Dernier report avant le bilan de ce Festival de Cannes 2026 avec deux films : La Bataille de Gaulle et Histoire de La Nuit.

La Bataille de Gaulle : L’âge de fer, un biopic académique et impersonnel
Gueule de bois. La toute fin du festival nous a réservé des surprises. Mauvaises. La première n’en n’est pas vraiment une, car peu de gens à Cannes attendaient au tournant le blockbuster à la française qu’est De Gaulle : l’Age de fer d’Antonin Baudry, cet ancien diplomate reconverti en auteur de bande dessinée à succès (Quai d’Orsay) puis en cinéaste remarqué (Le Chant du Loup). Il n’empêche que l’ampleur du désastre qu’est ce film est sidérant. D’autant plus que, bien qu’il ne soit pas en compétition officielle, le film à la production délirante et au casting cinq étoiles (Simon Abkarian, Thierry Lhermitte, Benoit Magimel, Niels Schneider, Karim Leclou, Matthieu Kassovitz, Ana-Maria Vartolomei…) pâtit forcément de la comparaison avec les autres films de ce cru 2026 aux sujets comparables : Notre Salut et Moulin, dont on a dit tout le bien qu’on en pensait.
De Gaulle est à peu près tout ce que ces deux films ne sont pas : un biopic académique impersonnel, qui filme l’Histoire comme une collection poussiéreuse d’anecdotes et de grands noms. Là où Nemes redonnait à Jean Moulin son humanité fragile, Baudry et Abkarian s’échinent au contraire à ne surtout pas écorner la statue du General, quitte même a sacrifier la vérité historique pour que la gloire lui revienne toute entière, à lui et à son seul génie. C’est donc un interminable défilé de figures de cire qui s’agitent sur l’écran, faisant tous les efforts du monde pour ne s’attirer les foudres d’aucun camp (surtout pas celui des patriotes), s’adressant à tout le monde et, de fait, à personne. Il m’a fallu un petit remontant pour ravaler ma bile.
Histoire de La Nuit : un adaptation ratée du roman de Laurent Mauvigner
La suite est à l’avenant. Très curieux du nouveau film de Léa Mysius, adaptation du très bon livre de Laurent Mauvigner, Histoire de La Nuit, je m’étais séparé d’un billet de reprise du film de Bruno Dumont, Les Roches Rouges (Quinzaine des Cinéastes). Après 30 minutes de film à peine, je le regrettais déjà. On pouvait percevoir dans la salle la gêne monter peu à peu devant ce qui ressemble, il faut l’avouer, à un téléfilm bâclé. Il est difficile de trouver quelque chose à sauver dans cette intrigue de home-jacking qui voit pénétrer chez un couple formé par un agriculteur (Bastien Bouillon) et une jeune cadre (Hafsia Herzi), trois frères à la présence inquiétante (Benoit Magimel, Paul Hamy, Alane Delaye) dont on apprendra plus tard les motivations. Plus difficile encore est de comprendre la présence dans le film d’un autre personnage, celui de la voisine artiste du couple interprété par Monica Bellucci, qui n’a littéralement aucun intérêt scénaristique.
Benoit Magimel est le seul acteur qui semble réellement s’amuser à jouer son rôle, cabotinant joyeusement avec sa stature épaisse qui fait de plus en plus penser à celle de Gérard Depardieu.
Plus le film avançait, plus la gêne se changeait en rire, nerveux puis moqueur, devant la lourdeur et le sérieux de la mise en scène qui se veut auteurisante mais qui n’est qu’une démonstration clinquante de clichés mal recyclés. Quelle mouche a piqué le comité de sélection du festival, pour inscrire ce film en compétition officielle ? Il se chuchote que sa programmation en toute fin de parcours visait à « protéger » le film de la presse, les premiers retours de Cannes ayant eu lieu hier. C’est raté.
Quels pronostics pour cette édition ?

Cette question est sur les lèvres de tout le monde depuis hier, bien entendu. Certains verraient bien Fjord, le drame familial du roumain Cristian Mungiu, avec Sébastien Stan et Renate Reinsve, remporter la palme d’Or. D’autres misent plutôt sur Soudain, la romance franco-niponne de Ryosuke Hamaguchi, avec notamment Virginie Effira. Pour ma part, je l’écrivais hier, Notre Salut mériterait mille fois le prix. Mais peut-on espérer qu’un jury international puisse saisir toutes les nuances de cette histoire franco-francaise, et notamment la richesse du jeu de résonances langagières de la novlangue manageriale d’aujourd’hui avec celle des bureaux de Vichy ? C’est un peu douteux.
Pour l’instant, je cherche surtout à échapper à la chaleur caniculaire qui s’est abattue sur la Croisette, et qui manquerait presque de faire fondre l’asphalte. Les éternels chasseurs de billets sont toujours là, avec leurs grandes pancartes : ils espèrent sous un soleil sans ombres, des étoiles plein les yeux, monter une fois encore, une dernière, le tapis rouge pour la cérémonie de clôture.
Alexandre Piletitch
