« Migrantes », de Jérémy Bouquin : Quand tout bascule

Une mère et sa fille laissent tout derrière elles et fuient une guerre qui menace de les broyer. Migrantes est un roman aussi court qu’intense et qui met des mots sur une tragédie intime et collective à la fois.

© Jérémy Bouquin – Le Muscadier

A quinze ans, Charlie est une ado comme les autres. Elle va en cours, s’intéresse de plus en plus aux garçons et discute pendant des heures avec sa meilleure amie Solène. Mais depuis quelques semaines, les choses ont changé dans le quotidien de la jeune femme. Plusieurs de ses camarades ne viennent plus en classe et, à la télévision, sur les réseaux, on ne parle plus que d’une seule chose : les manœuvres militaires à la frontière. La guerre est imminente et le pays voisin, pour d’obscures raisons que Charlie ne comprend pas très bien, se préparer à l’invasion. Elle comprend alors que ce qu’elle pensait réservé aux livres d’Histoire s’apprête à devenir réalité. Et quand l’impensable se produit, quand les premiers missiles s’abattent sur la ville où elle vit avec sa mère, Charlie doit se résoudre à tout abandonner. Parce qu’elles sont seules, parce qu’elles vivent trop près de la frontière, elles s’empressent d’entasser quelques affaires dans la voiture et de prendre la route sans vraiment savoir où aller.

Le roman de Jérémy Bouquin, tendu et intense, suit le périple de ces deux personnages dont on partage les angoisses et les doutes. Il faudrait poser la question à l’auteur mais on suppose que l’idée de ce roman est née de la guerre en Ukraine, dont l’une des conséquences fut l’afflux de réfugiés contraints de tout abandonner. Dans le livre de Jérémy Bouquin, le pays de Charlie n’est jamais nommé. Si tout indique qu’il s’agit de la France – la géographie des événements semble le suggérer – là n’est pas le plus important. Ce que vivent Charlie et sa mère n’a pas de nationalité et ce qui compte ici, c’est l’évocation des souffrances vécues par celles et ceux qui sont projetés dans cet inconnu terrifiant par une guerre que d’autres ont décidé. Pour autant, on saluera cette idée qui nous transpose non en témoins, ni même en acteurs du drame, mais bel et bien en victimes. Et si c’était à notre tour de devenir des migrants, interroge Jérémy Bouquin ?

L’une des forces du roman de Jérémy Bouquin tient aussi dans son refus du sensationnel. Sur leur route, Charlie et sa mère croisent d’autres personnages, parfois hostiles, parfois non, mais l’écrivain rejette le récit de violences gratuites qui ne serviraient en rien son propos. Il n’élude pas les menaces ni les dangers auxquels Charlie et sa mère doivent faire face ; elles sont là, mais il évite toute surenchère inutile. Le récit qu’il nous propose est donc grave, réaliste – notamment lorsqu’il évoque les centres de rétention dans la dernière partie du livre – mais non dénué d’espoir. L’humanisme de l’auteur transparaît toujours et finit par s’incarner dans cette adolescente, joli personnage dont il nous offre un portrait tout en nuances.

Publié par Le Muscadier, éditeur indépendant et engagé, Migrantes paraît dans la collection “Rester vivant”, une collection dédiée aux ados. S’il a de quoi séduire les jeunes lecteurs, Migrantes plaira aussi sans aucun doute à leurs parents qui n’auront peut-être qu’un reproche à faire au livre : sa brièveté. Mais ce (faux) bémol ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : Migrantes est un roman sensible, engagé et nécessaire.

Grégory Seyer

Migrantes
Un roman de Jérémy Bouquin
Editeur : Le Muscadier
208 pages – 15,50 €
Date de parution : 1er octobre 2026

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