« Godzilla Minus Zero » de Takashi Yamazaki : la magie en moins

Suite du très réussi Godzilla Minus One, ce Minus Zero déçoit en répétant la même formule : Yamazaki sait toujours comment nous impressionner, mais il ne sait plus comment nous émouvoir.

Godzilla Minus Zero
© Toho

Il y a un peu plus de deux ans, on se réjouissait de la sortie très confidentielle sur les écrans français de Godzilla Minus One, film japonais de Takashi Yamazaki qui rendait totalement honneur au mythe de Godzilla, tant au niveau d’effets spéciaux remarquables que de par la manière dont il replaçait ce personnage « cartoonesque » au cœur du traumatisme nucléaire nippon qui l’avait enfanté. Aujourd’hui, sa « suite », Godzilla Minus Zero, est diffusée de manière beaucoup plus massive, et accompagnée de critiques « officielles » extrêmement positives. Pourtant, une bonne partie de la magie du premier volet semble s’être envolée. Que s’est-il passé ?

Godzilla Minus Zero affiche

Godzilla Minus One cochait beaucoup de cases du plaisir cinéphilique : un film à grand spectacle japonais inventif, battant les blockbusters hollywoodiens sur leur propre terrain, une inscription de la fiction dans un contexte historique pertinent, un monstre respectueux du patrimoine, et une indiscutable efficacité émotionnelle. Le paradoxe est que Minus Zero possède à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que son prédécesseur, mais les premières ne surprennent plus, tandis que les seconds sont devenus beaucoup plus visibles. Yamazaki est tombé dans le piège classique du « sequel » :  en voulant prolonger sa réussite, il a surtout reproduit à l’identique les mêmes mécanismes.

Mais la grosse faiblesse du film, qui nous en exclut peu à peu, ce sont les excès et le manque de subtilité de la dramatisation émotionnelle : le jeu excessif des acteurs transforme souvent les scènes intimes en grandes démonstrations émotionnelles. Les dialogues sur-explicatifs disent systématiquement au spectateur ce que les personnages ressentent, au lieu de laisser les images le suggérer. Et surtout, l’accumulation de moments pathétiques ne produit finalement que de l’indifférence… Tout cela nous rappelle, même si nous n’en avions guère besoin, que Yamazaki n’est pas Mizoguchi, juste un honnête artisan de « films de monstres » dont les ambitions dépassent ici les compétences !

On ajoutera aussi qu’en intégrant dans son récit un second monstre – King Ghidorah, dragon dont l’esthétique semble directement sortie de Game of Thrones – Yamazaki répète l’erreur des premiers films historiques sur Godzilla : l’arrivée de King Ghidorah ne renouvelle pas la formule, elle aboutit plutôt à une surenchère stéréotypée, attendue, aussi impressionnante soit-elle.

Malgré tout, il faut reconnaître que Godzilla Minus Zero a pas mal d’atouts pour lui : le contexte de l’après-guerre, les conséquences de la bombe atomique, la culpabilité des survivants, la responsabilité des autorités et les rapports de pouvoir entre le Japon et les États-Unis continuent à donner une épaisseur au récit. Le monstre n’est pas uniquement une menace physique, mais aussi une incarnation des traumatismes collectifs, restant en cela fidèle au concept original de Godzilla. Et puis, comment ne pas prendre un léger plaisir pervers à voir à l’écran la duplicité des Américains, qui sont les « vrais méchants » de l’histoire, avec leur indubitable soif de puissance et de contrôle sur les autres nations ?

La conclusion de Minus Zero laissant plusieurs pistes narratives ouvertes, notamment concernant le devenir de la famille Shikishima et les recherches militaires sur Godzilla, espérons que Yamazaki résistera à la tentation d’un troisième film, pour ne pas gâcher définitivement la bonne impression créée par son Godzilla Minus One !

Eric Debarnot

Godzilla Minus Zero
Film japonais écrit et réalisé par Takashi Yamazaki
Avec : Ryûnosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yamada Yuki…
Genre : Science-fiction, drame
Durée : 2h15min
Date de sortie : 4 novembre 2026

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