Les Liégeois de IT IT ANITA ont choisi une journée caniculaire pour jouer à Paris, ce qui n’a rien fait pour faire tomber la température. Ils ont livré un set à la fois violent, engagé et parfois mélodique (si, si), totalement réjouissant.

A priori, cette date n’était pas forcément une super idée. Un dimanche soir caniculaire au milieu du week-end de la Pentecôte, avec une bonne partie des Parisiens à la campagne, n’est pas le meilleur moyen de remplir une salle de concert. L’inquiétude est donc de mise en arrivant devant la Maroquinerie à l’heure de l’ouverture des portes, puisque nous ne sommes pas plus d’une vingtaine à trépigner pour ce concert attendu d’IT IT ANITA. Le groupe de noise rock liégeois est désormais bien établi, avec plus de 10 ans d’existence, et a sorti cette année un nouvel album, HI HI HA HA, toujours efficace, quoique légèrement inférieur à ses prédécesseurs selon nous. Nous sommes pourtant impatients de découvrir ces titres sur scène, IT IT ANITA ayant la réputation d’être particulièrement intense en live, même si des amis m’ont prévenu que c’était encore mieux à l’époque où le groupe formait un quatuor, avant le départ de Damien Aresta. En ce qui me concerne, ce sera une première avec eux.
Avant cela, place à une première partie française puisque Carnage Piknik vient du Mans. Le trio, composé de Milan, Eve et Hélio, s’est spécialisé dans un noise post-punk à la lisière de l’expérimental, bardé de dissonances. Ils ont publié un EP de cinq titres en octobre dernier et vont, a priori, largement y puiser ce soir. Celui-ci est nettement plus radical que le précédent, sorti un an plus tôt, qui présentait des compositions encore structurées. Carnage Piknik ne s’assagit donc pas, bien au contraire, et pousse sa logique jusqu’au bout. Qu’en dire ? Que l’expérience m’a paru plutôt pénible, même si la Maroquinerie, qui se remplit progressivement, semble apprécier. Le set débute par divers bruitages, tandis que l’un des membres du groupe se trouve déjà dans le public, saxophone en main, ce qui constitue une entrée en matière assez originale. Les voix sont progressivement prises en charge par les trois musiciens, souvent dans les cris, tandis que les guitares saturent au maximum sur des compositions dont la structure semble aussi libre que possible, notamment sur 6AM.
Mais le problème ce sont les compositions. Bien sûr, nous comprenons l’envie de s’affranchir du schéma couplet-refrain, mais ici, on peine à distinguer de véritables chansons, et l’ensemble finit par agresser l’oreille de façon un peu gratuite. Le groupe revendique aussi son antifascisme et son aversion pour les types en costume, même si le lien esquissé entre les deux laisse un léger malaise. Ce n’est clairement pas notre univers, ce qui rend l’exercice critique un peu délicat face à une proposition aussi éloignée de nos repères.
De façon surprenante, IT IT ANITA fait son entrée sur fond de… Creedence. Le groupe de Fogerty appartient pourtant à un tout autre univers que le punk abrasif de nos amis belges, lesquels, eux, ne dédaignent pas les compositions identifiables. Mickael Goffard (chant, guitare), Elliot Stassen (chant, basse) et Bryan Hayart (batterie) montent sur scène à 21 h 10, et c’est la folie immédiate avec le single Cassowary. Goffard et Stassen se font face, comme à leur habitude, et c’est parti pour 1 h 20 de déflagration, à commencer par ce titre décapant, porté par des paroles scandées qui évoquent presque un débit rap : « Did David Cameron stick his dick inside a pig / While spitting cognac in an immigrant’s face?” On ne sait pas si l’on a le droit de traduire, mais c’est en tout cas très imagé. Les guitares sont monstrueuses, et que dire de Hayart, proprement hallucinant, d’une puissance rare ? Il est également membre de Girls In Hawaii, mais nous n’avions pas remarqué un jeu de batterie de cette nature avec eux !
Heureusement, peu amateur de pogos endiablés et sans aucune envie de finir dans l’essoreuse, j’avais trouvé une jolie place stratégique, légèrement surélevée au niveau de la barrière : le spot idéal pour profiter à la fois de ce son puissant et de riffs à rendre fou, tout en dominant parfaitement la scène comme l’agitation de la fosse. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un son aussi parfait pour ce style de musique.
