« La Cuisine des ogres », de Fabien Vehlmann & Jean-Baptiste Andreae : un vrai festin visuel !

Révélée en 2024, cette formidable série revisite l’univers des contes avec une inventivité rare. Son deuxième volet, sorti tout récemment, marque un tournant : après le huis clos oppressant de « Trois-Fois-Morte », place à l’aventure et aux grands espaces — tout en rendant justice à ceux « qui ne sont rien ».

La Cuisine des ogres, tome 2 : Une vie de vaurien – Fabien Vehlmann & Jean-Baptiste Andreae
© 2026 Vehlmann / Andreae / Rue de Sèvres

Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andreae signaient avec le premier tome, paru il y a deux ans, une réinterprétation audacieuse des contes traditionnels (Le Petit Poucet, Barbe bleue…) centrée sur Blanchette alias Trois-Fois-Morte, une héroïne fragile en apparence mais d’une résilience à toute épreuve. Kidnappée par le croque-mitaine Grince-Matin, elle allait transformer sa vulnérabilité en force, utilisant ses talents culinaires et son intelligence pour survivre dans la Dent du Chat, cité des ogres gastronomes. Le scénario, riche et profond, explorait des thèmes universels comme la quête de liberté et la rébellion contre l’oppression, tandis que les ogres étaient devenus les symboles des monstres intérieurs et des normes sociales étouffantes. Graphiquement, Andreae nous offrait un festin visuel : des couleurs chaudes pour les cuisines, des bleus profonds pour les lacs souterrains, et une mise en page dynamique qui servait parfaitement le récit.

La Cuisine des ogres, tome 2 : Une vie de vaurien – Fabien Vehlmann & Jean-Baptiste AndreaeLe deuxième opus, intitulé Une vie de vaurien, opte pour un changement de perspective radical en suivant Brèche-Dent, un korrigan timide et sans assurance, mais d’une loyauté exemplaire. Dans la cuisine des ogres, Trois-Fois-Morte a acquis la reconnaissance grâce à ses talents culinaires. Mais son ascension inattendue suscite jalousies et intrigues de palais. La Grignotte, l’Ogre-en-chef de la Brigade du sucre ne supporte pas qu’on lui fasse de l’ombre, ce prétentieux ! Celui-ci va se servir de Brèche-Dent, jeune korrigan relégué au Lac à Vaisselle et meilleur ami de Trois-Fois-Morte, en l’incitant à lui dérober une recette, ce qui selon La Grignotte, lui permettrait d’accéder à la postérité. Devant les injonctions et menaces de ce dernier, Brèche-Dent va choisir l’exil, le cœur serré de devoir quitter ses amis et sa vieille mère mourante. Son voyage, riche en rebondissements, sera jalonné de rencontres avec des personnages hauts en couleur, comme Chrysostome, un cafard multilingue.

Une fois encore, Vehlmann joue avec les codes du conte, intégrant ici des références à Pinocchio ou Charlie et la Chocolaterie, tandis qu’Andreae maintient un niveau graphique exceptionnel, avec des couleurs et des détails qui immergent le lecteur dans cet univers fantastique. Fabien Vehlmann n’a pas ménagé sa peine pour concevoir un scénario rempli de circonvolutions fort originales, même si l’on n’en saisit par forcément la pertinence au premier abord (notamment la séquence du dahu). Mais ici, la fantaisie est reine, parfaitement mise en valeur par le dessin d’Andreae, le but étant de susciter l’émerveillement, et en cela on peut dire que le but est atteint.

En se centrant sur le personnage de Brèche-Dent — qui, dans le tome précédent, servait un peu de faire-valoir à Trois-Fois-Morte, héroïne « sans peur et sans reproche » —, ce second volet de La Cuisine des ogres rend hommage à tous les invisibles, poissards, losers et autres « moins que rien » à qui rien ne réussit, mais qui n’en sont pas moins valeureux, portés par leur abnégation et leur volonté d’aider leur prochain. Tout être a une histoire et un vécu dignes d’intérêt, et ce récit pose la question : pourquoi les projecteurs ne seraient-ils pas braqués, pour une fois, sur ces âmes pures qui mériteraient bien leur part de lumière ?

Dans la lignée de son prédécesseur, Une vie de vaurien est une vraie réussite, faisant d’ores et déjà de La Cuisine des ogres une série qui s’inscrira parmi les meilleures de la décennie, grâce à son propos et à son inventivité, susceptibles de toucher un public diversifié.

Laurent Proudhon

La Cuisine des ogres
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessin : Jean-Baptiste Andreae
Editeur : Rue de Sèvres
♦ tome 1 : Trois-Fois-Morte
84 pages – 20 €
Parution : 13 mars 2024
♦ tome 2 : Une vie de vaurien
80 pages – 20 €
Parution : 8 avril 2026

La Cuisine des ogres : une vie de vaurien — Extrait :

La Cuisine des ogres, tome 2 : Une vie de vaurien – Fabien Vehlmann & Jean-Baptiste Andreae
© 2026 Vehlmann / Andreae / Rue de Sèvres

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