Le samedi, c’était une journée en grande partie consacrée au Rock le plus » dur », même si, au milieu d’une programmation faisant la part belle au hardcore, il a été possible d’écouter des musiques un peu moins extrêmes, mais tout aussi stimulantes…

Avec une météo, comme la veille, bien plus clémente que ce qui nous avait été promis, ce quatrième jour du Rock en Seine 2026 a fait la joie de tous ceux qui aiment les musiques agressives, l’engagement politique, et les textes scandés plutôt que chantés. Il a été pourtant possible, occasionnellement, de reposer nos oreilles avec des groupes un peu moins extrêmes. Une autre belle journée…
Lambrini Girls – Grande Scène – 17h00
Qui sont-elles ? Elles s’appellent Phoebe Lunny et Selin Macieira-Boşgelmez, viennent de Brighton, et sont depuis 2021 le duo au cœur de l’une des propositions punks britanniques les plus engagées politiquement. On parle beaucoup d’elles dans la presse d’Outre-Manche, mais pas toujours pour leur musique…
Leur dernier album : Who Let The Dogs Out – Label : City Slang – Date de parution : 10 janvier 2025

Notre opinion : Les Lambrini Girls à l’honneur sur la Grande Scène de Rock en Seine, c’était difficile de rater ça après la lecture des nombreuses critiques les concernant. Et nous sommes partis pour quarante-cinq minutes de tout, sauf de musique. Le concert n’a pas encore commencé que la chanteuse Phoebe Lunny harangue déjà la foule et organise la fosse comme elle veut qu’elle soit organisée. Ça continue avec un discours continuel, des slogans que nous sommes invités à reprendre sur la Palestine, le fascisme, les droits des personnes trans. Et rapidement, au moment de God’s Country, survient ce qui va faire beaucoup parler : l’inscription « Fuck Marine Le Pen » sur la scène et les écrans, après que Phoebe Lunny a dit tout le bien qu’elle pensait également de la politique anglaise. Alors bien sûr, on salue leur combativité et leur colère, mais elles ne font que prêcher des convaincus dans ce festival. Or certains d’entre eux, dont moi, sont là pour écouter de la musique. Et sur ce plan-là, c’est frustrant, car le groupe montre à l’occasion une capacité à être relativement efficace. Mais ce serait appréciable de jouer plus de vingt minutes sur les quarante-cinq disponibles. Joli succès, cela dit, auprès d’un public à qui cela semble suffire.
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AFI – Scène BoursoBank – 17:45
Qui sont-ils ? AFI (qui signifie « A Fire Inside ») est un groupe US, originaire de California, formé en 1991, qui est venu du punk hardcore avant d’intégrer des éléments « emo » et « gothiques ».
Leur dernier album : Silver Bleeds the Black Sun… – Label : Run For Cover Records – Date de parution : 3 octobre 2025
Notre opinion : Ce n’est franchement pas facile d’imaginer qu’AFI est un groupe qui vient d’un hardcore assez dur après leur prestation sur la scène Boursobank ce samedi. Les Californiens, menés par leur chanteur à moustache Davey Havok et le guitariste Jade Puget, ont plus de trente ans de carrière et ont manifestement pas mal évolué. Ils font maintenant une pop gentiment mâtinée de punk californien, et on a l’impression d’une version 2026 des groupes de hard FM des années 80, à la Toto ou Foreigner. Sous un crachin désagréable, ils ont livré quelques-uns de leurs morceaux les plus connus, comme le très Offspring Miss Murder ou l’agréable Girl’s Not Grey et, malgré une absence d’urgence assez notable dans leur musique, nous ne pouvons pas dire que nous avons passé un mauvais moment. C’est globalement une musique agréable, et le groupe est à son meilleur quand il se laisse aller à ses penchants gothiques, comme sur les plus récents Behind The Clock ou Marguerite. Suffisamment, en tout cas, pour donner envie d’écouter leurs productions en studio.
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Dynamite Shakers – Scène AXS – 17h55
Qui sont-ils ? Un « petit » groupe vendéen (de Saint-Hilaire-de-Riez) qui devient de plus en plus gros, et qui a débuté alors que ses membres étaient à peine sortis de l’adolescence, mais étaient tous les quatre des musiciens aussi expérimentés que brillants. Dynamite Shakers sont devenus un symbole de l’excellence dans le garage rock, perpétuant une tradition US que le public français respecte.
Leur dernier album : MARILYN – Label : Universal Music Division Barclay – Date de parution : 28 août 2026

Notre opinion : Le choc, pour nous qui avons suivi ce jeune groupe (par l’âge de ses membres) et pourtant très expérimenté depuis des années, c’est évidemment le passage des textes de l’anglais au français, qui a accompagné leur signature chez un gros label. Ce qui nous avait paru a priori une excellente idée, vu le nombre beaucoup trop réduit de rockers hexagonaux chantant dans leur langue maternelle, s’avère une mini-révolution un peu déstabilisante, en éloignant Dynamite Shakers de leurs belles racines « puristes » et rock garage. Il nous faut donc un peu de temps pour nous habituer – et la reprise du mythique C’est comme ça, des Rita Mitsouko, même dans une version féroce, n’aide pas notre adhésion aux Dynamite Shakers V2.0. Mais, progressivement, on retrouve le groupe qu’on adore, jusqu’à un final enragé et incendiaire qui porte bien leur marque. [Photo : Olivier Offschir]
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Man/Woman/Chainsaw – Scène Roc-On Volkswagen – 18h50
Qui sont-ils ? Un jeune groupe londonien composé de cinq membres qui ont tous été à l’école ensemble, auxquels s’est jointe Clio, une violoniste déjantée. Ils ont annoncé rêver d’être les nouveaux Beatles, et aiment autant Adele que Nirvana !
Leur dernier album : Cannonball – Label : Fiction Records – Date de parution : 7 août 2026

