Landscape – Landscape

landscape_landscape.jpgAvec son troisième album, Guillaume de Chirac alias Landscape se recentre sur ce qu’il sait faire de mieux et sur une formule plus ramassée avec un seul vocaliste. Cela donne un album de pop atmosphérique excellemment ouvragé mais dans lequel il manque peut-être la prise de risque du précédent et le grain de folie des grandes oeuvres. On fait la fine bouche mais n’est-ce pas ce que l’on doit faire avec les meilleurs ?

Avec ce nouvel album éponyme, signe sans doute d’une deuxième naissance, le groupe fige bel et bien , sa composition avec les deux membres de, Carp (Benoît à  la guitare et Antoine à  la batterie), comme absorbé dans l’entité, Landscape et le fidèle Richard Cousin (ex, Holden, , Overhead) à  la basse. On revient bel et bien dans un format connu du rock, fusse-t-il ici délivré dans sa version la plus classieuse avec De Chirac maitre en claviers, piano et Fender Rhodes. Mais c’est aussi du côté des vocaux , que, Landscape affiche sa nouveauté : , De Chirac laisse en effet le chant libre – dans tous les sens du terme – à  Nicolas Leroux (également auteur des textes) dont la voix veloutée se révèle année après année et projet après projet comme un des plus beaux organes que l’on peut trouver par chez nous. Cette voix suave, aérienne en voix de tête, charismatique en voix basse, donne le ton d’un album plus cohérent et plus homogène que jamais dans ses aspirations pop. Musicalement, le groupe évoque désormais autant, Radiohead (If you wanted ; resist) que, Perry Blake (un, Constant graving un peu affecté, un, Free again parfaitement réussi).

Toutes les couches superposées d’instruments – voix comprise – se fondent dans une substance soyeuse et délicate. Le couple basse-batterie, mis en avant comme dans un spleen Curiste, fonctionne en ossature solide permettant aux harmonies d’évoluer progressivement et en nuances. Le post-rock, sous le signe duquel, Landscape avait commencé à  faire parler de lui à  l’époque de, One, est désormais digéré et sert de base pour rehausser les lignes mélodiques. Il reste de cet intérêt pour Sigur Ros par exemple, le soin particulier aux sonorités qui essayent – et réussissent ! – à  être belles en soi. Sur cet album, il n’y a pas à  choisir : il y a à  la fois de vraies chansons mais aussi des atmosphères ; les deux étant associées dans une relation symbiotique.

Sur la fin du disque, Nicolas Leroux s’efface et, Landscape redevient un groupe instrumental. Comme un dernier revirement mais pas une révolution dans la musique du groupe. , En écoutant tout le reste de l’album, l’auditeur normalement constitué est naturellement conquis par la voix de Nicolas Leroux, qui sera jugé comme l’atout séduction de l’album. , Et finalement sur, The Hood et, Into the Night, plus de voix ! Pourtant, et c’est là  la grande force du groupe et de la musique qu’il propose, rien ne change : le charme agit tout autant (surtout sur, The Hood, moins sur, Into the Night). La voix aussi belle soit elle ne fait pas la grandeur de, Landscape, elle participe à  l’incroyable musicalité de disque mais autant que le Fender Rhodes ou la guitare. A vous donner envie de réécouter tout le disque en essayant d’aller au delà  de la voix pour écouter la formidable alchimie instrumentale du disque, si vous ne l’aviez pas remarqué à  la première écoute.

Avec ce troisième album,, Landscape atteint la quintessence de son art, une musique qu’il maîtrise sur le bout des doigts. Avec tout ça, on pourrait se dire que tout va pour le mieux dans le meilleur de Landscape. Et pourtant -et c’est peut-être là  la rançon de tout ce qui a été dit précédemment- , on peut néanmoins trouver le disque dans l’ensemble un peu sage,, Landscape donnant parfois le sentiment d’avoir trouvé sa recette idéale et en premier de la classe, de refaire un peu la même chose. Quitte à  surtout ne pas expérimenter d’autres voies (et non »voix ») et à  prendre quelques risques. Le groupe nous a déjà  bien habitué à  ce genre d’atmosphère, on en deviendrait presque blasé., Pour le prochain album, on attendra du groupe le petit grain de folie qui fait défaut ici. Attention, ne pas voir , ce dernier commentaire comme un coup de théâtre mais comme un léger bémol à  l’attention d’un groupe majeur (un avis pas seulement confiné au territoire hexagonal) pour un disque de qualité vraiment supérieure.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 7 février 2011
Label : Square Dogs / Alter K

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Landscape – Free Again from Landscape on Vimeo.