Alexandre Gardette et Roxanne Bee nous invitent à partager les tentations et les doutes de leur héroïne, entre l’appel aventureux du fleuve et le retour dans la forêt amie, entre culture et nature.

Dans un très lointain passé, une jeune chasseresse, nous ignorerons son nom, bivouaque en lisière d’une forêt primaire. Depuis quelques jours, elle observe le fleuve. Elle a recueilli un marcassin, qu’elle nourrit, bien décidée à le manger. Seule, tandis qu’elle construit un radeau, elle se surprend à lui parler. Pour la première fois de sa vie, elle s’apprête à quitter la forêt qui l’a vue naître pour rejoindre un village lointain où des humains vivraient. Ils l’accueilleront, la vêtiront et la nourriront de mets exquis.
« Là-bas, vers l’aval du fleuve, vivent probablement d’autres êtres humains.
L’infini du monde, aussi attirant que menaçant… »
Curieusement, nous ne saurons rien de sa vie antérieure, ni de la communauté qui l’a éduquée. Elle n’a pu grandir seule, nous ignorons la raison de cet exil. Elle chasse et boucane. Elle pêche et sèche. Attaquée par des ours, elle parvient à leur échapper. La nature peut être cruelle. Or, chaque nuit, elle rêve. Elle rêve du fleuve et de ses dangers, de la forêt et de la vie là-bas, en val. Son trouble augmente, quel sens accorder à ses rêves ? Que lui disent-ils ?
Le scénario d’Alexandre Gardette est troublant, mais ambitieux. Ne tente-t-il pas de nous placer dans la tête d’une chasseuse cueilleuse des âges farouches ? Elle sait que son départ sera sans idée de retour. Le fleuve est trop puissant pour qu’elle puisse le remonter. Est-elle prête à quitter sa forêt pour rejoindre la cité des hommes lointains ? Est-ce l’esprit du fleuve, ou plus probablement celui de la forêt, qui lui parle ? Ne serait-ce point une mise en garde ?
Le trait semi-réaliste de Roxanne Bee est aussi dynamique qu’il est expressif. Son héroïne est pleine de vie, elle rit, crie et tempête. Malgré la simplicité du dispositif, une femme, un marcassin et un fleuve, il parvient à susciter et, surtout, à conserver, notre intérêt. Saura-t-elle résister à l’appel de la société des paysans prospères ? Mais eux, comment l’accueilleront-ils ? Son angoisse monte, et la nôtre avec elle.
Car, plus avisé, le lecteur sait comment généralement ce type de rencontre se termine. Les hommes dit civilisés ne se font que rarement accueillants aux sauvages de la forêt…

Stéphane de Boysson
Entre fleuve et forêt
Scénario : Alexandre Gardette
Dessin : Roxanne Bee
Éditeur : Rue de l’Échiquier
112 pages – 21,90 €
Parution : 20 mars 2026
Entre fleuve et forêt — Extrait :