Notre opinion : S’il y a une chose regrettable quand même dans la programmation de cette édition de RES, c’est le nombre limité de prises de risque, de découvertes, de musiques surprenantes. Man/Woman/Chainsaw fait clairement partie des exceptions, et son rock aussi expérimental que « pop », aussi punk dans l’esprit que joyeusement désorganisé, va clairement scinder le public en deux camps : il y aura ceux qui quitteront rapidement la scène Roc-On en n’ayant entendu qu’une sorte de cacophonie incohérente, et ceux (heureusement plus nombreux) qui auront été enchantés par cette atmosphère foutraque, traversée par des éclairs aveuglants de beauté soul, de furie punk rock et de lyrisme échevelé. Après, on doit reconnaître que jouer avec un grand soleil en pleine face n’est pas facile pour un « collectif » britannique de ce genre, plus habitué à l’intimité des caves underground ! [Photo : Olivier Offschir]
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High Vis – Scène AXS – 19h45
Qui sont-ils ? Encore un groupe largement punk hardcore, très engagé politiquement. Mais comme High Vis sont londoniens, ils ont enrichi leur musique d’accents punk ’77 mélodiques, d’indie rock et même baggy… Et le résultat est passionnant.
Leur dernier album : Guided Tour – Label : Dais Records – Date de parution : 18 octobre 2024
Notre opinion : Avouons que nous ne sommes pas arrivés très enthousiastes devant la Scène AXS pour ce set de High Vis, « encore un groupe de hardcore en colère ! » Et puis rapidement, il a été évident que High Vis, c’était autre chose qu’un cliché. De véritables chansons, avec des mélodies reconnaissables, des changements de genre musical inattendus, et puis, une sincérité, une honnêteté que l’on ne rencontre pas si souvent que ça, en fait (… et qui leur vaut visiblement la fidélité de nombreux fans manifestant clairement leur passion pour le groupe). Mais c’est quand, d’un seul coup, l’émotion s’est emparée de Graham Sayles, leur chanteur, que tout a basculé pour nous : les larmes aux yeux et la voix serrée, il nous a avoué combien c’était une récompense pour le groupe de jouer ici devant des milliers de personnes, après avoir galéré aussi longtemps dans des salles vides. Un moment de pure beauté dans un monde de brutes. [Photo E.D.]
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Amyl & The Sniffers – Grande Scène – 20h45
Qui sont-ils ? Amyl & The Sniffers, c’est un groupe de pub rock australien, aux accents punks, originaire de Melbourne et mené par Amy Taylor, militante féministe et LGBT passionnée.
Leur dernier album ? Cartoon Darkness – Label : Rough Trade Records Ltd – Date de parution : 25 octobre 2024

Notre opinion : On a beau bien aimer les albums d’Amyl & The Sniffers, sur scène c’est un peu sans surprise, et parfois répétitif. Leur set sur la Grande Scène souffrira d’un « ventre mou » avant une dernière partie où s’aligneront enfin les titres les plus accrocheurs, pour le grand plaisir des pogoteurs qui s’en donneront à cœur joie (en évitant quand même les flaques de boue). Reste qu’Amyl est toujours aussi radieuse et pétulante, convaincue dans ses rares diatribes contre la violence et la discrimination, que la nouvelle bassiste a fière allure, et que Declan Mehrtens, à la guitare, nous a fait de belles démonstrations de virtuosité qui ont soulevé les applaudissements. [Photo : E.D.]
Turnstile – Scène Boursobank – 21h45
Qui sont-ils ? Turnstile est un groupe (originellement) de punk hardcore originaire de Baltimore, qui a recueilli une belle notoriété et des critiques très positives à partir du moment où il a introduit dans sa musique des éléments plus mélodiques, presque dream pop… pour devenir l’un des groupes les plus en vue du moment.
Leur dernier album : NEVER ENOUGH – Label : Roadrunner – Date de parution : 6 juin 2025
Notre opinion : On sentait l’excitation monter depuis quelques heures, et c’était encore plus flagrant quand le public a commencé à investir massivement la scène Boursobank, trente minutes avant l’arrivée de ses nouveaux héros, Turnstile, qui ont pris une autre dimension depuis la sortie de Never Enough. Des cris d’oiseaux, le calme avant la tempête, et Birds ouvre le concert. Ça saute et hurle de partout, le son est énorme, les riffs hallucinants de puissance, et la voix à la Perry Farrell de Brendan Yates fait le reste. Pendant un peu plus d’une heure, le groupe de Baltimore va nous faire secouer méchamment la tête, avec les irrésistibles Holiday, Sunshower ou Never Enough. Il va néanmoins manquer quelque chose pour convaincre pleinement : trop de blancs, de moments où il ne se passe pas grand-chose, et une curieuse fin en eau de boudin. Comme si le soufflé retombait à chaque fois au moment où nous étions mûrs et prêts à perdre les pédales. Il n’empêche que, dans le style, il y a peu de rivaux avec ce talent.
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Textes : nos rédacteurs
Photos : High Vis et Amyl & The Sniffers : E.D. – Toutes les autres photos : photos officielles mises en ligne par Rock en Scène – Merci à eux !
