« Jinx », de Brian Michael Bendis : dans la nuit noire

Jinx n’est pas d’une lecture facile. Jinx est une expérience, celle de la plongée, sans palier de décompression, dans un cerveau ténébreux. Une réédition augmentée du thriller de Brian Michael Bendis paru en 2006.

Jinx - Brian Michael Bendis
© 2006-2026 Bendis / Delcourt

Chasseur de primes, Jinx est rugueuse, morose et porte la poisse. Inséparables depuis un an, Goldfish et Columbia sont deux petits escrocs, sans envergure. Columbia est explosif, vraiment explosif, quand Goldfish jouerait plutôt dans la catégorie des beaux gosses, sous genre beaux parleurs.

Jinx - Brian Michael BendisDans un bar minable, Goldfish aperçoit Jinx. Troublé, il quitte la pièce et l’appelle d’une cabine téléphonique. Il lui fait la cour, à l’ancienne. Nous assistons à une scène rare, la vieille panthère se laisse amadouer par le charmeur, elle en ronronnerait presque. Si la séquence est magnifiquement traitée, elle semble nous éloigner du sujet.

Après s’être très violemment disputés, Goldish et Columbia sont mis sur la piste d’un trésor de 3 millions de dollars. Pour corser l’affaire, chacun hérite d’une moitié de la carte au trésor. Les voilà contraints à coopérer. Columbia tente d’entraîner Jinx, il lui propose un dernier coup, le fameux « dernier coup », celui qui effaçant tout aurait le pouvoir de transformer de sempiternels loosers de Cleveland en bénis des dieux. Vont-ils arriver à s’entendre ? Rien n’est moins sûr, surtout que le magot attire de grands fauves, la curée est lancée.

Si l’histoire, passablement torturée, ne saurait prétendre à la palme de l’originalité, le traitement graphique est fascinant. Brian Michael Bendis s’en donne à cœur joie. Avec pas moins de 400 pages denses pour quelques heures de vie réelle, il prend son temps pour travailler ses personnages. Rien ne presse, la nuit sera longue. Mis en confiance, les ténébreux Jinx et Colombia se révèlent aussi bavards que Goldfish. Certaines pages croulent sous les bulles. Incidemment, Ils livrent des clefs de leur passé. Bendis ne craint pas de perdre ses lecteurs en manipulant le temps et l’espace. Sans avertissement, il intervalle d’obscurs flashbacks, qui ne trouverons que tardivement leur sens, et encore pas tous… Il joue avec la lumière, teste des associations entre dessins et photos retouchées.

Bendis aime la nuit. Ses héros ne sortent que rarement à la lumière. Souvent, vous devrez vous contenter d’un bout de visage, d’un fragment de crâne chauve, d’une mèche frisée ou de lunettes noires pour identifier le personnage. Pis, le style bouge, les formats varient et les visages changent… À qui se fier dans ce monde de brutes ?

Trop souvent, Jinx, Columbia et Goldnish ont été trahis et blessés. Peuvent-ils encore faire confiance ? Sont-ils mêmes seulement dignes de confiance ? Tout est si noir…

Je vous quitte, je vais le relire.

Stéphane de Boysson

Jinx
Scénariste et dessin : Brian Michael Bendis
Éditeur : Delcourt
410 pages – 32,50 €
Parution : 26 février 2026

Jinx — Extrait :

Jinx - Brian Michael Bendis
© 2006-2026 Bendis / Delcourt

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