De la Comédie Française, présentée comme « la comédie de l’année » nous a fait beaucoup rire, en effet, mais échoue assez largement à nous parler réellement de cette institution et de ce qui peut s’y jouer.

Doit-on se contenter de rire de bon cœur – et sans honte pour une fois, ce qui n’est pas si courant dans le genre affreusement sinistré de la « comédie populaire » française – devant un film plaisant, ou bien est-il admissible de ne pas participer à l’euphorie générale, en expliquant qu’on en attendait un peu plus que l’hilarité qu’il déclenche ? On imagine bien qu’il s’agit là de la frontière de plus en plus étanche qui sépare ceux qui attendent « quelque chose de plus » d’un film qu’une heure et demi de divertissement (les fameux « intellos », quasi unanimement conspués depuis presque deux décennies) de la vaste majorité de ceux qui espèrent avant tout « oublier leurs soucis quotidiens » en payant des prix de plus en plus élevés pour une séance de cinéma…
De la Comédie Française, écrit et joué par une troupe – brillante évidemment – de « sociétaires » de l’illustre « Maison de Molière« , n’est pas un film « intello », rassurons (?) nos lecteurs. Son objectif est de faire rire son public en racontant presque en temps réel les deux heures et quelques littéralement catastrophiques précédant la première représentation du Macbeth de Shakespeare, mis en scène par une débutante dans l’exercice. Suivant le modèle très cinématographique des « slapstick comedies » autant que celui des « films catastrophes », De la Comédie Française enfile comme des perles une riche série de déboires allant jusqu’au désastre : actrice coincée à l’autre bout de la France, problèmes conjugaux d’un acteur découvrant l’infidélité de sa tendre et chère, enfant abandonné par son père dont doit s’occuper la metteuse en scène, maquilleuse « hors sol » dans ce milieu qui lui est inconnu, difficultés techniques à répétition, etc. La première pourra-t-elle avoir lieu, alors qu’une Ministre de la Culture clairement incompétente (comme on en a vu défiler pas mal ces derniers temps) doit l’honorer de sa présence pour vérifier que le budget de son ministère est bien employé ? C’est là toute la question.
Tout cela est drôle, en effet, même si l’on imagine pas un instant que cela puisse mal se finir (ce qui prive le film d’une angoisse existentielle « réelle » qui aurait été bienvenue), porté par une interprétation générale absolument parfaite… ce qui est le moins que l’on puisse attendre d’une telle troupe. Même si le moment le plus amusant est quand même la scène d’introduction, avec un Guillaume Gallienne parfait, largement reprise dans la Bande Annonce… Si Martin Darondeau et Bertrand Usclat ont l’intelligence de ne pas faire durer leur film plus qu’il ne le devrait, visant la marque des 75 minutes chère à Dupieux par exemple, ils n’ont malheureusement pas (encore ?) la maîtrise nécessaire pour que De la Comédie Française ne ressemble pas à un enchaînement mécanique de gags – au pire – ou de sketches – au mieux : cet effet d’accumulation sert clairement le sentiment d’amplitude croissante du désastre, mais finit aussi par créer une impression de manque de réalisme qui dessert la crédibilité de ce qui aurait pu être une peinture rafraîchissante et un peu iconoclaste d’un monde que l’on connaît peu.
Car si les films « sur le cinéma » sont multitude, ceux sur le théâtre, ou plus exactement sur le processus de création et d’interprétation d’une pièce, sont trop rares pour qu’on n’ait pas envie de PLUS que ce que Darondeau et Usclat nous offrent ici. Et le fait de faire, in extremis, appel à l’Histoire, à une vocation presque surnaturelle de la Comédie Française, et à l’inscription de ses troupes dans une généalogie française prestigieuse, fait pleinement sens, mais nous donne finalement le sentiment que le film a besoin, de manière assez paresseuse, de l’intervention d’un « Deus Ex Machina » pour pouvoir se conclure.
Bref, le film sur la Comédie Française reste à faire. Mais au moins, on aura ri.
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Eric Debarnot
