Dixième chapitre de notre rétrospective en 50 personnages de la BD franco-belge : en adaptant en BD Bob Morane, Henri Vernes et William Vance relancent une très classique série de romans jeunesse, alors en plein déclin…

Bob Morane fut un extraordinaire, bien qu’oublié, succès d’édition. Henri Vernes lui consacra près de 200 romans, qui donneront lieu à d’innombrables adaptations en bandes dessinées, films, séries TV, dessins animés et même, suprême honneur, à un « tube » d’Indochine.
Bob Morane fut le « roman de gare » de la génération de mes parents. La collection du Masque ciblait les amateurs d’enquêtes, Arlequin les femmes, SAS et Brigade mondaine un public plus viril. Vernes s’adressait aux adolescents. Henri Vernes, c’est le Jules Verne des années 1950 ! Moins créatif que le vieux Jules, Henri se distinguait par une productivité supérieure.
Bob Morane apparaît en 1953 dans La vallée infernale, édité chez Marabout. Bob est un surdoué. Ancien élève de Polytechnique, as des as français de la Seconde guerre mondiale, il est athlétique, nyctalope, polyglotte, reporter-photographe à ses heures, expert en arts martiaux et au tir au pistolet, galant homme et homme du monde. C’est notre James Bond, le faste monarchique en moins. Il possède un vieux monastère en Dordogne et un copain écossais, Bill Ballantine. Le colosse, qui a été son mécanicien, aime partir à l’aventure, les bons whiskies et frapper du poing. Tous deux sont intrépides, loyaux et désintéressés. Ils combattent toutes les injustices, les mafias et les services secrets, les dictateurs et les menaces extra-terrestres, ne craignant pas de se confronter au surnaturel ou de voyager dans le temps. Rien ne les arrête. Trop parfait ce Bob !
Le chevalier Noir est le dixième album édité, mais le premier signé par le jeune William Vance (34 ans) qui, après Howard Flynn et Ringo, tient son premier succès grand public. Avec un découpage d’un parfait classicisme, son style réaliste et vaporeux est déjà reconnaissable. Nous le retrouverons dans XIII (1984).
Une mystérieuse jeune femme contacte, par télépathie longue distance, nos héros. La très belle et très blonde Cyrillia Sirius appartient à une antique civilisation, jadis anéantie par une catastrophe. Une poignée de survivants vient d’être réveillée par les radiations atomiques de bombes américaines… Faisant feu de tout bois, Vernes recycle habilement, et en seulement 48 pages, le mythe de l’Atlantide et le récent accident d’un B-52 de Thulé. Mourants, ils s’inquiètent pour leur satellite oublié en orbite haute. Afin de tout faire sauter, Bob et Bill embarquent dans une navette en « coin », que l’on croirait issue d’un Yoko Tsuno, le monde est petit. Notez que les Hyperboréens bleutés pourraient passer pour de proches cousins des Vinéens. Mais, Bob possède des ennemis, dont le Smog de l’affriolante Miss Ylang-Ylang. Si le scénario est complexe, le lecteur peut se fier à des indices généreusement semés : les méchants sont affublés d’une sale gueule, ne sourient jamais et arborent un magnifique « S » rouge sur leur veste d’uniforme. Le Smog possède un rutilant McDonnell Phantom, faut-il y voir la main de la CIA ?
J’ai lu cet album enfant – l’âge nécessaire pour l’apprécier à sa juste valeur – et j’ai pleuré sur la déchirante fin de la belle Cyrillia.
Finissons en chanson :
« Égaré dans la vallée infernale,
Le héros s’appelle Bob Morane,
A la recherche de l’Ombre Jaune
Le bandit s’appelle Mister Kali Jones,
Avec l’ami Bill Ballantine,
Sauvé de justesse des crocodiles… »
(L’aventurier, Indochine)
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Stéphane de Boysson
Bob Morane : Opération « Chevalier Noir »
Scénario : Henri Vernes
Dessin : William Vance
48 pages
Éditeur : Dargaud
Parution : 1969, après une prépublication dans le journal Pilote
Bob Morane : Opération « Chevalier Noir » – extrait :

