[MUBI] « Blossoms Shanghai » : Golden Years

Véritable phénomène culturel en Chine, la série Blossoms Shanghai voit Wong Kar-wai revisiter les années fric shanghaiennes en respectant trop les conventions commerciales de la série chinoise, tout en offrant une photocopie peu inspirée de sa signature visuelle.

Blossoms Shanghai
Photo MUBI

Ayant eu ses Trente Glorieuses plus récemment que l’hexagone, la Chine tire elle aussi une nostalgie de ce moment historique. Une nostalgie qui a fait de Blossoms Shanghai, série signée Wong Kar-wai et désormais visionnable en France sur MUBI, un phénomène de la culture populaire chinoise, comparable, à l’échelle locale, à un Stranger Things.

La série commence au moment où les réformes économiques libérales de Deng Xiaoping se mettent en place. Sorte de cousin shanghaïen de Rastignac, Ah Bao (Hu Ge) voit une voiture lui foncer dessus un soir de réveillon à Shanghai. Qui a ordonné cela ? Après cette mise en place évoquant fortement celle d’un Casino, la série va remonter vers le début de l’ascension d’Ah Bao.

Pour l’anecdote, la ville avait déjà été présentée comme un lieu de possibilité d’une version locale du Rêve Américain dans la série populaire hongkongaise de 1980 Shanghai Bund. Dans cette dernière, un Chow Yun-fat en début de carrière tentait de devenir un Tony Montana du Shanghai des années 1920.

Le premier problème de Blossoms Shanghai est le caractère antiwongien de son fil conducteur. La série se passe à un moment historique perçu par les Chinois comme leur Ruée vers l’or, comme celui où il était possible de changer très vite de statut social. Mais l’argent n’a jamais été la préoccupation principale des héros du cinéaste.

Il s’agirait plutôt de l’incapacité à digérer une rupture amoureuse, du ressassement des souffrances d’une relation amoureuse avec un ex beau comme Delon ou du regret de ne pas s’être rendus ensemble aux Chutes d’Iguazu… Au mieux l’argent sert-il dans Les Cendres du Temps à payer des chasseurs de primes pour liquider le/la responsable d’une peine de coeur. Les affaires, le désir d’enrichissement sont au centre d’une série laissant peu de place à la romance et à la séduction. Peu d’espace est laissé à une nostalgie qui est le carburant narratif des réussites majeures du Hongkongais.

L’autre problème se situe dans le respect de conventions commerciales que le cinéaste avait abandonnées après le succès asiatique d’As Tears Go By, seul de ses films à s’inscrire dans les contraintes commerciales de l’industrie hongkongaise. Wong est devenu ensuite un cinéaste fournissant le jour-même à ses acteurs le script des scènes à tourner, un cinéaste pliant les genres à sa liberté de narration et de montage, à son univers.

30 épisodes, c’est un format correspondant aux Dramas chinois… et c’est bien sûr beaucoup trop long. La série veut multiplier les rebondissements et les récits secondaires là où les classiques wongiens sublimaient des trames scénaristiques minimales. Certains passages façon comédie cantonnaise avec addition d’interprètes cabots renvoient aux cahiers des charges du cinéma populaire chinois.

On pourrait ceci dit voir dans les répétitions de situations et le nombre minimal de lieux d’une série se déroulant principalement dans un équivalent local de la Cinquième Avenue des éléments proches du cinéaste que l’on connaît. Mais ces éléments ne participent cette fois plus du ressassement des souvenirs et de la théâtralité vus sur grand écran. De même que les intertitres n’ont pas la puissance proustienne qu’ils ont sur grand écran. La mise en scène donne enfin le sentiment que la série a été réalisée par un des nombreux pâles imitateurs du cinéaste.

Avec cette adaptation d’un roman de Jin Yucheng très célébré en Chine (et à paraître en juin chez Gallimard), Wong s’est pour la première fois intéréssé à sa ville natale. Une ville quittée à l’âge de 5 ans en compagnie de sa mère pour Hong Kong, ceci engendrant un sentiment de déracinement artistiquement fécond. Hélas, pris dans la frénésie des années fric chinoises, les personnages de la série n’ont pas suffisamment le temps d’éprouver ce sentiment d’aliénation irriguant les meilleures oeuvres du cinéaste.

Ordell Robbie

Blossoms Shanghai
Série sino-honkongaise de Wong Kar-wai
30 épisodes de 45 minutes environ
Avec : Hu Ge, Yili Ma, Tiffany Tang…
Genre : Drame, Romance
Disponible sur MUBI depuis le 26 février 2026

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