The Handmaid’s Tale saison 2 : le rouge et le noir

La seconde saison de l’intense The Handmaid’s Tale est clairement inférieure à la première, mais reste une expérience intellectuelle et émotionnelle intense, en particulier grâce à l’époustouflante Elisabeth Moss.

The Handmaid’s Tale saison 2
Copyright George Kraychyk/Hulu

Réussite absolue, choc intense – voire traumatisant -, la première saison de The Handmaid’s Tale ouvrit sous nos pieds un gouffre vertigineux, faisant parfaitement écho aux angoisses les plus torturantes de notre pauvre époque : la montée du fondamentalisme religieux, le fascisme inhérent à la société américaine, l’explosion exponentielle des effets de la destruction de notre environnement, la fragilité de la démocratie et des récentes victoires de l’égalité des sexes… tout y était, et brillamment combiné en un cocktail à la fois enivrant et dévastateur.

The-Handmaids-Tale-poster-Saison2Même si le roman originel est certainement essentiel à la réussite de la série, grâce à l’invention d’une forme d’esclavage particulièrement abject, il faut louer l’ambition de Bruce Miller et de son équipe qui n’ont fait à aucun moment de compromis quant à leur vision radicale d’un présent dystopique à la cruauté asphyxiante – et pourtant complètement crédible tant il prend racine dans une réalité qui est bel et bien la nôtre : superbement mise en scène, la série se hissait d’emblée au pinacle de ce que la grande « Science-Fiction » doit être : un commentaire pertinent sur le destin de la société humaine et de ses systèmes politiques, un avertissement lucide quant au Mal profondément tapi en nous, le tout somptueusement emballé dans un divertissement formellement brillant.

On se doutait bien que The Handmaid’s Tale ne se réussirait pas à se maintenir au niveau d’excellence de sa première saison, ce qui fait que la déception créée par une seconde saison beaucoup plus dispersée, moins homogène également stylistiquement, n’est pas trop cruelle. Le problème principal de la série est que, en se détachant du roman originel dont elle a exploité la substance, elle perd un peu ce côté obsessionnel qui en faisant la singularité (… et qui faisait aussi que certains la rejetaient…) : suivant les épisodes, on revient en arrière pour découvrir le glissement progressif de la société américaine vers l’intégrisme religieux et le fascisme, jusqu’au basculement à la faveur d’une attaque terroriste, ou on suit la trajectoire d’Emily, condamnée aux travaux forcés dans un bagne radioactif, ce qui est certes intéressant, mais nous éloigne du cœur du sujet : la survie de June au sein de cette société profondément malade, qui fait d’ailleurs sombrer peu à peu tous les protagonistes dans la folie.

Même si le passage dystopique de la visite diplomatique au Canada est vraiment électrisant, il ne sert lui aussi finalement que de diversion, et c’est avec soulagement que l’on voit les derniers épisodes, bien meilleurs, se recentrer sur une « maison » Waterford de plus en plus déviante et déchirée. Le dernier mouvement de la saison, montrant avec pertinence combien l’oppression contre les femmes en fait toutes des victimes, qu’elles soient maîtresses ou esclaves, est superbe, et nous fait d’autant plus regretter la conclusion de la saison, le choix très peu plausible que fait June, et dont on soupçonne que la logique a plus été imposée par la nécessité de produire une troisième saison que par la justesse psychologique du personnage (toujours superbement incarné par Elisabeth Moss, qui risque bien d’avoir trouvé ici le rôle de sa vie…).

Eric Debarnot

The Handmaid’s Tale – Saison 2
Série américaine de Bruce Miller
Avec Elisabeth Moss, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Ann Dowd, Max Minghella
2 saisons – 23 épisodes de 55 min environ
Diffusion de la seconde saison : avril – juillet 2018

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