La grosse performance de Romain Duris dans « Nos batailles »

Un Romain Duris épatant dans un film d’une justesse inouïe, en dépit d’un double sujet grave, signé du jeune réalisateur Guillaume Senez.

Nos batailles Photo Laetitia Dosch Romain Duris
Copyright : Haut et Court

Qu’il est beau et humain ce film ! Et pourtant, le sujet ne prête pas vraiment à rire ni à s’émerveiller. Non, Nos batailles nous plonge en plein dans le quotidien d’un homme lambda qui va devoir se battre aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan privé et réapprendre à vivre différemment. Le long-métrage de Guillaume Senez, son second, convoque en effet tout l’attirail du film social voire même sociologique dans son sujet mais le traitement qu’il adopte évite tous les écueils du film protestataire et engagé ou du pensum psychologique ennuyant. Mieux, il transcende un banal et sombre drame du quotidien en une ode à la vie coûte que coûte, à la débrouillardise et aux liens familiaux. Un film qui, malgré l’âpreté que peut avoir la vie, reste optimiste jusqu’au bout. Une œuvre qui passe de l’ombre à la lumière et nous fait passer des larmes aux sourires en se gardant bien de tomber dans le piège du misérabilisme ou du pathos à outrance. L’émotion nous submerge plutôt tout le long du film et en douceur, elle nous serre le cœur.

Nos batailles afficheJugez plutôt. Olivier et Laura tentent tant bien que mal de joindre les deux bouts avec leurs boulots respectifs tout en élevant au mieux leurs enfants. Mais un jour Laura disparaît sans raison et le scénario se gardera bien d’en donner une. A raison, car on n’est pas dans le thriller mais aussi pour qu’il ne s’éloigne pas de son centre de gravité. Et ce dernier c’est Olivier, joué par Romain Duris, qui va devoir jongler entre s’occuper de ses enfants, son boulot et son investissement dans le syndicat de son entreprise. Une entreprise où les conditions de travail sont de plus en plus aliénantes et soumises aux contraintes du capitalisme moderne. Le sujet du père débordé qui doit apprendre à gérer sa progéniture a donné lieu à de nombreuses comédies plus ou moins réussies mais ici le thème est abordé de manière réaliste et frontale. On aurait pu croire que de lui adjoindre un aspect économique et social avec la lutte en entreprise aurait été de trop. Sans marteler son propos, on ressent l’aspect révolté du cinéaste envers la logique du travail moderne et ses dommages collatéraux (licenciements, suicides, dépression, …). Et le poids que cela peut avoir sur la cellule familiale contemporaine. Pourtant Senez parvient à marier les deux avec maestria dans un cocktail parfait de drame intime et de chronique sociale où tout sonne terriblement juste.

Si l’on ne devait retenir qu’un mot de Nos batailles c’est effectivement la justesse. La direction d’acteurs permet aux comédiens de donner le meilleur d’eux-mêmes dans des scènes où les dialogues semblent parfois improvisés. Ils s’interrompent, impriment l’espace et font parler leur cœur poursuivis par une caméra qui leur colle à la peau en faisant oublier qu’elle est là. Pour un résultat poignant et frappant de justesse, encore une fois. Romain Duris livre une performance extraordinaire, loin de ses rôles habituels, une performance qui pourrait l’amener aux Césars d’ailleurs. Il est littéralement Olivier. Les seconds rôles sont tout aussi épatants, notamment les enfants et Laetita Dosch qui montre par sa gouaille naturelle et son tempérament de feu qu’elle fait partie des actrices sur lesquelles il faudra compter. Si vers la fin le film se traîne un peu et pêche parfois par excès de pudeur, il y gagne encore une fois en réalisme et donc en pertinence. Du cinéma simple, certes, mais du cinéma beau et sincère qui dissèque l’homme dans son quotidien et ses failles mais ne le juge jamais.

Rémy Fiers

Nos batailles
Film Français, Belge de Guillaume Senez
Avec Romain Duris, Laure Calamy, Laetitia Dosch…
Genre Drame
Durée : 1h 38m
Date de sortie 3 octobre 2018

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