Présenter La montagne d’encre n’est pas simple, ce n’est pas une bande dessinée, mais ce pourrait être le témoignage d’une année consacrée à l’observation, émerveillée, d’un massif montagneux.

Un homme suit des yeux le vol d’un grand corbeau. Il s’arrête, observe et dessine. L’auteur s’est déplacé. À ses côtés, nous assistons au passage des saisons sur un massif montagneux. Il contemple, médite et peint. Son attention passe de plans d’ensemble à des détails, des arbres, quelques fleurs et de rares animaux. Surtout des oiseaux en vol, des insectes, un serpent, un écureuil et un renard. Il est honnête, il n’invente pas. Même si les hommes sont partis, la faune se cache. Il s’arrête sur des phénomènes météorologiques, le brouillard, la neige ou la pluie. La montagne a disparu, il ne reste que des ombres.
Nicolas Debon ne cache pas son admiration pour les créateurs d’estampes japonais et la poésie des haikus. Mais, il est créateur de bande dessinée, c’est donc ce support qu’il a choisi pour nous partager le fruit de sa quête.
Son trait est précis. Tel un naturaliste, il décrit ce qu’il voit. Il y a du Jean-Jacques Audubon dans cet homme. Mais, le poète saisit aussi des instants. Des feuilles d’arbre emportées par un coup de vent, le déferlement soudain d’un orage, la masse sombre et revêche d’un rocher, les traces du passage furtif d’un renard sur un revêtement neigeux. Autant de signes ténus, que nous, les modernes, avons perdu la capacité de voir.
L’album n’est pas muet, mais Nicolas Debon parle peu. Il propose une initiation à la contemplation. En quête d’exhaustivité, il multiplie les approches, le jour et la nuit, le minéral et le végétal, la terre et l’eau, le vent et la pluie, le matériel et le spirituel. Il nous initie au shintoïsme, une association poétique de polythéisme et d’animisme. La nature possède une force vitale, appelée « Kami », que nous pourrions traduire en divinité.
Le lecteur est appelé à faire un effort, à travailler son regard, à développer une capacité perdue, celle de l’émerveillement…
Essayez ! Vous communierez, à votre tour, avec la nature et qui sait, vous regarderez différemment votre bout de campagne ou de montagne. Admirez !
![]()
Stéphane de Boysson
La montagne d’encre
Scénario et dessin : Nicolas Debon
176 pages, 24,50 €
Éditeur : Dargaud
Parution : 29 mai 2026
La montagne d’encre – extrait :

