« L’assassin de Pigalle », de Gabriel Katz : une plongée dans les arcanes de la collaboration

Dans ce polar historique et psychologique, Gabriel Katz fait revivre les jours sombres de l’immédiat après-guerre, à l’heure de l’Épuration. Un retour qui éclaire dans les compromissions et les violences qui ont marqué l’Occupation, à travers les sinistres activités de la Gestapo française, rue Lauriston.

Katz

Dans le Paris pluvieux de l’automne 1945, Max Weber, jeune inspecteur à la Brigade Criminelle se voit appelé sur le lieu d’un crime : un homme baignant dans son sang a été retrouvé dans un hôtel miteux de Pigalle. Très vite, Weber mettra la main sur son assassin : Mendel Jankovic, qui se dit rescapé d’Auschwitz et reconnaîtra immédiatement avoir abattu de deux balles de 9mm Parabellum Frédéric Moray, un ancien membre de la Gestapo française. L’enjeu du roman ne sera donc pas, pour une fois, de mettre la main sur le coupable… Mais il s’agira, pour Max Weber, de prouver, avant le procès, que la victime était bien, comme l’affirme Jankovic, membre de cette organisation connue alors sous le nom de « la Carlingue ». Une enquête qui s’annonce difficile dans une France meurtrie où bien des vérités restent ensevelies, un combat qu’il mènera aux côtés de l’avocate commise d’office de Jankovic, Augustine Derval.

L’assassin de Pigalle, roman policier et historique, est aussi un roman d’atmosphère. D’emblée, en nous introduisant dans cet hôtel glauque de Pigalle, Gabriel Katz nous prépare à revivre les heures troubles de l’Occupation et à être confrontés aux crimes de la Gestapo française – dite par euphémisme « la rue Lauriston » – qui hantent le récit. Parfaitement documenté, son livre, peuplé des fantômes des collaborationnistes et de leurs victimes, témoigne des sordides règlements de comptes qui ont marqué l’après-guerre. Cette guerre, Weber lui-même la connaît bien, mais d’une autre façon, puisque, enrôlé dans les forces alliées, il a été parachuté en juin 1944 sur la Normandie. Jankovic, un ancien marchand d’art prospère incarne la tragédie des Juifs de France spoliés de leurs biens et parfois déportés comme lui. Quant à Frédéric Moray, il représente ces opportunistes sans états d’âme qui en sont venus à vendre leurs services et leur âme à la Gestapo.

L’originalité du roman tient tout d’abord à la personnalité de l’inspecteur Max Weber. Fils de bonne famille, installé dans le luxueux appartement de ses parents désormais désert, il parait en un premier temps inadapté à sa fonction dans ce service de la Criminelle qu’il a choisi par défaut et dont il ignore les codes. Rentré à Paris depuis seulement trois mois, c’est à travers son regard naïf et ses initiatives parfois inattendues que nous découvrons bien des aspects de la vie sous l’Occupation. À ses côtés, Augustine Derval, une femme énergique, une avocate combative dans un monde d’hommes, lui insufflera le feu qui l’habite et le guidera à plusieurs reprises dans son enquête. Original aussi l’usage que fait Gabriel Katz de l’alternance des voix narratives. À côté du récit à la troisième personne qui constitue le fil rouge du roman, se fait entendre la voix de Frédéric Moray, l’assassiné de Pigalle : une confession dont la sincérité décomplexée offre un contraste frappant avec la laborieuse enquête de Weber.

J’ai aimé L’assassin de Pigalle pour la qualité de la reconstitution qu’offre Gabriel Katz de cette France qui, quatre mois après la Libération, s’efforce de regarder vers l’avenir, parfois en niant le passé. Un désir de retour à la normale qu’illustre l’hôtel Lutetia, ancien QG des renseignements allemands puis centre d’accueil des déportés, qui s’apprête, en septembre 1945, à retrouver sa fonction de palace. Toujours factuel, sans pathos ni manichéisme, l’auteur s’attache au combat courageux de ceux qui, à la tentation de l’oubli, au souhait de la hiérarchie policière d’étouffer les actes de collaboration, opposent la volonté de savoir, au risque de mettre au jour des vérités dérangeantes. Mais la grande réussite du roman réside dans le parfait équilibre qu’a trouvé Gabriel Katz entre ses différentes composantes – policière, historique et psychologique – qui en rend la lecture captivante. Une belle découverte !

Anne Randon

L’assassin de Pigalle
Roman français de Gabriel Katz
Éditeur : City Éditions
400 pages – 21,50€
Date de parution : 8 avril 2026

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