Ce jeudi soir, c’était l’étape parisienne de la tournée européenne du leader de Wand. Contrairement à ce que pouvait laisse présager le changement de style de son dernier disque, c’est bien en guitar hero que Cory Hanson a abordé le show, à notre plus grande joie…

Initialement prévu le 13 février, ce concert de Cory Hanson avait été repoussé au 24 septembre en raison d’une urgence familiale. Coup de chance, j’avais laissé cette date libre malgré une rentrée très chargée. Tant mieux : je n’avais encore jamais vu l’animal se produire en solo et on me parlait régulièrement des formidables concerts de sa tournée précédente.
À 20 h, il faut bien reconnaître que Petit Bain est loin d’être complet pour accueillir a.gris, projet solo d’Alex Delamard, chanteur et guitariste du groupe parisien Hoorsees. Sous ce nom, il vient de publier Gris, un premier EP de cinq titres de folk intimiste avec des touches électro, faites de samples, de voix déformées et de petits accidents numériques qu’il appelle des glitchs. Ce sont, d’après lui, des chansons qu’il ne voulait pas proposer au groupe. L’EP est excellent, et j’ai particulièrement apprécié Oblivion 2025.

C’est avec sa guitare acoustique qu’Alex Delamard investit la scène. Il se débrouille plutôt bien et utilise des samples de batterie. Derrière lui défilent, en noir et blanc, des vidéos d’animaux : ratons laveurs, lapins… Ma première impression a été qu’il avait installé une webcam pour vérifier que tout ce petit monde se portait bien pendant sa venue à Paname, mais la lecture de ses interviews éclaire ensuite les choses : son univers est campagnard. Je vous conseille d’ailleurs la live session qu’il a réalisée dans une ferme d’Eure-et-Loir, devant des bottes de paille. Tessa le rejoint pour les trois derniers morceaux d’un généreux set de 40 minutes. Une jolie découverte à suivre.
Lors de la sortie d’I Love People, le dernier album en date de Cory Hanson, nous nous étions interrogés sur sa capacité à reproduire ses arrangements subtils (piano, cordes…) sur scène, un endroit où il a plutôt la réputation de faire rugir sa guitare incendiaire et de proposer aux spectateurs de longues chevauchées électriques. A tout le moins, comment allait-il intégrer ces nouveaux morceaux à sa setlist habituelle? Reconnaissons également que l’album a globalement désarçonné sa fanbase et que nous en connaissons certains que cela a dissuadés de prendre leur billet.
La réponse arrive presque dès son entrée sur scène. D’abord, il joue en trio, avec Hazel Rigby à la basse et Max Jaffe à la batterie, dans une formule resserrée propice à l’intensité, donc très éloignée de la formation qui a enregistré I Love People avec lui (en gros, le reste de Wand). Ses intentions apparaissent dès une courte jam électrique d’ouverture, enchaînée avec Bird on a Swing, l’une des plus jolies chansons de l’album, entièrement réarrangée en rock, avec le solo qui va bien au milieu. Le ton est donné : la soirée sera tout entière dédiée à la guitare, conformément à la réputation scénique de Cory Hanson. Persuasion Architecture achève de nous convaincre de la tournure des événements : c’est le titre le plus barré de Western Cum, dont certains passages lorgnent vers le hard rock seventies, avec des riffs massifs et des poses de guitar hero, mais surtout ces ruptures dont Hanson a le secret et qui révèlent soudain sa face la plus tendre. Angeles prolonge cette accalmie. Ce classique de ses prestations s’achève en trip psychédélique. L’enchaînement Housefly/Horsebait Sabotage renoue avec les seventies, sous l’influence marquée de Neil Young & Crazy Horse, et il se passe quelque chose d’étonnant : alors que nous espérions justement ce type de show, une petite gêne s’installe. Il en fait des tonnes quand même, Cory : la guitare derrière la tête, le marcel avec les biscotos en avant et un comportement très exubérant, bien loin des fêlures montrées dans I Love People. C’est peut-être, consciemment ou non, un hommage à l’esprit glam débridé de Tim Curry dans The Rocky Horror Picture Show. C’est en tout cas à lui que j’ai pensé à un moment !
Encore plus frappant, certaines parties de guitare nous plongent par instants en plein rock progressif, avec Roundabout de Yes en arrière-plan. Réalisant peut-être qu’un clavier se trouve à côté de lui, Hanson finit par s’asseoir pour interpréter Lou Reed, dans une version fidèle au disque malgré l’absence de cordes. Nous nous attendions à une explication de ce choix, de sa passion pour Lou ou le Velvet Underground, mais, en excellent spécialiste du contrepied, il se lance dans une improbable reprise de Bohemian Rhapsody. Enfin, seulement le début, puisqu’il reconnaît que sa formation en trio ne suffit pas à jouer la suite. Dommage, pas de « Scaramouche » ni de « Fandango », ça aurait pu être drôle ! Contrairement à mon ami présent ce soir, je suis plutôt pro-Queen, mais je trouve tout de même ce moment un peu WTF. Ce n’est d’ailleurs pas une lubie passagère : il renouvelle l’exercice à chaque étape de la tournée. Après Steve Howe, le voilà donc en Brian May, sans la tignasse. Et Petit Bain de chanter en chœur : « Too late, my time has come ». Je n’aurais pas parié là-dessus en début de soirée.
Le karaoké est fini. Le groupe réarrange Bad Miracles, avec Cory alternant passages assis aux claviers et envolées de guitare, puis les quatorze minutes de Driving Through Heaven ont l’honneur de clôturer le set principal. C’est le sommet attendu, la version studio étant déjà ce que Hanson a enregistré de mieux en solo. Sa guitare s’y déploie dans un long crescendo, entre les chevauchées abrasives de Neil Young, les lignes sinueuses de Television et quelques harmonies à la Thin Lizzy, avant de se perdre dans une transe psychédélique. À voir les mines réjouies dans la fosse, je ne suis manifestement pas le seul à prendre mon pied. Le trio est en place et joue remarquablement bien. Rappel à 22 h : Hanson expose les principes économiques des formations comme la sienne en tournée. Elles ne gagnent pas d’argent avec la billetterie ; en revanche, les recettes du merch leur reviennent globalement. Notez le bien, public, et faites votre devoir dans quinze minutes. Ah, il est bien américain, lui ! Le pire, c’est que nous allons obtempérer !
Il leur reste à revenir pour Texas Weather, très réussi, et surtout un superbe et, pour le coup, sobre Ghost Ship.
Pardon d’avoir douté Cory, c’était formidable, et nous quittons Petit Bain heureux sous une douceur de fin d’été enfin appréciable.
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Texte et Photos : Laurent FEGLY
Cory Hanson et a.gris à Petit Bain
Promotion : U Turn
Date : 24 septembre 2026
Leurs derniers disques :

Cory Hanson – I Love People
Label : Drag City
Date de sortie : 25 juin 2025
a.gris – Gris
Label : Géographie
Date de sortie : 27 mars 2026
