Presque trente ans après L’Homme qui voulait vivre sa vie, Douglas Kennedy redonne vie à son personnage aux multiples identités, hanté par son passé, dans un thriller romanesque et labyrinthique. Un livre à glisser dans la valise cet été !

Personne n’a oublié L’Homme qui voulait vivre sa vie, le roman qui révéla Douglas Kennedy au grand public il y a près de trente ans. Un succès prolongé au cinéma avec l’adaptation d’Éric Lartigau, portée par Romain Duris dans le rôle principal.
Pour ceux qui prendraient le train en marche, on conseillera tout de même de lire le roman paru en 1998, de découvrir le film, très fidèle à l’œuvre originale, ou au moins de se replonger dans les grandes lignes de cette histoire d’homme aux identités multiples qui décide, après avoir tué accidentellement l’amant de sa femme, de se reconstruire une nouvelle existence.
À 70 ans, Douglas Kennedy offre une suite à cette histoire de disparition volontaire et remet en scène son héros : Ben Bradford, Gary Summers, Andrew Tarbell… autant de noms pour autant d’identités et de vies parallèles. Mais derrière ces masques demeure un seul homme, hanté par son passé et par cette vie qu’il n’a jamais pu mener auprès de ses deux fils. La mort de sa seconde épouse, Anne, va tout bouleverser et entraîner le lecteur dans une nouvelle course contre le temps.
Devenu photographe après sa première vie, Andrew Tarbell découvre que son second fils, Jack, journaliste en quête de reconnaissance, s’apprête à révéler une affaire de plagiat dans laquelle est impliqué son autre fils, Josh. Un véritable cas de conscience se pose alors pour ce père qui comprend qu’il a peut-être encore un rôle à jouer dans leur existence.
Cette intrigue foisonnante, où le lecteur doit naviguer entre différentes identités et de nombreux retours en arrière, permet à Douglas Kennedy d’éclairer progressivement le passé de son personnage à travers une construction en flash-back parfois déroutante. Le début du roman demande d’ailleurs un certain temps d’adaptation tant les niveaux de temporalité s’entrecroisent.
Les amateurs de page turners en auront néanmoins pour leur argent avec ce scénario diablement romanesque. Certes, l’ensemble peut sembler parfois un peu cousu de fil blanc, avec quelques facilités narratives et certains rebondissements tirés par les cheveux. Mais le romancier maîtrise parfaitement son récit et parvient à maintenir une tension constante, notamment grâce à sa manière d’imbriquer les différentes époques.
Comme chez Stephen King, on trouve également, en toile de fond, quelques échos à l’Amérique contemporaine et à une société toujours plus fracturée. Mais au-delà du thriller psychologique, Douglas Kennedy propose aussi une réflexion intéressante autour de l’art photographique, du sens des images et de tout ce qui demeure invisible, tapi dans le hors-champ.
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Benoit RICHARD
