Silvio et les autres : rencontre manquée entre Berlusconi et Sorrentino

Après La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino propose un nouveau portrait au vitriol d’une figure politique italienne (Berlusconi) mais rate son coup avec un film bancal et désarticulé.

Silvio et les autres Photo Toni Servillo

Sorrentino et Silvio Berlusconi. Ces deux là devaient bien se frotter l’un à l’autre à un moment. Et c’est chose faite avec ce Silvio et les autrebien décevant. Pourtant le style clinquant du cinéaste transalpin ne pouvait que se fondre avec la vie exubérante de l’ancien chef d’état italien. Mais le résultat n’est vraiment pas à la hauteur des attentes surtout de la part d’un réalisateur qui nous a offert l’un des plus grands films de la décennie passée avec son somptueux et baroque La Grande Bellezza suivi du non moins excellent Youth sans oublier la série acclamée The Young Pope avec Jude Law. Il semblerait ici que Sorrentino se soit senti dépasser par l’ampleur de son sujet et qu’il n’a pas su par quel bout croquer le portrait de l’homme le plus controversé d’Italie.

Silvio et les autres AfficheOn ne peut dire que l’incarnation de Berlusconi par Toni Servillo soit en cause tant, à force de grimages et de mimétisme gestuel, la ressemblance se tient. L’erreur est plutôt à chercher du côté du scénario qui se voit obliger de rajouter au portrait du Cavaliere celui d’un petit maquereau opportuniste voulant l’approcher. De ce fait, sur près de deux heures et demie de film, il y a déjà près de la moitié qui paraît un peu hors sujet, quand bien même on essaie de raccrocher les wagons entre les deux parties par le côté festif et l’attrait pour les jolies filles utilisées pour attirer l’attention de l’un sur l’autre. Le style de Sorrentino, auquel on ne pourra pas reprocher ses plans magnifiques et d’une esthétique incomparable, semble pourtant ici étrangement vain. On a encore droit à de sublimes séquences complètement magnétiques et d’une beauté incontestable (la fête sous MDMA à la piscine, le camion-poubelle qui fait une sortie de route…) mais plutôt ostentatoires et vaines.

Peut-être que l’impression d’inachevé, voire de ratage, qui nous parcourt est due au fait que le film a été raccourci de quarante-cinq minutes. A la base, il devait être en deux parties et, pour un format plus facile à digérer sur grand écran, il a été remonté. Voilà peut-être la raison pour laquelle on ressent comme un film parfois désarticulé auquel il manque des passages. Dans tous les cas, on ne s’ennuie pas, bercé par la mise en scène flamboyante du cinéaste et des dialogues parfois savoureux qui fustigent une Italie à côté de la plaque. Mais on reste sur notre faim et on se prend à rêver de ce qu’aurait pu être une biographie des années de règne du Cavaliere plutôt que ce portrait en biais de lui dans sa villa Sarde et à un moment donné. La critique de l’homme est présente, confinée dans la satire, mais elle reste assez douce et on est loin du pamphlet ou du portrait au vitriol. Bref, c’est un film en demi-teinte qui nous parvient, loin du chef-d’œuvre peut-être trop attendu autour de cette rencontre Berlusconi / Sorrentino.

Rémy Fiers

Film Italien, Français de Paolo Sorrentino
Avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio…
Genres Biopic, Drame
Durée : 2h 38min
Date de sortie 31 octobre 2018

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