C’est l’un des événements de la rentrée en matière de littérature rock : avec The Police, Philippe Gonin signe une biographie ample et passionnante du trio, de sa formation à son ascension fulgurante, jusqu’au split d’un groupe devenu l’un des plus grands du monde. Entre récit, analyse des albums et plongée dans les chansons, difficile de lâcher le livre.

Nous avions chroniqué le précédent et passionnant livre de Philippe Gonin consacré à Marquis de Sade. Toujours aux Éditions Le Mot et le Reste, l’auteur s’attaque cette fois à un autre groupe à l’histoire météorique : The Police. Cinq petites années seulement séparent Outlandos d’Amour, en 1978, de Synchronicity, en 1983, mais cinq albums auront suffi à imposer le trio auprès du public, notamment en France, où chacun d’eux a au minimum atteint la certification Platine.

Philippe Gonin s’y connaît en biographies de groupes traversés par les tensions internes et les fortes personnalités : outre Marquis de Sade, il a également écrit sur Pink Floyd. Avec The Police, nous sommes servis. Les relations entre les trois membres forment l’un des fils rouges du livre, en particulier celle entre Stewart Copeland, créateur et premier leader du groupe, et Sting, qui en a très vite pris les rênes.
En très peu de temps, grâce à un talent de compositeur qui s’est imposé avec évidence, Sting est devenu le visage public de The Police, au point de pouvoir ensuite mener la carrière solo que l’on connaît et s’imposer comme l’une des figures majeures du rock.
Pourtant, et ce livre le montre bien, après le départ du premier guitariste Henry Padovani, c’est l’alchimie entre trois grands musiciens qui a permis au groupe d’imposer un son aussi singulier. Stewart Copeland est un batteur immédiatement identifiable, syncopé, explosif, marqué par le punk. Andy Summers, lui, est un guitariste en permanence inventif, qui se méfie des accords trop simples et trouve toujours la note, le motif ou le solo capable de transformer un morceau. Le livre entre dans le détail technique de ses parties de guitare, ce qui en fera un régal pour les musiciens. Certains passages pourront en revanche être sautés par les néophytes, qui risquent parfois de perdre le fil.
Cet essai tombe à point nommé, au moment où la presse se fait l’écho d’un procès intenté par Summers et Copeland autour des crédits, plus que rémunérateurs, du plus grand succès du groupe. On y mesure notamment l’apport réel de Summers à Every Breath You Take. Quant à ceux qui ont été, et sont encore, estomaqués par Walking On The Moon, ils apprécieront le détail des accords qui en fondent la magie.
Il plaira aussi à ceux qui, comme moi, considèrent Omegaman, superbe composition d’Andy Summers, comme le joyau oublié de la discographie de The Police. Désormais, nous sommes au moins deux.
Le livre détaille avec précision les séances d’enregistrement (celle de Synchronicity est savoureuse), dissèque les cinq albums mais également les faces B des singles, analyse les textes de Sting, souvent très sombres et complexes, et revient longuement sur la genèse du groupe. Au global, il se révèle être l’ouvrage de référence en français sur le trio, même si l’on peut également citer, côté anglophone, Walking on the Moon: The Untold Story of the Police and the Rise of New Wave Rock, de Chris Campion, paru en 2010, davantage centré sur le récit, le contexte et l’ascension du groupe.
Truffé d’anecdotes et de citations de musiciens tirées d’interviews ou de biographies, ce livre se dévore.
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Laurent Fegly
