Porté par un casting assez prestigieux, la nouvelle série de David E. Kelley ose des chemins de traverse originaux pour évoquer la génération actuelle des vingtenaires jeunes parents. Et propose de fait une série drôle et émouvante, bien plus subtile qu’il n’y paraît au premier abord.

Cela commence comme un petit conte de fées sans originalité : Margo, étudiante brillante de vingt ans, se fait draguer par son prof de fac qui lui promet un bel avenir dans l’écriture. Mais voilà, grossesse non désirée, aucun appui de la part du futur père qui souhaite un avortement en douce. Malgré les difficultés, Margo décide de faire face et de garder cet enfant : la voilà maman bien trop tôt, lâchée par une partie de ses colocs, et en appel de renfort infime à ses parents séparés : une mère « cagole », davantage préoccupée par son apparence d’éternelle jeune demoiselle que par sa descendance, et un père quasi absent, ex-catcheur et ex-toxico. Un conte de fées problématique en fait, presque too much, et pourtant…
On rentre à petits pas, presque à reculons dans cette nouvelle production du maître du genre (on lui doit Ally McBeal, Big Little Lies, The Undoing) mais David E. Kelley sait nous cueillir à l’usure, le petit malin… au fur et à mesure de ces huit épisodes assez courts, il étoffe des personnages caricaturaux de prime abord pour orchestrer une valse de sentiments ambigus et de complexité de situations, sans pour autant – et c’est une énorme qualité – juger.
L’autre qualité de cette série à ne pas ranger hâtivement dans la catégorie « léger pour ados » est de prendre frontalement son sujet finalement contemporain : la « gen Z » face à la précarité, la débrouille et la prise de conscience de l’apport du digital et ses conséquences. En effet, parents moitié fauchés, procès aux fesses pour garder son enfant, Margo devra trouver un moyen simple et efficace (et qui rapporte) pour s’en sortir… et décide d’ouvrir un compte OnlyFans, ce qui ouvrira autant de répercussions scénaristiques pour les personnages que de débats et points de vue ouverts sur la question pour nous, les téléspectateurs… sommes-nous toujours victimes de ce que la vie nous apporte ? des destins tout tracés ? ou pouvons-nous assumer totalement nos actes, qu’ils soient de mauvais choix ou non ? Margo a des problèmes d’argent… ose trancher et donner sa réponse, aussi originale que pertinente, et donc nous séduit in fine.
Là encore, impossible de réussir une telle histoire (adaptée d’un roman à succès de Rufi Thorpe ) si l’interprétation n’est pas à la hauteur : Nick Offerman (qu’on adore depuis Parks And Rec) parfait en papa taiseux et dépassé, Nicole Kidman qui apparaît peu mais c’est marquant, et pas mal d’autres seconds rôles. Mais on retiendra surtout le grand retour de Michelle Pfeiffer en vieille bimbo, socialement compliquée mais vraie romantique à l’ancienne, qui assure une vraie et belle composition plutôt subtile. Et sa fille, Margo, idéalement campée par Elle Fanning, girl next door qu’on adore de plus en plus. Elle est épatante dans son personnage aussi déterminée que souvent paumée, et n’hésite pas à donner de sa personne, tant dans la violence des sentiments qui l’anime que dans ses scènes suggestives pour le compte faussement porno sur ses réseaux sociaux. On se dit d’ailleurs, quand on la voit entourée de Pfeiffer et Kidman, qu’elle semble être la parfaite réincarnation des deux, telle une fusion réussie – et une future carrière qu’on souhaite équivalente.
Une très bonne surprise donc, plus complexe et pertinente que sa proposition initiale.
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Jean-françois Lahorgue

