Marion Cabrol nous entraîne dans un village côtier du Québec hanté par la disparition d’une enfant vingt ans plus tôt. Un polar bien noir mais qui peine à convaincre.

A priori, rien ne semblait prédisposer Marion Cabrol à l’écriture de romans policiers : elle est diplômée en histoire de l’art et en communication et a commencé par travailler pour le zoo d’Amnéville, en Lorraine …Mais c’est pourtant bien cette expérience qui a nourri son premier livre, La lionne rouge (paru en 2020 chez Hugo Publishing).
Et les éditions Taurnada publient cette année son second roman : Ce que Marcy a oublié.
Un polar plus classique puisqu’il s’agit d’une disparition d’enfant : mais on ne sera peut-être pas surpris d’y retrouver tout de même quelques échos du zoo avec le personnage de Sabrina qui travaille pour l’aquarium et apporte ses soins aux orques et aux dauphins qui peuplent les eaux du golfe du Saint-Laurent.
Ce décor animalier n’est pas là que pour faire joli : le sort peu enviable de Belém, l’orque dont Sabrina s’occupe au delphinarium, offre un parallèle intéressant avec celui de Marcy échappée de l’orphelinat.
On aime bien découvrir de nouvelles plumes et Marion Cabrol est une auteure au parcours assez original.
La légende urbaine nous dit qu’elle écrit ses polars la nuit : le jour, elle est trop occupée à gérer une entreprise lyonnaise de restauration, La Petite Ferme.
Marion Cabrol nous invite dans un petit village côtier du Québec, là où viennent chanter les baleines.
En 1995, une petite fille d’une dizaine d’années a disparu, envolée, sans aucune trace : « personne ne s’était jamais évaporé comme cela ».
Vingt ans après, on retrouve des ossements dans la forêt : « l’os d’un enfant a été découvert ce soir au sommet d’une colline. Le chien d’un promeneur l’a déterré. Son origine est encore incertaine, mais d’après les enquêteurs, il pourrait s’agir des restes de la petite Grace Tanner ».
Autour de cette macabre découverte qui vient remuer un drame enfoui dans la mémoire du village, nous allons croiser :
– Tom Lanier, un journaliste qui n’a jamais quitté le coin, il a 31 ans, l’âge qu’aurait Grace Tanner aujourd’hui,
– Sabrina, c’est sa petite amie, une française,
– Adrien Vallet, c’est le commandant de police qui vingt ans plus tôt avait échoué à retrouver la petite Grace Tanner : il fait ce qu’il peut pour se montrer désagréable avec tout le monde (ce qui n’incite pas aux confidences) mais « derrière son antipathie habituelle, il y a autre chose. Il s’agite comme un chien qui a flairé une piste ».
Et puis il y a Marcy, celle du titre : aujourd’hui c’est une ex-petite amie de Tom (une situation bien tordue, vous le verrez), mais jadis elle s’était enfuie de l’orphelinat où elle avait été abandonnée, pour crier partout que la petite Grace Tanner avait été assassinée. Elle était, elle est toujours, amnésique et ne se rappelle rien avant cela. À l’époque personne ne l’avait crue.
« – Qu’est-ce qui se passe avec Marcy ?
– Elle est amnésique. Avant ses 8 ans, c’est le néant. Elle a oublié toute une partie de son enfance, pourtant elle sait, sans pouvoir l’expliquer, ce qui est arrivé à son amie Grace.
– C’est-à-dire ?
– Elle a été assassinée. »
Alors qu’est ce donc ce que Marcy a oublié ?
« – Marcy ? Quel est son rôle dans cette histoire ? » Je hausse les épaules : « Elle a tout oublié. Ou tout inventé. »
Il faut un peu de temps au lecteur pour se laisser embarquer dans l’histoire. On se doute bien que Marion Cabrol a truqué les cartes dès le début de la partie, mais on passe d’un personnage à l’autre, d’un chapitre à l’autre, sans pouvoir deviner dans quelle main se cache le joker.
Et dans ce village où tout le monde se connait trop bien et depuis trop longtemps, même les personnages secondaires ne sont pas venus là que pour la figuration …
Dans une interview, l’auteure avoue : « je ne voulais pas trancher trop vite, parce que le lecteur doit rester dans cet inconfort ».
Peu à peu le lecteur va découvrir que le sympathique village touristique où tout le monde fait mine d’adorer les gentilles baleines, cache une noirceur sans fond, tout comme l’océan qui baigne les falaises.
Et ce lecteur aura fort affaire avec une galerie de personnages pas tous sympathiques même si plusieurs ne sont dessinés qu’à grands traits : outre le flic insupportable, il y a notre héros journaliste que j’ai trouvé un peu veule et d’autres encore dont on se doute bien qu’ils sont trop beaux pour être vraiment honnêtes.
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Bruno Ménétrier
