« Nos derniers jours sauvages » de Anna Bailey : un thriller marécageux en Louisiane

Immersion totale et étouffante dans les bayous américains avec Nos derniers jours sauvages, un polar parfaitement maîtrisé à défaut d’être très original, mais qui fait la part belle au personnage le plus angoissant du livre : la nature.

Anna Bailey
© Salt & Sea Photography Co.

En revenant sur sa terre natale pour s’occuper de sa mère atteinte d’Alzheimer, Loyal, jeune journaliste désormais citadine, se retrouve au coeur d’une affaire criminelle. Sa meilleure amie d’antan, Cutter Labasque, a été retrouvée sans vie… Meurtre ? suicide ? Elle décide d’enquêter à sa manière, car elle ne croit guère que son ancienne acolyte ait voulu mettre fin à ses jours. Et découvre que les frères de cette famille problématique du fin fond de la Lousiane, en plus d’être louches, trempent dans d’autres sales affaires. Et quand on commence à remuer le bourbier…

Le roman d’Anna Bailey ne semble, a priori, pas vraiment sortir des codes et des thématiques du polar classique actuel : familles dysfonctionnelles, trafic de drogue, flics corrompus… on est même en terrain hyper connu, voire un peu décevant. Pourtant, il se distingue dès le début un facteur original et déroutant : l’omniprésence de l’environnement. Cette terre hostile et aventureuse, ce bout de Louisiane soumis aux espèces dangereuses (alligator, serpent, insectes) comme aux aléas climatiques (les ravages de l’ouragan Katrina y sont encore vivaces), tout cela semble être, au fur et à mesure de l’intrigue, le personnage principal, du moins le protagoniste qui initie et semble contrôler tout ce qui se passe dans ces pages poisseuses.

Entre une hallucinante chasse aux reptiles, les découvertes folles et macabres qui égrènent les recherches de Loyal seule contre tous, Nos derniers jours sauvages capte parfaitement une atmosphère, un lieu et des individus pris dans ce marécage à la fois naturel et humain. Le thriller se transforme finalement en roman psychologique et social terrible, extrêmement pessimiste et lucide à la fois, permettant au lecteur de s’embourber dans un chaos familial pris dans les méandres d’une nature plus sombre et insondable que jamais. Tapis dans les obscurités, on ne sait plus qui, des bêtes ou des hommes, sont les plus à redouter.

Encore une belle découverte chez Sonatine, plus que jamais une référence en matière de polars.

Jean-françois Lahorgue

Nos Derniers jours sauvages
Roman de Anna Bailey
Editeur : Sonatine
350 pages – 23,50 €
Date de parution : 26 mars 2026

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