A Benzine, on adore les romans et les bandes dessinées de Fabrice Caro, donc forcément on avait envie de lui demander son 5+5 livres. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est très varié.

On ne présente plus Fabrice Caro, l’un de nos auteurs les plus drôles. Que ce soit en bande dessinée ou en littérature, il construit depuis une quinzaine d’années une œuvre au style très singulier, où l’humour absurde fait mouche à chaque livre. Forcément, on avait envie d’en savoir un peu plus sur ses goûts littéraires. À la lecture de sa sélection 5 + 5, on découvre des influences qui ne sont pas forcément en adéquation avec son propre univers romanesque, ce qui rend l’exercice d’autant plus intéressant.
5 livres du moment :
Livres lus ces deniers mois. Là aussi, difficile de choisir. Et mes lectures récentes sont rarement des nouveautés, je ne suis pas forcément l’actualité littéraire, je marche au coup de cœur, souvent des livres croisés par hasard, en librairies ou dans des vide-greniers. Le problème c’est que j’ai une mémoire de poisson rouge et j’oublie très vite le contenu des livres, ne me restent que des sensations, ça m’est donc assez difficile en général de parler des livres…
Elle danse dans le noir – René Frégni

Exemple de livre croisé dans un vide-grenier que j’attrape au hasard et avec lequel je sais immédiatement que je vais me trouver des affinités (en seulement quelque lignes lues devant le stand, je me trompe rarement). J’ai adoré ce livre. Je ne connaissais pas cet auteur, honte à moi, et j’ai découvert qu’il avait eu une vie assez romanesque, une sorte de Giono un peu voyou.
Le festival de Cannes ou Le temps perdu – Santiago H. Amigorena

Là aussi, lecture de hasard, je ne connaissais pas cet auteur (re-honte à moi), et je découvre qu’il s’agit du compagnon de route, ami et co-scénariste de Cédric Klapisch sur pas mal de ses films, dont Le péril jeune, un de mes films de chevet. Le sujet ici m’intéresse assez peu, même si j’aime le cinéma, je me fous un peu de ce gros machin mondain qu’est le Festival de Cannes, mais là encore, c’est une affaire de musicalité, Amigorena a une écriture virevoltante et fiévreuse qui me parle. (lire notre critique)
Toutes les époques sont dégueulasses – Laure Murat

Petit livre assez brillant sur comment il est préférable de recontextualiser une œuvre plutôt que de bêtement la réécrire pour ne pas choquer les bonnes mœurs du moment. Bon, je fais un raccourci très rapide là hein. Livre assez salutaire en ces temps où on nettoie tout au polish au risque de faire disparaître des traces de l’Histoire qui pourraient nous apprendre ce qui était et ce qu’il est bon de ne pas reproduire.
Ghost stories – Siri Hustvedt

Là pour le coup on est dans l’actualité littéraire. Re-re-honte à moi, j’ai assez peu lu Paul Auster mais j’aimais beaucoup ce monsieur, j’aimais beaucoup l’écouter parler, il se dégageait de lui une humanité et une douceur rares. L’écriture de Siri Hustvedt est très belle, un livre magnifique sur l’amour et le deuil. Bon, je parle assez mal des livres, je suis désolé, je ferais un piètre chroniqueur littéraire. (lire notre critique)
Journal d’Arizona – Chantal Thomas

Encore un livre de vide-grenier, décidément – sauf que là je ne découvrais pas l’autrice. Elle raconte ici son séjour à Tucson où elle est allée enseigner en 1982. On se laisse porter par l’ambiance de cette Amérique et le regard décalé que lui porte l’autrice. J’aime beaucoup le format journal de bord de manière générale, j’avais adoré Voyage à Film City de Melvil Poupaud (l’enchaînement le plus improbable qui soit, ça n’a absolument rien à voir, mais ce livre me revient subitement en mémoire là alors que je parle de Journal d’Arizona).
5 livres pour toujours :
C’est un exercice surhumain de choisir 5 livres préférés sur une vie (du coup je triche un peu, je me débrouille pour en citer d’autres, l’air de rien, 5 c’est beaucoup trop dur.)
En studio avec les Beatles – Geoff Emerick

Je lis beaucoup de biographies d’artistes, cinéma, musique, littérature, mais quand on est fan des Beatles comme je le suis, celui-ci est une bible (avec Les Beatles, Quatre garçons dans le siècle de Frédéric Granier). Je me replonge régulièrement dans ce livre écrit par leur ingénieur du son et qui parle des coulisses des enregistrements de certains de leurs albums les plus mythiques. Qui de mieux placé que lui pour parler du groupe de l’intérieur ? C’est passionnant – bon, faut aimer les Beatles sinon forcément ça l’est moins.
Belle du seigneur – Albert Cohen

Grosse claque quand je l’ai découvert dans ma vingtaine. Au-delà de la très belle histoire d’amour entre Ariane et Solal, ma révélation c’est Adrien Deume, qui est à mon sens le personnage de loser le mieux écrit de l’histoire de la littérature. J’avais tellement aimé ce personnage, pourtant pas franchement sympathique, que j’avais baptisé du même prénom le personnage de mon roman Le discours. Mon personnage à moi était bien plus sympathique, mais c’était une sorte d’hommage à la figure de loser ultime qu’est Deume.
Le dossier M – Grégoire Bouillier

J’aurais pu dire L’invité mystère, qui est aussi un de mes livres cultes. J’adore l’écriture de Grégoire Bouillier, il fait partie de ces auteurs avec qui j’ai une affinité musicale. L’écriture et la lecture c’est avant tout une affaire de musicalité, de rythme. Quand je retrouve Grégoire, Philippe Jaenada, François Weyergans ou quelques autres, même quand le sujet m’intéresse moins, je sais de toute façon que c’est une langue qui me parlera parce qu’on a le même rythme interne. Bon, ma théorie vaut ce qu’elle vaut hein.
Un privé à Babylone – Richard Brautigan

J’aurais pu en citer d’autres de Brautigan, j’aime son écriture poétique et drôle. Il fait partie de ces auteurs qui m’ont confirmé qu’on pouvait écrire de la comédie avec style et élégance (plus tard, dans un autre genre, je découvrirais Tom Sharpe ou Eduardo Mendoza). Dans cette idée, le vrai tournant c’est peut-être Thérapie de David Lodge, qui m’a montré que littérature et comédie n’étaient pas incompatibles. Je reste malgré tout un militant acharné de la comédie. Mais Brautigan ça reste avant tout de la poésie à l’état pur.

Je me suis entiché de Djian avec ce premier roman que j’ai lu de lui à une époque de mon adolescence où je découvrais qu’il existait une autre littérature que celle qu’on nous imposait au lycée, une littérature plus rock (comme on disait à l’époque), avec des personnages un peu cassés. Ça a été ma période romantique bohème durant laquelle je me suis aussi pris de passion pour Miller, Bukowski, Calaferte…
