À le veille de leurs vacances d’été, Anne et Travis, un jeune couple, connaissent une journée particulièrement éprouvante sous la canicule. Mille choses à faire, au bureau comme à la maison. Suspendus à leur téléphone portable, sollicités de toutes parts, réussiront-ils à faire face ? Juan Tallon nous livre ici à une satire féroce des maux de notre société.

Mille choses est un roman qui se lit à toute vitesse, au rythme effréné du quotidien de Travis et Anne, un jeune couple espagnol dont le petit Ivan n’a pas encore un an. À la veille de leurs vacances d’été, tant attendues, il leur reste « mille choses » à faire, et ce sous la chaleur accablante d’une grande ville – jamais nommée. Et les contrariétés, voire pire, vont s’accumuler, pour l’un comme pour l’autre, au fil de cette journée particulière…

Traduit par Julia Chardavoine, le dernier livre de Juan Tallón – dont j’avais adoré Chef-d’oeuvre – se veut un roman de la vie moderne, où l’on court sans arrêt, où la « to-do list » ne cesse de s’allonger. Être sur tous les fronts en même temps, tant au bureau qu’à la maison, cela signifie faire ces mille choses à la fois, gérer une panne informatique, une arnaque à la carte bleue, acheter les couches du bébé, prendre des nouvelles des parents… Et au centre de tout, l’objet symbole de notre époque : le téléphone portable, outil de notre libération mais aussi celui de notre esclavage, devenu le symbole du culte de la performance.
Mille choses nous plonge au coeur d’un mois de juillet caniculaire, des 40 degrés qui assomment, de la sueur qui dégouline, de l’odeur aigre des aisselles, de la torpeur qui vous envahit. Tandis que le décompte des heures est lancé qui rapproche le couple de la délivrance et de ces vacances tant rêvées, loin de l’enfer urbain, tout semble se liguer pour accabler un peu plus Travis et Anne : un conflit avec un collaborateur, un déjeuner avec son directeur général pour l’un, les assauts d’un collègue trop entreprenant, le face-à-face avec une supérieure malveillante pour l’autre. Et mille autres choses.
Que deviennent nos vies, nos espoirs, nos amours dans un monde soumis à la vitesse et à l’obligation de rentabilité ? C’est une vision terrifiante que donne là Juan Tallón de notre monde, même si on peut estimer que Travis se noie parfois dans un verre d’eau. Le bonheur est-il possible lorsqu’en rentrant chez soi le soir, on a tout juste la force de s’affaler dans le canapé et de manger, une fois de plus, une salade russe achetée à la hâte au supermarché du coin ? C’est à une satire féroce que se livre ici Juan Tallón, un tableau à peine forcé des maux de notre société qui broie les êtres et nie les valeurs humaines.
Mille choses est un livre animé par un sentiment d’urgence mais le compte à rebours n’est peut-être pas celui qu’on imagine. Plongé dans la touffeur urbaine, Mille choses nous immerge au coeur du cerveau aussi encombré qu’embrumé de Travis. Si bien que le lecteur peu attentif, emporté par l’écriture de Juan Tallón en même temps que Travis par le tourbillon de sa vie, risque, comme lui, de passer à côté de l’essentiel. Et le dénouement est là pour le lui rappeler, brutalement.
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Anne Randon
