« Le mystère de Lucy Lost », une ode à la différence et à l’imaginaire

En compétition au festival d’Annecy en 2026, Le Mystère de Lucy Lost brille par la maturité de son écriture, mais aussi par l’audace de ses envolées oniriques. Un classique immédiat au panthéon déjà  bien fourni du cinéma d’animation français.

Le mystère de Lucy Lost photo

Lucy (Charlie Rosenzweig) vit une enfance compliquée sur les îles Scilly, au Sud de l’Angleterre : ses visions, son somnambulisme et ses cheveux blancs en font une étrange fillette, mal vue par le voisinage. Ses parents et son frère tentent de la protéger mais la petite communauté se montre sans pitié pour la petite rêveuse. L’arrivée de Milly, une petite Américaine que seule Lucy semble voir, n’arrange évidemment pas les choses, d’autant qu’au loin rugissent les avions de la Première guerre mondiale et que les nouvelles ne sont pas très bonnes pour le camp britannique en cette année 1915.

Le mystère de Lucy LostTrès librement adapté d’un roman jeunesse de Michael Morpugo, le film d’animation d’Olivier Cret, en compétition au festival d’Annecy cette année, s’inscrit clairement dans les pas de l’immense Hayao Miyazaki. Et chose rare, il ne pâtit pas de cette ascendance. L’onirisme n’est jamais gratuit. Les visions de Lucy peuvent être à la fois un obstacle à dépasser et en même temps, une arme incroyable contre la cruauté du monde. Car elles ne sont que le fruit d’une imagination féconde, d’une capacité à capter la beauté et à la matérialiser. Sa mère le comprend et lui apprend à maîtriser ses élans à travers le dessin, ce qui donne lieu à de formidables envolées graphiques.

Olivier Cret aurait pu s’en contenter, nous laisser dériver au gré des fantaisies d’une gamine. Après tout, l’animation, quand elle est si maîtrisée, est faite pour ça. Mais le scénario va beaucoup plus loin. Très vite, on comprend qu’un secret tiraille les parents. Y aurait-il une histoire derrière les cheveux blancs de Lucy ? Pourquoi l’enfant ne se souvient-elle pas de sa vie d’avant ce fameux « accident » ? L’écriture est fine et aboutie. Des éléments sont disséminés tout au long du film de façon à ce que tout prenne sens lors du dénouement. Mémoire et rêveries s’entremêlent dans ce qui apparaît comme une relecture totale du roman de Morpugo plus qu’à une adaptation. Même si on pourrait regretter une deuxième partie de film plus consensuelle et univoque, le souffle du récit ne se perd jamais, et le talent d’Olivier Clert pour l’entretenir est indéniable.

Sélectionné également à Cannes, il ne serait pas étonnant de compter le film du studio parisien Xilam (connu pour leurs dessin animés télévisuels Oggy et les Cafards et Zig et Sharko) dans les futurs classiques de l’animation française, tant il réunit les qualités nécessaires à ce statut : un récit à la fois universel et subtilement raconté, et une esthétique audacieuse.

Guillaume Poisson

Le mystère Lucy Lost
Film d’animation français d’Olivier Clert
Avec les voix de : Charlie Rosenzweig, Zach Valentin-Dattas, Jessica Monceau…
Durée : 1h29
Date de sortie en salle : 28 octobre 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.