Jeanne Herry signe portrait d’une jeune femme dont l’alcool s’immisce peu à peu dans tous les aspects de la vie. Une chronique inégale qui gagne nettement en profondeur lorsqu’elle aborde la thérapie et la reconstruction.
Les deux précédents films de Jeanne Herry avaient rencontré un beau succès, aussi bien critique que public. L’attente était donc importante au moment de découvrir Garance, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, avec Adèle Exarchopoulos en tête d’affiche.
Elle y incarne une jeune intermittente du spectacle un peu fauchée, qui aime avant tout faire la fête, retrouver ses amis, enchaîner les soirées et, surtout, boire. Beaucoup. Tant que l’alcool accompagne les bons moments, Garance ne semble pas vraiment s’en inquiéter. Mais, peu à peu, les conséquences deviennent plus difficiles à ignorer. Son addiction commence à peser sur son travail, ses relations avec les autres et, plus largement, sur toute son existence. Heureusement, il y a Pauline (Sara Giraudeau), qui tente de la soutenir. Garance est tombée raide amoureuse d’elle, mais cet amour, aussi fort soit-il, ne suffit pas à lui donner envie d’arrêter de boire.
Jeanne Herry raconte tout cela de manière assez claire, sans chercher à dramatiser à outrance. Pourtant, pendant une bonne partie du film, la sauce ne prend pas vraiment. On regarde Garance évoluer avec une certaine distance, sans ressentir beaucoup d’émotion ni véritablement éprouver d’empathie pour elle. Adèle Exarchopoulos, présente dans quasiment tous les plans, livre pourtant une interprétation irréprochable, mais le film peine à transformer cette présence en véritable dynamique narrative et ressemble trop souvent à une suite de scènes mises bout à bout.
C’est lorsque Garance décide enfin de se prendre en main et de consulter que le film commence à devenir réellement intéressant. Il trouve alors ses meilleures scènes, notamment dans les échanges entre la jeune femme et sa thérapeute. À travers leurs conversations, souvent drôles et parfois très justes, le film permet de mieux comprendre la situation de ces alcooliques qui s’ignorent, ou préfèrent faire comme s’ils ne l’étaient pas, ainsi que la manière dont une thérapie peut être envisagée. On découvre les différentes étapes du processus, les résistances, les renoncements, les règles de vie qu’il faut accepter pour éviter de rechuter, mais aussi la possibilité de reconstruire peu à peu une existence et de redécouvrir d’autres formes de plaisir.
Dommage que cette partie, de loin la plus convaincante, arrive aussi tard. Et sans doute que le film aurait aussi gagné à être raccourci d’une bonne trentaine de minutes dans sa première pour gagner en intensité et en émotion.
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Benoit RICHARD

