« La Route du diable » de Franck Thilliez alias Caleb Traskman : l’horreur prend le volant

Franck Thilliez signe son premier roman d’horreur sous le pseudonyme de Caleb Traskman, écrivain fictif déjà au cœur de la trilogie formée par Le Manuscrit inachevé, Il était deux fois et Labyrinthes. Cette fois, l’auteur s’amuse avec les codes du genre et nous embarque dans un road trip horrifique aussi sanglant que divertissant. Si le plaisir est au rendez-vous, le roman reste toutefois loin de l’intensité et de la complexité auxquelles Thilliez nous a habitués.

Franck Thilliez
© Audrey Dufer

Taïga nord-américaine. Deux instagrammeurs français, Iris et Mathis, ont disparu en début août 2016 sur la route du diable. Un mouvement de carte bancaire atteste qu’ils sont passés par la seule station service qui dessert la route au kilomètre 570. Puis plus rien, aucune vidéo comme ils avaient l’habitude d’en poster pour leurs abonnés. Leur combi de location abandonné au bord d’une rivière, aucun corps retrouvé, les recherches n’ont rien donné. Et puis un an plus tard, une photographie prise dans un bar de la petite ville proche, fait surface, avec un type au fond qui porte la casquette qu’Iris ne quittait jamais. Cet indice déclenche la venue de la mère d’Iris, du père de Mathis, accompagnés de deux influenceurs en quête de sensations fortes passionnés de True crime. Ils se lancent sur la route en vue d’accomplir le même trajet qu’eux, et d’obtenir des réponses.

« Je peux te filmer en train de prendre ta Ventoline ? ça fait film d’horreur. Parmi ceux qui crèvent, il y a toujours un diabétique ou un asthmatique et en général, c’est le premier à y passer. »

On devine le plaisir qu’a pris l’auteur à imaginer ce road trip sanglant. Franck Thilliez joue avec les codes du genre horrifique et s’amuse à faire des clins d’œil aux lecteurs en citant nommément des classiques du genre comme les films Massacre à la tronçonneuse, La Colline a des yeux ou encore Délivrance, et même la série La Quatrième Dimension. Il reprend ainsi tous les archétypes -même les plus vus et revus – qu’il enfile comme des perles : une route maudite au bout du monde, fermée aux touristes ; un cul-de-sac construit pour desservir trois centrales hydroélectriques, au surnom inquiétant, car son extrémité se trouve exactement à 666 kilomètres ; un huis clos total dans cet endroit « le plus éloigné de toute présence humaine que l’on peut atteindre en véhicule en Amérique du Nord », sans aucun réseau téléphonique ; l’immensité de l’espace qui dilate les distances et renforce l’isolement ; une famille dégénérée qui tient l’unique station-service desservant la route.

Tout est permis avec le genre horrifique, notamment les scènes bien gore, comme il se doit. Pour surprendre le lecteur, s’ajoute une couche de fantastique, ce que l’auteur ne fait jamais dans ses thrillers, même si ceux-ci flirtent parfois avec le genre. Il peut ainsi se permettre d’aller vers des explications non rationnelles qui ne passeraient pas dans l’un de ses thrillers ou polars. Là, ça passe et apporte une petite touche maline qui surprend au départ, mais offre des scènes réussies.

Caleb Traskman a-t-il autant de talent que Franck Thilliez ? Pas sûr… Si le récit est plaisant et se lit d’une traite -il faut dire qu’il est assez court- , on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu aller beaucoup plus loin pour marquer les esprits. À trop jouer avec les stéréotypes et les codes de l’horreur sans véritablement les détourner, le roman hésite entre premier et second degré et peine à installer une tension durable. L’angoisse et l’oppression, pourtant essentielles à un survival, restent finalement trop en retrait pour provoquer les gros frissons attendus. Bref, un sympathique détour par l’horreur, mais qui ne retrouve pas du tout l’effet waouah auquel l’auteur nous a habitués dans tous ses thrillers aussi complexes qu’intenses. J’attends donc avec impatience le prochain roman estampillé Thilliez.

Marie-Laure Kirzy

La Route du diable
Roman de Franck Thilliez alias Caleb Traskman
Editeur : Fleuve (Styx)
288 pages – 20,95€
Date de parution : 10 septembre 2026

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