[essai] « Je resterai inconnu (Prefab Sprout) » de François Gorin : When songs break you…

Dans Je resterai inconnu (Paddy McAloon – Prefab Sprout), François Gorin part du choc de sa découverte des débuts du « chou préfabriqué » pour évoquer un des groupes pop britanniques les plus talentueux des années 1980 et son leader.

Prefab Sprout

On voudrait spontanément rapprocher Je resterai inconnu (Paddy McAloon – Prefab Sprout) du travail déjà réalisé par François Gorin sur Scott Walker. Le livre partage en effet le désir de parler d’une figure culte en partant du rapport le plus personnel à son œuvre. Mais il y a ici quelque chose de plus.

Un auteur ayant un âge proche du songwriter qui l’a marqué. Une découverte de la grandeur en temps et en heure à son éclosion. Et des chansons de début de carrière arrivant précisément au moment où elle peuvent toucher Gorin. Le tempo du livre est également donné par les concerts (pas transcendants) du groupe en France, le souvenir des interviews, celui de la découverte de la discographie, les critiques élogieuses publiées et le sentiment d’être un happy few en tant que fan hexagonal.

Le livre part donc d’un amour immodéré de l’auteur pour une chanson pas très aimée des fans du groupe. Puis il va vers les lieux dans lesquels McAloon a grandi pour embrayer sur les années de formation : la route menant à la formation du groupe, la formation artistique. Les inspirations pas forcément fréquentes (Sondheim…) dans le cadre du Rock anglais de l’époque sont évoquées, ce qui amène à un rapprochement avec Costello. Lequel aurait pu écrire ce texte de McAloon moquant un fan de Che Guevara.

L’autre piste qui sous-tend le livre est la comparaison avec Brian Wilson : l’autodestruction en moins, McAloon semble « se perdre », s’enfermer dans des projets ne voyant pas forcément la lumière du jour, au sens du Wilson post-Pet Sounds.

Est rappelée une évidence : on ne choisit pas son tube. Dans le cas de Prefab Sprout, ce fut The King of Rock’n’Roll : la moquerie autour d’un chanteur condamné à jouer pour l’éternité son seul tube. Un chanson qui ironiquement sera le seul tube du groupe à domicile. Et pas ce Cars and Girls au chœurs très pop taclant Springsteen.

Quelques éclaircissements pas forcément évidents à la découverte de l’album sont apportés sur la manière dont le « récit » de l’album fleuve Jordan : The Comeback serait coupé en deux, avec l’ombre de Presley en deuxième partie.

Je resterai inconnu (Paddy McAloon – Prefab Sprout) rappelle au final que la meilleure manière de parler d’un grand groupe est de le faire en commençant par parler de soi pour aller vers lui.

Ordell Robbie

Je resterai inconnu (Paddy McAloon – Prefab Sprout)
Essai de François Gorin
Editeur : Le Boulon
256 pages –  22,00 €
Parution : 21 mai 2026

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