« Colette », de Séverine Vidal et Kim Consigny : la liberté par la plume

Objectivement un peu oubliée, Colette est une écrivaine passionnante. Après George Sand, Séverine Vidal et Kim Consigny consacrent une très belle biographie à cette femme libre, pionnière de l’autofiction.

Colette - Séverine Vidal et Kim Consigny
© 2026 Vidal / Consigny / Delcourt

Née en 1873, Gabrielle Colette est la dernière enfant de Sido et de Jules-Joseph Colette, un ancien capitaine des zouaves ayant perdu une jambe en Italie. Elle vit une enfance merveilleuse dans la propriété de ses parents. Féministe et athée, la mère cultive son indépendance : « Souviens-toi de ça : sois libre et n’aie jamais peur ». Colette en fera sa devise.

Colette - Séverine Vidal et Kim Consigny La jeune femme rencontre Willy, un séduisant auteur à succès. Elle l’épouse et s’installe à Paris. Willy est volage. Afin de faire oublier ses infidélités, il l’incite à écrire, à raconter ses souvenirs. Ce sera Claudine à l’école, publié sous le nom de Willy. Elle y associe la nostalgie de son enfance à l’évocation d’une nature enchanteresse, tout en ciselant une galerie de portraits mordants de vérité. Son impertinence irrévérencieuse et la précision de son écriture font mouche. Le succès est immédiat. Colette travaille sur la suite, elle vivra de sa plume.

Très classique dans sa forme, le scénario de Séverine Vidal brosse un portrait juste et attachant de son extraordinaire personnalité. Contraint par le format, il sélectionne des moments clefs de sa vie, facilitant notre lecture en datant chaque scène. Colette n’a peur de rien, ni de personne. Elle multiplie les scandales et les aventures féminines et masculines dans la « haute » société parisienne, notamment en s’affichant avec Missy, la fille du demi-frère de Napoléon III. Elle se marie trois fois, monte sur scène, devient journaliste ou crée une marque de cosmétiques.

Colette est avant tout une écrivaine. Le scénario propose de larges extraits qui permettent d’apprécier son écriture : « Je ne savais que rire et crier, en foulant la longue herbe juteuse qui tachait ma robe… Ta tranquille joie veillait sur ma folie et quand j’ai tendu la main pour atteindre ces églantines, tu sais, d’un rose si ému, – la tienne a rompu la branche avant moi, et tu as enlevé, une à une, les petites épines courbes, couleur de corail, en forme de griffes…Tu m’as donné les fleurs désarmées… » (Les Vrilles de la vigne).

Pour autant, Séverine Vidal se garde d’éluder sa part d’ombre, son égoïsme, sa peur de la mort, la méchanceté assumée de certains de ses portraits. Ainsi, contrainte par sa quête de liberté, elle ne s’occupe guère de sa fille et fuit sa mère.

Le dessin réaliste de Kim Consigny se concentre sur l’essentiel : sa vie, ses amitiés et ses passions, ses maisons et ses animaux. Le tracé est fin et doux, de rares aplats de noir viennent lui donner du relief.

Comblée d’honneurs, première présidente de l’Académie Goncourt – Colette a toute sa vie collectionné les premières –, elle est la première femme à bénéficier d’obsèques nationales.

Il faut lire, ou relire, Colette.

Stéphane de Boysson

Colette
Scénariste : Séverine Vidal
Illustrateur : Kim Consigny
Éditeur : Delcourt / Encrages
240 pages – 24,50 €
Parution : 9 avril 2026

Colette — Extrait :

Colette - Séverine Vidal et Kim Consigny
© 2026 Vidal / Consigny / Delcourt

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