[Live Review] IT IT ANITA et Carnage Piknik à la Maroquinerie : Chaud devant !

Les Liégeois de IT IT ANITA ont choisi une journée caniculaire pour jouer à Paris, ce qui n’a rien fait pour faire tomber la température. Ils ont livré un set à la fois violent, engagé et parfois mélodique (si, si) totalement réjouissant.

IT IT ANITA à la Maroquinerie – Photo : Robert Gil

A priori, cette date n’était pas forcément une super idée. Un samedi soir caniculaire au milieu du week-end de la Pentecôte, avec une bonne partie des Parisiens à la campagne, n’est pas le meilleur moyen de remplir une salle de concert. L’inquiétude est donc de mise en arrivant devant la Maroquinerie à l’heure de l’ouverture des portes, puisque nous ne sommes pas plus d’une vingtaine à trépigner pour ce concert attendu d’IT IT ANITA. Le groupe de noise rock liégeois est désormais bien établi, avec plus de 10 ans d’existence, et a sorti cette année un nouvel album, HI HI HA HA, toujours efficace, quoique légèrement inférieur à ses prédécesseurs selon nous. Nous sommes pourtant impatients de découvrir ces titres sur scène, IT IT ANITA ayant la réputation d’être particulièrement intense en live, même si des amis m’ont prévenu que c’était encore mieux à l’époque où le groupe formait un quatuor, avant le départ de Damien Aresta. En ce qui me concerne, ce sera une première avec eux.

Carnage Piknik Maro RGAvant cela, place à une première partie française puisque Carnage Piknik vient du Mans. Le trio, composé de Milan, Eve et Hélio, s’est spécialisé dans un noise post-punk à la lisière de l’expérimental, bardé de dissonances. Ils ont publié un EP de cinq titres en octobre dernier et vont, a priori, largement y puiser ce soir. Celui-ci est nettement plus radical que le précédent, sorti un an plus tôt, qui présentait des compositions encore structurées. Carnage Piknik ne s’assagit donc pas, bien au contraire, et pousse sa logique jusqu’au bout. Qu’en dire ? Que l’expérience m’a paru plutôt pénible, même si la Maroquinerie, qui se remplit progressivement, semble apprécier. Le set débute par divers bruitages, tandis que l’un des membres du groupe se trouve déjà dans le public, saxophone en main, ce qui constitue une entrée en matière assez originale. Les voix sont progressivement prises en charge par les trois musiciens, souvent dans les cris, tandis que les guitares saturent au maximum sur des compositions dont la structure semble aussi libre que possible, notamment sur 6AM.

Mais le problème ce sont les compositions. Bien sûr, nous comprenons l’envie de s’affranchir du schéma couplet-refrain, mais ici, on peine à distinguer de véritables chansons, et l’ensemble finit par agresser l’oreille de façon un peu gratuite. Le groupe revendique aussi son antifascisme et son aversion pour les types en costume, même si le lien esquissé entre les deux laisse un léger malaise. Ce n’est clairement pas notre univers, ce qui rend l’exercice critique un peu délicat face à une proposition aussi éloignée de nos repères.

IT IT ANITA Maro RG 02De façon surprenante, IT IT ANITA fait son entrée sur fond de… Creedence. Une façon de se remettre dans la poche les fans de classic rock qui auraient pu sortir dépités de la première partie ? Le groupe de Fogerty appartient pourtant à un tout autre univers que le punk abrasif de nos amis belges, lesquels, eux, ne dédaignent pas les compositions identifiables. Mickael Goffard (chant, guitare), Elliot Stassen (chant, basse) et Bryan Hayart (batterie) montent sur scène à 21 h 10, et c’est la folie immédiate avec le single Cassowary. Goffard et Stassen se font face, comme à leur habitude, et c’est parti pour 1 h 20 de déflagration, à commencer par ce titre décapant, porté par des paroles scandées qui évoquent presque un débit rap : « Did David Cameron stick his dick inside a pig / While spitting cognac in an immigrant’s face?” On ne sait pas si l’on a le droit de traduire, mais c’est en tout cas très imagé. Les guitares sont monstrueuses, et que dire de Hayart, proprement hallucinant, d’une puissance rare ? Il est également membre de Girls In Hawaii, mais nous n’avions pas remarqué un jeu de batterie de cette nature avec eux !

Heureusement, peu amateur de pogos endiablés et sans aucune envie de finir dans l’essoreuse, j’avais trouvé une jolie place stratégique, légèrement surélevée au niveau de la barrière : le spot idéal pour profiter à la fois de ce son puissant et de riffs à rendre fou, tout en dominant parfaitement la scène comme l’agitation de la fosse. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un son aussi parfait pour ce style de musique.

IT IT ANITA Maro RG 03Le groupe a à son répertoire des titres bien rentre-dedans comme Modern Architecture ou More, mais sait aussi en proposer d’autres qui s’apparentent peu à peu à des classiques, avec des passages propices à la reprise en chœur des refrains : Dont Bend (My Friend) en est le meilleur exemple. Déjà très marquant à la première écoute de Mouche, le morceau est encore meilleur en live. Avec Disgrace, c’est incontestablement l’un des grands moments de la soirée. Le titre d’ouverture du dernier album, Beef Up, très efficace, est lui aussi de la partie : Hayart martèle, Stassen et Goffard se crient dessus, et nous profitons de moments de violence intelligente particulièrement jouissifs. Le groupe rejoue également Cucaracha, l’un de ses premiers singles, rarement interprété. Lion Tamer, qui a bénéficié d’un clip, démarre relativement calmement avec une grosse ligne de basse très Breeders signée Stassen, et pendant quelques secondes, on se dit que voilà peut-être le titre le plus accessible pour élargir leur public. L’intro fait aussi penser à leurs compatriotes de dEUS, mais… patience… les cris de rage résonnent et la fin est dantesque, avec une minute de bruit blanc assourdissant. On se croirait chez Neurosis, et cela laisse pantois : ce groupe a un potentiel impressionnant. Kinda The Same ne fait ensuite pas de prisonniers et nous conduit vers le rappel. Le groupe joue depuis une heure, nous n’avons pas vu le temps passer, les oreilles bourdonnent, les sourires sont partout, et moi, qui assiste rarement à des concerts aussi violents, je suis aux anges.

IT IT ANITA Maro RG 04

Le concert se termine avec les classiques Sermonizer et 9 Lives, et nous offre un titre joué pour la première fois, Trevor, loin d’être le moins radical.

Le groupe n’a certes pas énormément communiqué, mais nous n’étions pas là pour cela. En ce qui me concerne, c’est une révélation.

Carnage Piknik :
IT IT ANITA :

Laurent FEGLY
Photos : Robert Gil

IT IT ANITA et Carnage Piknik à la Maroquinerie
Production : THE LINK PRODUCTIONS
Date : le dimanche 24 mai 2026

Leurs derniers disques

Love LovingCarnage Piknik – Love Loving
Label : Revere Tapes
Date de sortie : 24 octobre 2025

 

 

 

 

 

HI HI HA HAIT IT ANITA
Label : Vicious Circle
Date de sortie : 30 janvier 2026

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