« Une pension en Italie » : Philippe Besson sur les traces d’un secret familial

Dans la Toscane des années 60, des vacances vont changer le destin d’une famille. Héritier des non-dits qui entourent les événements de cet été-là, le narrateur, alter ego de l’auteur, se lance à la recherche d’une vérité qui l’éclairera non seulement sur l’histoire de son grand-père mais aussi sur la sienne.

Philippe Besson
© Patrick Fouque

Fidèle à la veine autobiographique et intimiste de ses précédents romans, Philippe Besson nous entraîne, dans Une pension en Italie, sur les traces d’un secret de famille vieux d’une soixantaine d’années. Été 1964 : Paul Virsac, le grand-père du narrateur, emmène sa famille – sa femme Gaby et ses filles Suzanne et Colette – en vacances en Toscane, dans une pension de famille que lui a recommandée un ami. Il ne reviendra jamais de ce voyage. Version officielle donnée par l’épouse: il est tombé sous la charme d’une jeune Italienne. La vérité est un peu différente : il est tombé sous le charme d’un jeune Italien. De ce non-dit, Philippe Besson a fait un roman où à une histoire d’amour se mêle celle d’une famille, brossant le portrait d’une société où l’homosexualité était passible des tribunaux.

Une-pension-en-ItalieUne famille bourgeoise, en apparence ordinaire. Paul, la quarantaine, enseigne l’italien au lycée Masséna de Nice, Gaby travaille aux PTT. Ils se sont mariés jeunes, juste avant la guerre, et leurs filles sont nées à huit ans d’intervalle. Il est un professeur exemplaire, un mari et un père soucieux de faire partager aux siens son amour de l’art. Gaby est une épouse attentive mais soucieuse de son indépendance. C’est à San Donato in Poggio, une petite ville entre Florence et Sienne, qu’en cet été caniculaire de 1964 leur histoire va basculer. Celui qui est à l’origine du »séisme » s’appelle Sandro, il est le cuisinier de la « pensione » qui va enfin offrir à Paul l’occasion de vivre les penchants homosexuels dont il est conscient depuis l’adolescence. Le roman s’attache à décrire les étapes qui insensiblement vont le conduire à cette révélation de soi-même . « Alors il a su. Il a mesuré l’absolue distinction entre le sentir et le savoir. Il a compris que ce désir immémorial, ce désir censuré, concassé, cadenassé, méprisé, constituait sa vérité fondamentale. » À partir de là, c’est avec une étonnante rapidité que sa vie va prendre une autre direction.

Le récit mêle deux temporalités, celle des événements de cet été 1964 et celle qui, soixante ans plus tard, mettra le narrateur face à certains des protagonistes de l’histoire. Des allers-retours qui préservent, jusqu’au bout, le mystère de toutes ces années où, suite au silence obstiné de la grand-mère du narrateur, la famille de Paul Virsac a perdu sa trace. Mais le roman vaut surtout comme témoignage d’une époque pas si lointaine où l’homosexualité était considérée comme une perversion et exposait à des poursuites pénales. Philippe Besson décrit subtilement la façon dont Paul compose avec ses désirs, dont il vit ses tourments, ses scrupules, sa honte, avant la certitude finale de son choix : « être qui il est ». Il est conscient des difficultés qui l’attendent, conscient que ce qui lui arrive face à Sandro est à la fois un malheur et un bonheur. Il sait ce qu’il gagner mais aussi ce qu’il va perdre. Parallèlement, le narrateur comprend que sa quête ne consiste pas seulement à faire éclater la vérité mais aussi à prendre conscience de ce qu’il partage avec son grand-père : « Je vois ce que j’étais venu chercher. Je vois l’histoire dont je suis l’héritier. »

Philippe Besson dit avoir voulu devenir écrivain « pour faire un sort au silence ». Silence familial mais plus largement silence sur ce qui a longtemps été la réalité des homosexuels et qui, même si, dépénalisée en France en 1982, l’homosexualité peut désormais se vivre au grand jour, est encore la réalité de certains. Ce n’est pas tant par son versant romanesque placé sous le signe de Avec vue sur l’Arno de E.M. Forster et du film de Clint Eastwood Sur la route de Madison, qu’Une pension de en Italie nous intéresse : on peut le trouver bien convenu et lui reprocher de donner dans les inévitables clichés sur la beauté sensuelle de la Toscane. Mais c’est par ce témoignage ému d’un homme qui se cherche à travers un grand-père qu’il n’a pas connu mais dont il se sent si proche.

Anne Randon

Une pension en Italie
Roman de Philippe Besson
Éditions Julliard
240 pages – 21€
Date de parution : le 8 janvier 2026

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