Le groupe a à son répertoire des titres bien rentre-dedans comme Modern Architecture ou More, mais sait aussi en proposer d’autres qui s’apparentent peu à peu à des classiques, avec des passages propices à la reprise en chœur des refrains : Dont Bend (My Friend) en est le meilleur exemple. Déjà très marquant à la première écoute de Mouche, le morceau est encore meilleur en live. Avec Disgrace, c’est incontestablement l’un des grands moments de la soirée. Le titre d’ouverture du dernier album, Beef Up, très efficace, est lui aussi de la partie : Hayart martèle, Stassen et Goffard se crient dessus, et nous profitons de moments de violence intelligente particulièrement jouissifs. Le groupe rejoue également Cucaracha, l’un de ses premiers singles, rarement interprété. Lion Tamer, qui a bénéficié d’un clip, démarre relativement calmement avec une grosse ligne de basse très Breeders signée Stassen, et pendant quelques secondes, on se dit que voilà peut-être le titre le plus accessible pour élargir leur public. L’intro fait aussi penser à leurs compatriotes de dEUS, mais… patience… les cris de rage résonnent et la fin est dantesque, avec une minute de bruit blanc assourdissant. On se croirait chez Neurosis, et cela laisse pantois : ce groupe a un potentiel impressionnant. Kinda The Same ne fait ensuite pas de prisonniers et nous conduit vers le rappel. Le groupe joue depuis une heure, nous n’avons pas vu le temps passer, les oreilles bourdonnent, les sourires sont partout, et moi, qui assiste rarement à des concerts aussi violents, je suis aux anges.

Le concert se termine avec les classiques Sermonizer et 9 Lives, et nous offre un titre joué pour la première fois, Trevor, loin d’être le moins radical.
Le groupe n’a certes pas énormément communiqué, mais nous n’étions pas là pour cela. En ce qui me concerne, c’est une révélation.
Carnage Piknik : ![]()
IT IT ANITA : ![]()
Laurent FEGLY
Photos : Robert Gil
IT IT ANITA et Carnage Piknik à la Maroquinerie
Production : THE LINK PRODUCTIONS
Date : le dimanche 24 mai 2026
Leurs derniers disques
Carnage Piknik – Love Loving
Label : Revere Tapes
Date de sortie : 24 octobre 2025
IT IT ANITA –
Label : Vicious Circle
Date de sortie : 30 janvier 2026

Que peut-on vraiment attendre d’une chronique qui utilise encore le terme « pogos endiablés » en 2026 ?
Tenter une analyse de ce que l’on a cependant le mérite d’avouer ne pas connaître amène irrémédiablement à une analyse biaisée par manque de connaissance de la scène rock émergente mais peut être aussi par intoxication à la standardisation.
Vous narrez le début du concert de IIA en pensant à la place du public et du-dit groupe qui ce serait très vite réuni en conciliabule dans les loges pour tenter de trouver un plan pour sauver le soldat adult-rock décimé par le terrorisme noise juvénile … La vérité est toute autre. Le groupe, présent dans la salle, partage l’enthousiasme du public arrivé dès le premier titre … Cet enthousiasme aurait dû à minima vous interroger, sinon ébranler vos convictions.
Je ne saurais que trop vous conseiller d’aller lire le très bon article sur Mon Petit Quotidien, le journal des 7/10 ans pour mieux connaître les différents instruments à vent. (https://lepetitquotidien.playbacpresse.fr/exposes-detail/lepq/les-instruments-a-vent)
De plus votre attitude paternaliste « bien sûr, nous comprenons l’envie de s’affranchir du schéma couplet-refrain » est symptomatique de cette bien-pensance de l’establishment de la musique. Heureusement que les plus jeunes réinjectent dans la musique une notion de revendication, de politique et d’envie nouveauté à la différence de la mollesse de l’ehpad rock qui ressert sans cesse la même recette de soupe insipide.
DAns un souci pédagogique, je vous invite à aller voir un concert de Ditz, de Gilla band ou des Stuffed foxes. En dehors du périph, le monde a changé.
