Requin Chagrin – Bye Bye Baby : un disque raffiné et nostalgique

Un second album plus chagrin que requin pour Marion Brunetto. On y trouvera des mélopées entêtantes , des chansons pop impeccables avec guitares acérées, voix obsédante, basses rondes et batterie métronomique. Beau et touchant.

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© Andréa Montano / KMS Disques

N’était-ce pas hier que résonnaient à nos oreilles les ritournelles entêtantes et les riffs enjoués d’Adélaïde ou de Le Chagrin  – deux morceaux du premier EP de Requin Chagrin – ou les mélopées envoûtantes du remarquable et nostalgique de Sémaphore – le premier album du groupe ? Avant-hier ? La semaine dernière, peut-être ? Ces morceaux n’ont pas vieilli, pas pris un ride, pas un pli – même s’ils datent respectivement de 2015 et 2019. Et ils donnaient déjà la pleine mesure du talent de songwriteuse de Marion Brunetto, qui compose et joue tous les morceaux de son groupe. Guitares acérées, basses rondes et batterie métronomique, mélopées entêtantes des synthés, voix obsédante pour des chansons pop impeccables. C’était Requin Chagrin. C’est toujours Requin Chagrin. Mais…

Requin Chagrin - Bye Bye BabyBye Bye Baby n’est ni tout à fait un autre album de Requin Chagrin ni tout à fait le même que les précédents. Le plaisir de retrouver des guitares et une rythmique entraînantes, des synthés sautillants laisse rapidement la place au sentiment que l’on écoute une musique qui a gagné en maturité, en subtilité, en finesse. On s’éloigne de “la surf music à la sauce Lo-fi” qu’on avait pu trouver dans les premiers titres. La musique de Requin Chagrin s’est affinée. Disparu le gras de l’adolescence et l’urgence des débuts. Comme si Marion Brunetto avait ralenti sa musique pour la mettre encore plus précisément et plus justement qu’avant au diapason de ses mélodies et textes qui ont souvent été et sont encore plutôt mélancoliques et nostalgiques.

Avec Bye Bye Baby, la tristesse nostalgique du chagrin a peut-être pris le dessus sur le mordant du requin… Une musique encore plus “sous le signe du chagrin” que précédemment. Mais de tristesse ici – Bye Bye Baby n’est certainement pas un album triste. Bien au contraire. Si la voie nonchalante de Marion Brunetto, ses mélodies et ses textes, ont tendance à assombrir la musique, c’est pour donner une ambiance noire, d’un noir “à la Soulages”, riche et profond, dense et déroutant, aux reflets multiples et complexes. “Sous le signe du chagrin”, comme le chante Marion Brunetto dans Perséides, “brillent encore les étoiles”.

Et dans cet album brillent… difficile à dire quoi, en fait. A chaque écoute, c’est un nouveau morceau qui surprend et qui accroche l’oreille. De prime abord, peut-être, ce sont les rythmes de Première Vague ou Nuit B.… des morceaux à la batterie métronomique qui vont vous donner des fourmis dans les jambes. La fois d’après ce seront les ritournelles de Volage, ou les paillettes et le faux rythme de Déjà Vu ou de Fou, la lenteur émue et triste de Juno qui vont vous arrêter. La fois d’après ce sera la douceur solaire et les guitares velvetiennes du Roi du Silence ou encore les étoiles filantes et mystérieuses des Perséides. Comment choisir ? Diantre… il faut réécouter Bye Bye Baby. Encore une fois ! Et quand vous l’aurez entendu 20 fois, 30 fois, il restera les inflexions de Marion Brunetto au moment où vous vous y attendrez le moins pour vous émouvoir de nouveau.

Alain Marciano

Requin Chagrin – Bye Bye Baby
Label : KMS Disques / A+LSO / Sony Music
Date de sorti  : 9 Avril 2021