Après débuts musicalement éclectiques, This Is Lorelei offre un album plus unitaire axé sur la Country avec The Singer In My Band. Un recentrage artistique convaincant.

Moitié de Water From Your Eyes, Nate Amos avait utilisé Bandcamp pour son side project This Is Lorelei. Après l’acclamé Box for Buddy, Box for Star, il a sorti Holo Boy, réenregisrement de titres déjà publiés. Là où son auteur avait tâté (entre autres) de la pop de chambre, du Yacht Rock, de la New Wave commerciale à la The Cars et de la pop synthétique, The Singer In My Band, premier album sur Matador Records, est cette fois plus unitaire en terme de direction artistique : un virage Country/Bluegrass non dénué d’éléments du Rock indépendant américain des années 1980-1990.
I Will Eat My Heart In The Morning Light ouvre l’album entre mélodie Country et arpèges de guitares façon Pop ligne claire. Le texte est l’anti-Don’t Think Twice It’s Allright : je reste malgré tout. Sujet posé par la liquidation dès le départ des clichés saisonniers accompagnant les chansons de rupture. I’m not writing a song for the winter / i’m not singing a line for the spring / I’m not falling in the fall again (Je n’écris pas dans chanson pour l’hiver / Je ne chante pas une ligne pour le printemps / Je ne tombe pas de nouveau en automne)
Oh No Now My est porté par une combinaison basse/batterie qu’on pourrait trouver dans un morceau de Rock gothique du début des années 1980. Le narrateur s’adresse à un dénommé Joey qu’il ne veut pas « laisser regretter tant de choses » parce qu’il va « devenir fou lorsque le passé reviendra ». Ce qui laisse supposer un comportement, non nommé, potentiellement lourd de conséquences.
Billy Came Back évoque musicalement les Lemonheads. Il y est question d’un personnage disparu de la vie du narrateur en 2022, au travers du souvenir du temps où ce dernier s’époumonait au karaoké.
Watching Heaven Fall est un morceau Bluegrass autour du fait de jouer avec le feu en faisant semblant de ne pas le savoir… pour finir par payer l’addition.
Au travers de la métaphore maritime, Sailing (Your Baby’s Down) est un pur morceau de Pop ligne claire se demandant si face à la déprime de son/sa partenaire la dévotion est une solution ou pas. Pas forcément vu que la « navigation » semble abandonnée à la fin.
Le morceau-titre, à la fois pop mélodiquement et Bluegrass côté instrumentation, est le portrait d’une femme instable que le narrateur voudrait retenir. Yeah i asked if she would linger, be the singer in my band and she said “wish i could love, i’d love to help / but hell i don’t belong to texas, you’re gonna have to sing yourself (Oui j’ai demandé si elle voulait un peu s’attarder, être la chanteuse de mon groupe et elle m’a dit « J’aimerais pouvoir aimer, j’aimerais aider mais p… je ne suis pas texane, tu devras chanter toi-même »). Le wish I could love a quelque chose de touchant, montrant que le personnage féminin est conscient de son tempérament.
Après l’instrumental Nitro, Hey Sarah Is It Gonna Rain Forever raconte, avec une batterie arrivant à retardement, une histoire vieille comme le Rock indépendant : être maheureux dans une relation amoureuse sans pouvoir s’en aller, en partie par lâcheté et en partie à cause de certaines substances. Cause me mouth won’t speak and i always get high / and my love feels weak (Parce que ma bouche ne veut pas parler, parce que je suis toujours défoncé et parce que mon amour se sent faible)
Morceau (encore une fois) très Evan Dando auquel aurait été ajouté un solo de guitare classiquement Blues-Rock, The Kid With the Crown traite de nouveau de la posture à avoir face à une connaissance possiblement dans la déchéance. Avec un titre/refrain dans lequel la royauté est peut-être ironique, de même que la couronne pourrait être une couronne d’épines.
And I Haven’t Seen My Love in Quite a While prend un terrain classiquement Country pour évoquer l’usure de la flamme dans un couple, chacun imaginant un dialogue alors qu’il ne parle qu’à lui-même.
Conclusion dénuée de batterie, Don’t You Cry In Lonesomeness a une ligne de guitare qui aurait pu servir de base à bien des morceaux de R.E.M.. Il y est question, de part et d’autre, de partage amoureux inconditionnel… de l’impossible à partager. Est-il possible « d’avaler » le désespoir de l’autre pour que ce dernier ne pleure pas ? You can spend my time / and you can hold my memories (Tu peux passer mon temps / et tu peux tenir mes souvenirs) Don’t you cry in lonesomeness / I will take your lonesomeness (Ne pleure pas parce que tu te sens seule, je prendrai ta solitude)
The Singer In My Band est au final le récit des amis que l’on voit dériver et des couples malheureux n’arrivant pas à se séparer. D’où le choix de versants de la musique populaire américaine dans lesquels ces sujets ont une place de choix… pour un excellent album néoclassique. En attendant un brelan de dates de concert françaises en 2027.
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Ordell Robbie
This Is Lorelei – The Singer In My Band
Label : Matador Records
Date de parution : 11 septembre 2026
En concert les 18, 19 et 20 mars 2027 à Bordeaux, Rennes et Paris
