« Quelques fois ils leur pardonnent » de Carl Nixon : le roman d’une génération de Néo-Zélandais

Les enfants devenus adultes peuvent-ils pardonner les errances de leurs parents ? Le néo-zélandais Carl Nixon nous conte l’histoire de toute une génération, la sienne, née vers 1970.

Carl Nixon
© Random House NZ Ltd

On avait pu croiser la route du néo-zélandais Carl Nixon avec Une falaise au bout du monde ou encore son premier roman Rocking horse road, un roman au charme étrange puisqu’il était écrit au passé et à la troisième personne du pluriel (le ‘nous‘) : il s’agissait des souvenirs d’un petit groupe de jeunes ados, racontés quelques dizaines d’années plus tard par l’un d’entre eux. Quelque chose entre polar à énigme et chronique sociale.

Voici pour la rentrée littéraire, la ré-édition en poche d’un autre roman initialement paru en 2024 (et 2023 en VO). Le titre de celui-ci, Quelquefois ils leur pardonnent, est tiré d’une citation d’Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois ils leur pardonnent ». Voilà tout est dit dans ce « quelquefois »…

Alors dans la famille Waters, je voudrais le fils Mark, au visage défiguré, son frère Davey, le très beau gosse, leur plus jeune sœur Samantha ou Sam. Il y a aussi Paul, le mari de Sam, un peintre que l’on surnomme Pollock, et leurs enfants. Le père Pat Waters aura été violent et alcoolique. La mère Marika, aura disparu trop tôt.

« Ça va aller, gamin. Ça va aller. »
Comme il n’arrêtait pas de répéter ces mots, j’ai compris qu’il mentait.
[…] L’avenir regorgeait toujours de piscines, de Ford Falcon V8, de vacances à l’étranger. Le vieux était un grand baratineur. »

Le récit est choral qui fait alterner les histoires des uns, des autres, de quelques amis ou voisins, mais aussi du passé et du présent, pour tenter de cerner la famille Waters. Le titre de la version originale était d’ailleurs « The Waters ». Une construction en forme de puzzle comme l’était déjà Une falaise au bout du monde qui nous racontait l’histoire de trois enfants survivants.

Le lecteur est invité dans cette famille un peu normale, un peu dysfonctionnelle, ordinaire quoi. Une famille où chacun essaie de se tracer une route à peu près droite. Il y a des accidents (au propre comme au figuré), des traumatismes et des non-dits, tout cela laisse des traces profondes sur la piste et parfois des ornières qui sautent même une génération. Dans ce roman déconstruit (Carl Nixon aime bien les récits non linéaires qui jouent avec le temps), on passe d’un personnage à l’autre, comme du passé au présent, mais il n’est pas si compliqué de rester concentré pour reconstituer peu à peu l’image d’ensemble.

Non content de nous balader entre les personnages et les périodes, l’auteur varie également les styles de narration : tantôt classique, tantôt le « je » d’un journal, tantôt les pensées d’un monologue intérieur ou même le « tu » façon « Tu entends ta mère t’expliquer que … ». On retrouve même le « nous » de son premier roman. Chaque pièce du puzzle est différente de forme, de couleur ou de style et c’est au lecteur d’assembler les bribes, de collecter les indices et les infos pour comprendre ce qui est arrivé à chacun des membres de la famille Waters. Cette construction se confirme dans la postface où l’auteur explique avoir rassemblé différentes histoires ou nouvelles déjà publiées (le ballon, l’épervier, …). On croise même pendant quelques pages la Lucy de l’épicerie du roman Rocking Horse Road.

Si le roman ainsi assemblé nous laisse un peu sur notre faim, on y apprend tout de même pas mal de choses sur la vie en NZ. Les frères Mark et Davey sont nés vers 1970 (tout comme l’auteur lui-même) et c’est un peu le roman d’une génération. On apprendra aussi les règles du « flipper asiatique », mais franchement ce n’est pas ce qu’ils ont inventé de mieux, et on préfère quand les néo-zeds jouent au rugby.

Bruno Ménétrier

Quelquefois, ils leur pardonnent
Roman de Carl Nixon
Traduction de l’anglais (NZ) par Benoîte Dauvergne
Éditeur : éditions de L’Aube
368 pages – 10,90 €
Date de parution : 21 août 2026

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