A House With Too Much Fire : Cris et chuchotements de Seabuckthorn

Seabuckthorn, le projet de Folk Ambient d’Andy Cartwright n’en finit pas de nous fasciner à l’image de A House With Too Much Fire, la dernière parution du guitariste anglais.

Seabuckthorn
credit photo : Silo

Et si c’était la devise du guitariste anglais Andy Cartwright ? La climatique ambiante, ici, est à la fois ombrageuse, austère et douce, à ranger à côté de Labradford, Cul De Sac ou Jozef Van Wissem. Il tisse un minutieux canevas en boucles perpétuelles. Chez lui, on sent cette science de la répétition pour atteindre un nouvel état de conscience. De cela naît le folklore apaisé de territoires encore inconnus. On reconnaîtra dans cette lente désagrégation de l’espace ce que l’on devine chez d’autres chercheurs obscurs comme Manuel Adnot Solo ou Cyril Secq. Une musique inclassable, parfois déroutante à la lisière de la musique improvisée, du jazz et de l’expérimentation la plus intransigeante.

« Les disques les plus passionnants sont parfois les plus ardus ».

D’où est né ce disque ? De quelle pulsion ? De quel incontrôlable mouvement du corps ? De l’évidence déjà semble dire la musique de l’anglais, de la solitude peut-être également. En tous les cas et assurément d’un impérieux besoin à sortir de soi ce qui ne peut y rester.

Plus prosaïquement et on le sait sans même le savoir, A House With Too Much Fire est né d’un déracinement volontaire, d’un dépaysement nécessaire. Andy Cartwright vit depuis quelques mois dans le Sud de la France et plus particulièrement dans les montagnes des Hautes-Alpes.
Sa musique, déjà organique, devient ici minérale comme si la montagne imprégnait le silence entre les notes. Ne dit-on pas que les gens dont l’horizon est cloisonné par des barricades de pierre qu’ils ne sont pas tout à fait les mêmes personnes  que celles qui vivent l’ivresse de l’infini face à l’océan ?

La musique, du moins celle qui tend vers l’authentique, ne cherche pas à se déguiser ou à faire les fiers à bras, elle sait laisser poindre ses faiblesses et ses sautes d’humeur. En un mot et un seul, elle sait être humaine tout simplement, vous savez cet état que l’on tend à oublier ces derniers temps entre lois sur l’émigration, promesses d’apocalypse d’un président à mèche rebelle et les en marche qui ressemblent plus à des fuites en avant.

« Un grand inquiet, un grand méticuleux »

D’entrée de jeu, Andy Cartwright nous place hors le monde et hors le temps, un peu comme si  la durée de 10 titres, nous entrions dans une sorte de léthargie que l’on ne pourrait qualifier ni d’heureuse ni de bienveillante mais cette forme de neutralité quand on n’est plus endormi ni vraiment réveillé.

Ce n’est pas par paresse qu’Andy Cartwright poursuit inlassablement le même sillon mais plus parce qu’il est atteint du syndrome de Don Juan, celui d’un éternel insatisfait à la manière de Casanova. Qui ne voit en Don Juan qu’un simple collectionneur de conquêtes féminines, le savant calculateur d’une énumération sensuelle, n’a pas compris ce que peut être la condition humaine ? Un artiste est toujours un Sisyphe inquiet, anxieux de soi et des autres. Dès l’instant où le confort s’installe, l’inspiration se tarit.  Creuser dans la même mine, ce n’est pas rentrer dans des terres de réassurance mais craindre à chaque instant la répétition et l’assèchement des notes, laisser son attention aux aguets, à l’affût de ce petit détail qui fait le vrai, le véridique. Ce détail qui rend plausible la reconstitution d’une réalité.  Assurément, Andy Cartwright est un grand inquiet, un grand méticuleux mais jamais sa musique n’est seulement menaçante. Elle est faite d’humeurs, de grands frissons et de colères sourdes, parfois des sentiments mêlés qui ressemblent tant aux vôtres.

Comme pour Turns, le disque précédent, l’anglais semble en quête d’une forme de primitivisme dans le sens de retour à un état premier, un cri primal ou plutôt un murmure. Il n’y a jamais assez de feu et de chaleur dans une maison, avons nous envie de dire au guitariste comme pour le contredire. Comme si la passion faisait peur et était à abolir, pourtant ces dix titres sont comme autant de déclarations à la vie, d’amour ? On ne le sait pas, jamais. Mais vitale et pulsatile, la musique d’Andy Cartwright l’est sans aucun doute.

Greg Bod

Seabuckthorn – A House With Too Much Fire
Label : La Cordillère / Bookmaker Records
Sortie le 1er juin 2018

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