[Live Review] Marquis et François Staal au New Morning (Paris) : en majesté

Concert très attendu en cette fin de dimanche après-midi : le New Morning accueille Marquis pour le premier concert de leur nouvelle tournée, un peu plus de deux ans après le décès de leur leader, Franck Darcel. Devant un public d’intimes, le groupe alterne ses propres titres et des reprises de Marquis de Sade, et offre la prestation que nous espérions.

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Marquis au New Morning – Photo : Robert Gil

Le concert de ce dimanche est annoncé à un horaire peu habituel : ouverture des portes à 17 h, début à 18 h, indique le New Morning sur son site. Très obéissants (et sans vouloir prendre le moindre risque), nous arrivons devant la vénérable salle du 10e arrondissement à 17 h 30. Même si nous sommes évidemment venus pour Marquis, c’est une double affiche qui nous attend : François Staal ouvre la soirée, avec un set annoncé comme plutôt long. Inutile de dire que l’impatience monte. Pour les étourdis, rappelons que Marquis est né après le décès de Philippe Pascal, en 2019, à l’initiative de Franck Darcel et des autres membres historiques de Marquis de Sade, deux ans seulement après une reformation que nous avions attendue plus de 45 ans. Après deux albums et quelques concerts, un second drame survient avec la disparition de Franck Darcel, qui semblait compromettre, a priori, l’avenir du projet. La surprise est donc de taille quand nous apprenons leur retour cette année, avec quelques dates, dont ce New Morning.

L’attente est donc forte pour cette tournée, dont le New Morning constitue la première date : impossible de deviner à l’avance la setlist, même si l’esprit du projet ne fait aucun doute. Première constatation, en revanche : la salle est très peu remplie, et le public se compose surtout de proches du groupe. On en aura la confirmation pendant le set de Marquis : certains interpellent les musiciens, et des « Allez papa » fusent dans la fosse, ne laissant guère de place au doute.

2026-04-12-François Staal Photo Robert GilC’est donc devant une salle clairsemée que François Staal arrive sur scène, sosie de Bashung avec ses lunettes noires. Compositeur d’une soixantaine de musiques de films et de séries, il s’est tourné vers un blues rock qu’il qualifie lui-même de politique. En 2025, il a lancé une trilogie intitulée La brûlure avec Avant la brûlure. Le second volet, La brûlure [révolution], est annoncé : ce soir, on doit en entendre des extraits, avant l’enregistrement prévu plus tard dans l’année. Il est accompagné d’André Margail (ancien musicien d’Higelin) aux guitares et de Raphaël Dausse à la basse et aux claviers ; les parties de batterie et de piano, quant à elles, sont enregistrées. Tout au long du set, le groupe joue devant des images : dans 90 % des cas, celles de François Staal lui-même, mais aussi de musiciens absents de la scène, ou d’orchestres lors des passages de cordes.

Staal prévient d’emblée : le concert se déroulera en deux temps, d’abord des extraits de l’album déjà paru, puis des titres du disque en gestation. Ce que nous n’avions pas anticipé, en revanche, c’est la durée : près d’1 h 15. D’où une vraie surprise quand, après huit morceaux, il annonce qu’on est… à mi-parcours. La musique reste simple, mais efficace ; les guitares, notamment, font le travail, et certains titres sont sympathiques, comme La Nature ou Que vienne le vent. Nous accrochons beaucoup moins à Les amants du Red Roses, duo avec Demi Mondaine qui apparaît en vidéo. Quant à L’Homme perdu, c’est un décalque assumé des thèmes de L’Homme pressé de Noir Désir : un personnage cynique y déroule son petit catéchisme de winner qui n’en a «rien à foutre de la planète », « baise les plus faibles », et va mentir comme les autres. Subtil, donc. Les nouveautés restent dans la même veine, et Staal termine avec Les accords interdits, celui qui semble, en effet, avoir le plus de potentiel commercial et qui clôt le set sur une note favorable. Un peu long, malgré tout, quand on ne vient pas pour ça…

2026-04-12-Marquis New Morning Robert Gil 02Il est 19 h 45 : c’est l’heure de Marquis. Thierry Alexandre se tient à côté de la batterie de son complice Eric Morinière ; Daniel Paboeuf est au sax et au chant, Niko Boyer à la guitare, et Flynn au chant. Ce dernier fait tellement plus jeune que le reste du groupe que le contraste frappe immédiatement. De façon émouvante, il raconte ses longs voyages en train avec Franck Darcel et évoque leur première chanson composée ensemble : le magnifique I Wasn’t Born For Real. Introduit dans le groupe par Franck, il confesse avoir douté de la suite, avant que les autres ne lui témoignent leur confiance et ne l’embarquent sur la route. Ce soir, il est nettement plus exubérant que lors de la tournée précédente : c’est lui, désormais, qui prend la parole pour le groupe. Un ami m’a spontanément indiqué que c’était la première fois qu’il voyait Marquis avec « le gamin ». C’est aussi notre impression, même si cet immense gamin a gagné en assurance, arbore de magnifiques cheveux verts et des biceps gros comme des jambes. Partir en tournée avec lui ne doit pas être triste : il semble capable de tout, y compris d’émotions extrêmes ; un peu gauche, probablement à fleur de peau, en quête de signes d’approbation. Ce n’est pas grave : les trois historiques en ont vu d’autres !

