Les Écossais de Teenage Fanclub ont un public fidèle en France, et Petit Bain affichait complet pour les accueillir, alors que leur dernier album, Do Not Dare to Dream, vient de sortir. Harmonies célestes, guitares à profusion et musiciens qui inspirent la sympathie : la recette est immuable, et nous n’avons pas boudé ce plaisir simple.

Assez étonnamment, je vais voir pour la première fois en concert les Écossais de Teenage Fanclub, ce mercredi soir à Petit Bain, alors que j’achète fidèlement leurs albums depuis des années. Rien de délibéré : des trains supprimés, des amis arrivés à l’improviste, et même, la dernière fois, un concert annulé à cause d’une grève du personnel, m’ont toujours contraint à renoncer au dernier moment. Une véritable malédiction !
Cette fois-ci, c’est la bonne, et en plus dans l’une de mes salles préférées, Petit Bain. Je m’en réjouis, même si quelque chose me dit que le groupe mériterait peut-être une salle plus grande. La péniche est en tout cas complète pour découvrir sur scène les morceaux du tout récent Do Not Dare to Dream. Comme à chaque sortie d’album, les avis se partagent entre ceux qui savourent leur pop ouvragée, et ceux qui déplorent son manque de renouvellement et des compositions trop aseptisées. Je me situe un peu entre ces deux camps. Le temps des chefs-d’œuvre (Bandwagonesque, Thirteen, Grand Prix et Songs from Northern Britain) est certes passé, mais chaque disque recèle encore quelques perles, et le dernier surpasse ses prédécesseurs immédiats. Il est donc temps d’aller déguster tout cela en concert.
Arrivé trop tard, je n’ai malheureusement pas pu assister à la première partie, assurée par Euros Childs, claviériste de Teenage Fanclub et ancien leader des Gallois de Gorky’s Zygotic Mynci. Le temps de jouer des coudes pour avoir une vue un peu dégagée, je suis néanmoins bien placé pour l’arrivée des Écossais sur la petite scène de notre péniche préférée : Norman Blake (guitare et chant), Raymond McGinley (guitare et chant), Francis Macdonald (batterie et percussions), Dave McGowan (basse) et Euros Childs (claviers et chant).

Les deux chanteurs ont dépassé la soixantaine et ont pris plus cher que Brett Anderson (McGinley a même de faux airs de Larry David), mais leurs voix et leur sens des harmonies sont toujours là. Depuis le départ de Gerard Love en 2018, Teenage Fanclub repose sur ces deux compositeurs. Cette absence prive les concerts de quelques-uns des morceaux les plus forts de Love : Star Sign, Radio, Sparky’s Dream, le merveilleux Don’t Look Back et surtout Ain’t That Enough. Son écriture, très marquée par The Byrds et la pop des années 1960, manque désormais au répertoire scénique. La richesse du catalogue reste pourtant indéniable, et Blake comme McGinley disposent encore de suffisamment de bonnes chansons.
Nous n’aurions pas forcément voté pour entendre Tired of Being Alone, mais c’est le choix du groupe pour ouvrir la soirée : la mélodie est agréable, tandis que la section rythmique ronronne un peu et peine à donner un véritable élan à ce début de concert. About You en sera le vrai démarrage, et McGinley met tout son cœur dans ce fleuron de power pop. Les guitares carillonnent et les harmonies de McGinley et Blake font mouche. La ballade acoustique Mellow Doubt suivra un peu plus tard ; ce sera tout pour Grand Prix, qu’il faudra réécouter en rentrant afin d’en savourer d’autres joyaux, notamment Neil Jung, joué à d’autres dates de la tournée.

Aucun doute sur l’humeur de la salle : les visages sont joyeux et ça chante (surtout sur les titres de Bandwagonesque, je l’avoue). Et le dernier album dans tout ça ? Le groupe en joue logiquement quatre extraits. Tomorrow People et Day in the Sun relèvent du Teenage Fanclub le plus classique ; ils ne convaincront pas ceux qui jugent sa musique trop prévisible, mais s’intègrent naturellement au concert. Over and Over se distingue nettement : des arpèges délicats ouvrent le morceau, puis les harmonies presque chorales de Blake et McGinley (on pense d’abord à Simon & Garfunkel) et une guitare de plus en plus insistante lui donnent une ampleur envoûtante. Sommet du disque, c’est McGinley à son meilleur.
Les albums les moins vénérés ne sont pas oubliés : les Écossais ont du goût et en choisissent généralement le morceau le plus consistant (I’m in Love pour Here et My Uptight Life pour Howdy!) Notre petit chouchou, Songs from Northern Britain, est représenté par trois titres : I Don’t Want Control of You, It’s a Bad World et Can’t Feel My Soul. Cela laisse de la place pour Bandwagonesque, que le public pourrait reprendre intégralement, et dont seuls quatre extraits sont joués. S’il subsistait le moindre doute sur la fidélité des spectateurs, l’accueil réservé à What You Do to Me prouve que, malgré quelques jeunes convertis dans la salle, la plupart d’entre nous ont plus d’une fois usé les premiers disques. The Concept est choisi juste avant le rappel, et c’est évidemment un excellent choix : sa longueur et ses guitares plus agressives permettent au groupe de se lâcher un peu. Le même principe vaut pour le premier single, Everything Flows, qui clôt le rappel dans un déluge de guitares.

Sans trop s’épancher, Norman Blake se montre charmant, présente les morceaux et témoigne de sa reconnaissance pour cette longue carrière.
Certes, Teenage Fanclub n’a rien inventé et reste souvent dans sa zone de confort. Mais peu de groupes savent encore l’habiter avec autant d’élégance, de sincérité et de savoir-faire. Nous ne sommes pas venus chercher une révolution : simplement retrouver de vieilles chansons, en adopter quelques nouvelles et vérifier que cette musique sait toujours rendre heureux. Notre époque est pour le moins troublée ; il est bon de pouvoir compter sur de vieux amis et de se réfugier dans leurs mélodies pendant une heure et demie.
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Laurent Fegly
Photos : Laetitia Mavrel
Teenage Fanclub à Petit Bain
Producteur : Vedettes
Date : 21 octobre 2026
Leur dernier disque :

Teenage Fanclub – Do Not Dare to Dream
Label : Merge Records
Date de sortie : 9 octobre 2026
