégé ; ou que je me repasse du Biolay, du Nataf, du Samir Barris, de qui j’ai envie de rapprocher le maniement du français, il y a une UN et UN SEUL écueil que n’arrive pas éviter la belle : la mélodie pop. A part la fille de l’après-midi et la belle et la bête, je termine l’album bien en peine de muser les titres de ce nouvel album. La fille de l’après-midi manque cruellement de l’immédiateté pop à  l’anglo saxonne, que je révère. Pas de ces plans tarte dont la variété fait son lit non, (laissons ces péchés mignons à  Obispo, Plamandon et Barbelivien) mais de la couche bien rembourrée sur laquelle la pop culture s’amuse à  sauter à  pieds joints pour se mettre des pains amicaux à  la gueule à  coups de polochons. Du truc qu’on peut siffloter, qui s’insinue à  l’esprit quand on s’y attend le moins. Générationnel. Faire en sorte que la gravure de mode mi nue en Louboutin mi froide, de la pochette se mue en amante de chair et de sang. Du genre de celles qu’on embrasse et étreint pour la vie.

Mais oui oui je le confesse, j’aime la fille de l’après-midi. Et je suis heureux aussi, un peu, de voir que son interprète comme un nouveau domaine, bonifie au fil des récolte et de la vinification en fût de chaîne. Attendant le millésime absolu (tiens c’est pas une chanson d’Obispo ça ?).

Denis Verloes

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Tracklist

Date de sortie:4 octobre 2010
Label:
Mercury/universal

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La chronique du jeu des 7 erreurs

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Aurore
Invité
Aurore

Très bonne critique. Je suis également tombée sous le charme de cette très féline chanteuse il y a quelques temps. Et je suis complètement d’accord : Elodie Frégé se bonifie avec le temps. Vivement la suite!

Fabrice
Invité
Fabrice

Je suis ravi de lire là une critique honnête, certainement positive mais non dithyrambique de La Fille de l’Apres Midi. Je suis moi aussi amoureux de l’écriture de la belle Elodie, qui a su faire sauter avec La Ceinture les oeillères totalement opaques que j’avais à son égard. Ses précédentes prestations m’avaient tout simplement laissé froid… Oui, je me souviens d’une certaine voix. Mais une blonde, là, une autre. A chanter du Obispo. Mais Le Jeu des 7 Erreurs, cette classe, ces textes, que dis-je, l’ingéniosité de ses textes, sa voix posée, assurée, émouvante et suffisante (oui, il n’y a… Lire la suite »

kydash
Invité
kydash

Merci à Denis pour son article et à Fabrice pour son commentaire Je suis moi-même un inconditionnel de cette artiste. Je la suis depuis 2003. J’avais remarqué en elle ce talent, ce petit quelque chose inexplicable que les autres participants n’avaient pas dans cette émission de télévision, qui s’est évertuée à nous le cacher et la présenter pas toujours sous les meilleurs auspices. Mais elle a su rebondir de belles manières, patiemment en faisant les bons choix sans céder aux sirènes du formatage et commerciales. Dommage que les radios ne prêtent pas une oreille plus attentive à ses albums. Il… Lire la suite »

Fabrice
Invité
Fabrice

Ravi de voir que nos gouts se rencontrent là! Soulignons la personne qu’est Frégé. Et non, le personnage qu’est Frégé. J’ai passé ma matinée a regarder des interviews sur l’album et me délecte de l’humanité qui ressort de ses entretiens – incohérente, parfois, comme tout le monde. J’aime comme elle souligne qu’elle ne veut pas être une enveloppe – j’aime son côté ambivalent, incohérent. Assurée et flippée.

cremaux
Invité
cremaux

Bravo trés beau commentaire sur Elodie Frégé j’adore cette Artiste depuis sept ans et j’aimerais qu’elle est plus de succés elle est pour moi la meilleure actuellement en France au niveau écriture des texres et méme en musique et en interprétation

david olivier
Invité

Elodie Frege est sans nul doute, la meilleure artiste francaise de la nouvelle genreation. En plus de son talent, elle est d’une simplicite et d’une humilite incroyable, ce qui la rend encore plus belle.
Il est scandaleux de voir les radios diffuser en boucle Yannick Noa, Christophe Mae ou d’autres daubes de ce genre et boycotter une artiste comme Elodie, qui porte haut la langue francaise.
Merci pour cet article