Bonjour, honnêtement, je me vois obligé de réagir à l’agressivité pas très intelligente de ce commentaire, qui me donne l’impression d’être sur les réseaux sociaux les plus crasses, et non sur un site qui défend tout une variété de formes d’arts qui nous semblent pertinents et qui, de plus, prône la diversité des goûts et des opinions, dans le respect des autres. Au lieu de conspuer Laurent, vous auriez pu facilement vérifier sur Benzine que nous sommes de grands amateurs de Ditz, de Gilla Band, des Stuffed Foxes, tous des groupes que nous avons vus sur scène, dont nous avons chroniqué les albums, voire interviewés. Notre équipe est composée en majeur partie de provinciaux et nous ne sommes un peu plus « parisiens » que pour les live reviews, par localisation géographique des rédacteurs qui sont des concert-addicts. J’attire aussi votre attention sur le fait que nous voyons entre les membres de ce groupe plus de 200 concerts par an, au bas mot, et que sur ces 200, 80 à 90% sont de « petits groupes », ou de « jeunes groupes », ce qui ridiculise salement votre accusation de bien pensance, d’establishment, de mollesse d’EHPAD. Bref, vous vous trompez complètement de cible, sans même parler du fait que rien ne justifie ce genre d’agressivité puérile contre qui que ce soit qui n’aurait pas les mêmes goûts que vous. Je vous salue bien, et je retourne à nos « pogos endiablés » !
Bonsoir et merci pour votre réponse.
Je vous l’accorde, il y avait une pointe de provocation ;-) mais juste à la hauteur de ce qu’amorçait cet article :-)
Si nous apprécions Benzine au quotidien, le live report en question manque cruellement de bienveillance.
Dans le cas présent, je trouve la chronique assez peu constructive. C’est assez sain d’ailleurs que tout le monde ne partage pas les mêmes goûts.
En revanche quel intérêt de déglinguer un groupe sans arguments fondés, en prêtant des intentions au public et à l’autre groupe et en utilisant une pointe de mépris ? Tout mon commentaire ne faisait que répondre point par point à la chronique et ce qu’elle générait comme ressenti.
A aucun moment Benzine dans sa globalité n’est remis en cause quant à la passion qui anime ou pour son intégrité.
Bien au contraire, Benzine est un des rares sites qui fait des lives reports. C’est plus l’écriture de la chronique qui a déclenché mon commentaire, pas le média en lui même.
Et non, nous n’allons pas nous bagarrer comme sur les RS.Benzine, acceptez mes excuses si j’ai pu vous heurter :-)
Je me dois de répondre à mon tour. Je n’ai pas pour habitude de « déglinguer des groupes » et encore moins des jeunes groupes. Je me dois par contre de donner mon ressenti du concert. Je pensais avoir mis des éléments de contexte, en précisant ce n’était pas le genre de musique que j’écoutais souvent, et que cela devait être pris en compte dans ma critique. J’ai indiqué en outre que La Maroquinerie semblait apprécier le groupe. A la fin, la note de 2,5 étoiles est une synthèse de tout cela et c’est loin d’être un déglinguage. J’écouterai même probablement leur premier album complet aussi attentivement que j’ai pu le faire pour le EP. Personnellement en l’espérant moins aride mais encore une fois, à chacun ses goûts. Je respecte leur intégrité.
Je comprends votre point sur la partie « Credence »de la critique. Si il ressort de mon papier que je pense sérieusement que IT IT ANITA a « lâché » Carnage Piknik et s’est excusé de leur prestation en passant du classic rock, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire et ce n’est vraiment pas ce que j’ai pensé. C’était plutôt une boutade tant la présence de ce titre à ce moment là m’a surpris. J’ai bien noté que IT IT ANITA avait félicité par la suite sa première partie et je vais donc retirer cette phrase qui, je le comprends, peut être mal comprise.
Merci pour ce retour éclairé qui fait preuve d’une vraie honnêteté intellectuelle.
A la lecture de l’article j’ai vraiment cette sensation de regard un peu méprisant mais surtout injuste au travers de l’utilisation de termes comme « pénible » ou » agression un peu gratuite ». Je n’y ai lu que du 1er degré. L’article, à mon sens, ne contient malheureusement pas suffisamment d’éléments laissant penser qu’il s’agissait d’un genre musical que vous écoutiez moins.
J’ai trouvé que cette soirée avait été vraiment très chouette, avec deux groupes qui défendaient avec force et conviction leur vision jusqu’au-boutiste du rock, leur amour de la musique et une vraie générosité avec le public qui ne s’y est pas trompé.
Mon commentaire était dénué d’agressivité envers vous (même si là aussi on pouvait l’interpréter autrement j’en conviens) mais plutôt grinçant et provocateur.
Je ne peux plus faire de corrections. En revanche, si l’administrateur du site peut le supprimer, qu’il le fasse, je le réécrirais (ou pas d’ailleurs) avec un angle différent.
Merci pour cet échange !!!
Avec ces échanges, je trouve que Benzine en ressort plus fort encore :-)