GA-20 with Charlie Musselwhite – BLUES NOW : Charlie et la camaraderie

Quand trois talentueux musiciens de Boston s’associent avec un vétéran de la scène de Chicago, cela donne BLUES NOW, un formidable album de blues qui, sous ses aspects traditionnels, donne une seconde jeunesse à cette musique intemporelle.

GA20 2026 by Elizabeth Ellenwood
Photo : Elizabeth Ellenwood

Si le succès du film Sinners est entièrement justifié par ses qualités cinématographiques, il le doit aussi à une bande-son qui a permis à une nouvelle génération de redécouvrir l’une des plus vieilles musiques du monde : le blues. Pas celui que joue Joe Bonamassa devant des publics ayant payé 100 euros à la Seine Musicale, mais un blues plus râpeux, plus moite, perpétué depuis des générations, et dont Buddy Guy demeure le dernier géant en vie. C’est ce blues-là que les GA-20 perpétuent sur leur dernier album, intitulé, bien à propos, BLUES NOW : un blues de Chicago, celui de Junior Wells, de Willie Dixon ou de Muddy Waters.

BLUES NOWNous les avions vus en clôture du magnifique Eldorado Music Festival fin juin. Les GA-20 transpirent et vivent le blues, et cela se ressent sur ce formidable album. Dès le premier titre, Crazy Love, ils rendent hommage à la fois à Dixon, qui l’a écrit, et à Buddy Guy, qui l’a enregistré en 1965, à une époque où il était dans l’écurie Chess Records et pas encore dans la furie électrique qui inspirera plus tard Jimi Hendrix ou Stevie Ray Vaughan. C’est un titre méconnu de Buddy Guy qui a été déniché par Matthew Stubbs, fondateur et guitariste du combo, manifestement heureux de nous faire découvrir ce joyau méconnu. Originaire de Boston et fan absolu du Chicago blues, Matthew Stubbs signe ici une relecture assez fascinante : il suffit de comparer les enregistrements pour mesurer l’apport d’un son plus garage et de l’harmonica. Pour ce dernier instrument, Stubbs s’appuie sur une légende qu’il connaît bien, puisque le disque est également crédité à Charlie Musselwhite, avec qui il a déjà joué, qui constitue un autre lien vivant avec l’âge d’or du Chicago blues, et qui reste toujours très actif à 82 ans. La voix très mélodique de Cody Nilsen se prête parfaitement à l’exercice et se marie idéalement à l’harmonica. Musselwhite, lui, assure le chant sur la majorité des morceaux du disque, et Josh Kiggans est le batteur parfait pour cette musique, avec un jeu sec et surtout pas démonstratif, toujours au service du groove, qui laisse le premier plan aux guitares et à l’harmonica. Le tout forme une entente musicale parfaite.

I Can’t Hold Out est plus connue, puisque ce fleuron d’Elmore James a été repris par la première incarnation de Fleetwood Mac, celle de Jeremy Spencer et Peter Green. Le titre figure sur Fleetwood Mac in Chicago, et ce n’est pas le seul lien, car on retrouve un peu plus tard sur le disque The Blues Don’t Die, composition du pianiste de Muddy Waters, Otis Spann, avec lequel le Mac a gravé l’immortel The Biggest Thing Since Colossus. Les fans de blues lent vont adorer cette version, et cette conversation splendide entre l’harmonica et la guitare qui s’entrelacent autour de la voix hors d’âge de Musselwhite. Les paroles sont également là pour témoigner de la place qu’occupait le blues dans la vie d’Otis Spann, mais elles peuvent être généralisées aux autres bluesmen de cette époque : « We can’t let the blues die / Blues don’t learn us no harm / That’s why I moved back in the Lowlands / That’s where the blues come from”, soit : « Nous ne pouvons pas laisser mourir le blues / Le blues ne nous a jamais fait de mal / C’est pour cela que je suis retourné dans les Lowlands, ces terres basses du Sud des États-Unis / C’est de là que vient le blues. »

Ce dernier reprend également l’un de ses propres titres, l’électrique Strange Land, où la guitare se rapproche de celle de Billy Gibbons sur les premiers ZZ Top. C’est un morceau écrit à 18 ans, alors qu’il arrivait à Chicago, ce « strange land”, et c’est poignant de l’entendre repris à ce stade de sa carrière. Pour terminer, Cristo Redentor n’est pas un blues traditionnel, ce qui est logique, car c’est une composition du pianiste de jazz Duke Pearson, que Musselwhite a souvent reprise au cours de sa carrière. Cinématographique et assez contemplative, elle permet de clore le disque sur une touche différente, avec une jolie lap steel de Nilsen. On trouve sinon un titre plutôt rock, l’instrumental Universal Rock, un autre d’inspiration sixties, I’ll Change My Style, et un brûlot au groove bien lourd, reprise d’Eddie TaylorStroll Out West, qui sera probablement formidable sur scène.

Au final, 34 minutes de bonheur et un grand concert en perspective au New Morning le 30 octobre prochain !

Laurent Fegly

GA-20 with Charlie Musselwhite – Blues Now
Label : New West Records
Date de sortie : 31 juillet 2026

 

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