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Et donc, me direz-vous, il sonne comment, ce groupe ? Très bien, merci pour eux ! On s’en convainc dès Er Maez, titre d’ouverture de Konstanz. Sur la section rythmique, aucun doute : Eric et Thierry forment depuis des décennies une paire redoutable, et ils sont en pleine forme. Eric rayonne derrière ses fûts et tient le tempo ; Thierry garde son habituel air bougon, mais quelques sourires trahissent le plaisir évident de rejouer ces morceaux. Niko, en revanche, est une découverte pour beaucoup ce soir : seul guitariste sur la majorité des titres (le groupe a choisi de ne pas remplacer Franck Darcel à la rythmique), il trouve sa place. Sans en faire trop, sans se rêver guitar hero, mais avec un rôle plus exposé qu’à ses débuts. Quant à Daniel Paboeuf, il déploie un son de saxophone fantastique.

2026-04-12-0068Et la setlist ? Difficile de faire plus équilibré : six titres d’Aurora, six de Konstanz et huit reprises, dont six de Marquis de Sade. Parmi ceux-ci, on retrouve les morceaux déjà joués à Petit Bain en 2023 : Brouillard définitif, Set in Motion Memories et Skin Disease, qui aura l’honneur de clore le set avant le rappel. Mais il y a aussi, pour notre plus grand bonheur, Henry, le fabuleux Conrad Veidt, et un Who Said Why qui arrache quelques larmes en pensant à Philippe Pascal. Sans le connaître intimement, on jure qu’il aurait apprécié la manière dont Flynn s’empare de ces titres sans chercher à l’imiter. Sur ce dernier morceau, notamment, on ne retrouve pas le phrasé à la Tom Verlaine que Philippe Pascal, grand admirateur de Television, avait en enregistrant le premier album de Marquis de Sade. Mais l’absence de référence explicite à l’emblématique groupe new-yorkais n’enlève rien : l’interprétation est superbe.

2026-04-12-0047Comme la setlist le suggère, le concert ne s’adresse pas qu’aux nostalgiques. L’hommage à Marquis de Sade était attendu, certes, mais les titres de Marquis nous font aussi passer un excellent moment, à commencer par Pyramid. C’est celui que le groupe a répété et partagé sur les réseaux sociaux pour annoncer son retour : un choix logique, qui offre à chacun des cinq musiciens un espace à la hauteur de son talent. Marquis joue également Jour de Gloire, ce single de Konstanz qui, d’après Flynn, n’avait jamais été interprété en live : l’oubli est réparé. European Psycho, de son côté, est suffisamment solide pour se glisser en fin de concert, entre deux reprises de Marquis de Sade, sans que la différence saute aux oreilles. Avis à ceux qui hésitent à prendre leur place : ils jouent carré. Flynn recase aussi sa reprise de TC Matic, Putain Putain, en hommage à son compatriote Arno, et l’assistance reprend en chœur : « Putain, putain / C’est vachement bien / Nous sommes quand même tous des Européens ».

En dernier rappel, White Light White Heat rappelle l’influence du Velvet Underground. Elle était déjà perceptible à la fin des années 70, et la nouvelle incarnation de Marquis l’avait confirmée en reprenant Ocean sur Aurora. Il est 21 h : nous sommes sous le charme de cette joie intacte de jouer une musique intemporelle. Nous laissons le groupe aux effusions avec les amis et la famille, rassurés par la promesse de Daniel Paboeuf que nous les reverrons. Sans aucun doute, cette formation mérite un futur, et ces hommes attachants ont rendu le plus bel hommage possible à leurs amis disparus.

François Staal :
Marquis :

Laurent Fegly
Photos : Robert Gil

Marquis et François Staal au New Morning (Paris)
Production : IDO Spectacles
Date : le dimanche 12 avril 2026

Leurs derniers disques :

KonstanzMarquis – Konstanz
Label : LADTK/Virgin Music
Date de sortie : 7 avril 2023

 

 

 

 

 

Avant la brûlureFrançois Staal – (Avant) la brûlure
Label : Association Culturelle Chanson Rock et Autres Mots Volants
Date de sortie : 10 octobre 2025

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