[Live Review] Dry Cleaning au Trianon (Paris) : juste une illusion ?

Le groupe de post-punk était de retour en ville, fort d’un troisième album et d’un statut de valeur sûre. Mais ne s’endormirait-il pas un peu sur ses lauriers et sur scène ?

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Dry Cleaning au Trianon Photo : Robert Gil

Dry Cleaning était de retour à Paris ce mardi soir, au Trianon, pour appuyer son troisième album, Secret Love, produit par Cate Le Bon, et sorti en janvier. Devenu une « valeur sûre » de la scène britannique, le groupe présente toutefois la particularité de n’avoir jamais vraiment confirmé les espoirs placés en lui dès les premiers EPs et son premier album, New Long Leg, sorti en 2021, déjà. Capitalisant sur la patte musicale établie, renouvelant le post-punk de manière à la fois tranchante et douce, comme le chant spoken word de Florence Shaw, le groupe avait ensuite gentiment déçu avec le très similaire Stumpwork (2022). Rebelote avec le troisième album, trop proche de ses deux prédécesseurs. Ce soir, au Trianon, une question occupait donc les amateurs de rock, et notamment de post-punk : et si ce soir c’était « dix de der » pour Dry Cleaning ? Le moment de plier le game ou de finir dans le camp, trop rempli, des espoirs déçus, après tant d’hésitations et de non-confirmations.

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De là à dire que la tension était palpable en arrivant dans la salle affichant complet du boulevard de Rochechouart, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Car le fan de Dry Cleaning est tranquille, somme toute, plutôt mâle, d’âge variable, mais pas trop énervé, sans doute à l’image de la rythmique et du chant chaloupés du groupe. Qui aime se coucher tôt, puisque rendez-vous a été fixé à un horaire inhabituel de 20h30 pour le début de leur set, là où la plupart des groupes rock jouant dans ce type de salle débutent à 21h. Et métronomique avec ça, puisque le groupe joue tous les soirs exactement la même setlist, sans aucune variation.

Quand nous arrivons, The Tubs, ayant dû débuter à 19h30, ont déjà joué, nous les avons ratés mais nous ne renonçons pas à redire tout le bien que nous pensons d’eux, de leur deuxième album paru l’an dernier et de leur set power pop efficace.

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Place à 20h40, avec dix minutes de retard, à Florence Shaw et ses quatre  acolytes pour le plat de résistance. Le groupe impose son ambiance à la fois langoureuse et susceptible d’accélération, avec le nouveau single Sliced by Fingernails, juste sorti, et qui est donc une « chute » des enregistrements du dernier album. C’est risqué, pas mal et noisy, sans que l’on puisse jamais crier au génie : au fond, ne serait-ce pas la définition de Dry Cleaning ? La suite sera largement consacrée au dernier album, dont les onze chansons seront jouées ce soir. Pour toutes, le même schéma : une montée et un peu de tension, Shaw posant son spoken work dépassionné, qui nous fait nous demander au bout de combien de temps on va craquer, on applaudit, le groupe ne dit rien ou la chanteuse marmonne un truc incompréhensible, et on passe à la suivante. Et ainsi de suite pendant une heure et demie.

2026-04-14-Dry Cleaning Trianon Robert Gil (13)Bon, j’exagère un peu, mais à peine. Afin d’être plus honnêtes et exhaustifs, on signalera l’innovation consistant à présenter les musiciens sur le quatrième morceau (et non à la fin), et on dira que l’on a apprécié The Cute Things et Cruise Ship Designer, très convaincantes sur scène, ainsi que le single et meilleure chanson du dernier album, l’imparable Hit My Head All Day. Mais finalement, ce sont certaines anciennes chansons qui nous ont semblé plus intéressantes ce soir, ce qui n’est pas forcément très bon signe pour le groupe : en mettant à part un Gary Ashby historique et curieusement expédié en troisième position sans aucune émotion, nous avons apprécié Anna Calls From the Artic, à la tension superbement lancinante appuyée par saxophone et claviers, Her Hippo, dans l’ADN post-punk du groupe comme l’a justement souligné mon voisin, ou encore Scratchard Lanyard, sur le même EP, bien enchaînée avec Cruise Ship Designer en milieu de concert. Dès que le groupe joue un peu, plus pied au plancher, c’est également pas mal du tout : Don’t Press Me, extrait du deuxième album, nous réveille subitement dans la deuxième partie du concert. Il nous rappelle que le set n’est pas encore fini, après, notamment, I Need You, leur « love song » ainsi que présentée ironiquement, très molle et pas convaincante, comme finalement à peu près toutes les chansons douces de Dry Cleaning. Constat valable, également, pour Secret Love et Let Me Grow and You’ll See the Fruit, sur le dernier album, qui nous ont accablés ce soir.

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En tout cas, nous voilà donc réveillés pour la fin, car elle valait le coup, avec une montée en puissance matérialisée par un son plus fort et dru. On a presque l’impression que le groupe est content d’être là et de jouer pour nous. Un climax nommé Conversation, dernier morceau de leur premier EP, paru en 2019, étiré, noisy, hypnotique aussi avec les lumières rouges faisant penser à certaines ambiances dont sont habitués les Limiñanas. Un tunnel de larsens et de distorsions achève le moment de bravoure, sur une scène laissée libre par les musiciens, revenant alors pour l’unique rappel, Hit My Head All Day. Autre ambiance pour finir, plus pop et carrée, avec cette perle post-punk que tout le monde est content soit d’entendre soit de jouer ; le lead guitariste Tom Dowse a droit à son petit solo, et Lewis Maynard à la basse continue de s’éclater, sortant des sons veloutés de plus en plus rebondis. Au milieu, Florence Shaw, qui a balancé sans aucune émotion ni authenticité que c’était une soirée « très spéciale », a d’un coup les yeux qui brillent : la fin du tunnel est proche. Rideau.

A notre retour sur le boulevard de Rochechouart, le constat est partagé : tout le monde a passé un agréable moment, mais sans folie, sans vie. Et surtout, pour ceux ayant vu le groupe plusieurs fois, il y a un sentiment gênant de redite, et d’incapacité à proposer autre chose, à se renouveler intelligemment, sur scène comme sur album, bref, à franchir un palier. Faut-il toujours progresser dans la vie ? Les débats sont ouverts. Mais, pour notre part, le cas Dry Cleaning nous semble se rapprocher de plus en plus du classement définitif dans la case « espoirs déçus ».

Dry Cleaning :

Jérôme Barbarossa
Photos : Robert Gil

Dry Cleaning au Trianon (Paris)
Production : Radical
Date : mardi 14 avril 2026

Leur dernier album :

Dry Cleaning – Secret LoveDry Cleaning – Secret Love
Label: 4AD
Date de sortie: 9 janvier 2026

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