[Live Report] 15 ans de New Noise au Trabendo : Vox Low, J.C. Satàn et Jessica 93

Nous avons célébré vendredi soir au Trabendo les 15 ans de New Noise, magazine militant pour la musique qui compte et qui fait du bruit. Nous étions avec Vox Low, J.C. Satàn et Jessica 93, et nous pouvons le confirmer : ça faisait du bruit !

JC SATAN – Trabendo – 2019-06-14 – Copyright : Robert Gil

C’est la fête du « nouveau bruit » au Trabendo. Bière et food truck en écoutant Nine Inch Nails alors qu’un semblant de chaleur semble enfin réconcilier Paris avec ce mois de Juin difficile. Bon, expliquons-nous : c’est l’excellent magazine New Noise, combattant valeureusement depuis 15 ans au service de la musique indépendante, qui organise un festival pour son anniversaire dans ce bel endroit, à la fois Rock et convivial qu’est le Trabendo. Et ce soir, la célébration du bruit à la française a fière allure puisque nous pourrons écouter J.C. Satàn et Jessica 93, précédés par Vox Low, jeune groupe à la réputation grandissante.

20h25 : Vox Low (étiqueté « post-punk pour dark-floor » dans la publicité pour le festival), pratique en effet un post rock mâtiné de post punk – la basse en avant dans la bonne tradition Joy D. : sur une rythmique métronomique, une guitare et / ou des synthés (vintage a priori, avec un son souvent remarquable…) qui déchirent la chape de plomb, et quelques vocaux minimaux qui participent à un sentiment lancinant de plongée sans fin dans un abîme glacé. Les textes – en anglais – sont d’ailleurs apparemment nourris par la littérature de SF la plus intelligente (le groupe cite Dick et Dantec…). Le résultat est souvent vraiment beau, parfois un tantinet longuet quand certains morceaux s’éternisent un peu trop, et qu’on finit par perdre la concentration requise par cette musique. Pour être vraiment exceptionnel, Vox Low devrait soit occasionnellement vraiment lâcher la bride et laisser sa musique exploser, soit au contraire aller plus loin encore dans la perfection métronomique obsessionnelle. 1h05 satisfaisante, qui recueille une large approbation de la part du public du Trabendo (un public familier du groupe et conquis à l’avance ?) : voilà une belle entrée en matière pour la soirée…

Mon sentiment que chaque groupe a amené son public se confirme lorsque je vois que la salle se renouvelle complètement pendant l’installation du matériel de J.C. Satàn.

22h : la première chose qui me vient à l’esprit quand Arthur tire ses premiers riffs de la soirée de sa guitare et de l’ampli Orange juste en face de moi, c’est : « P… ! Je n’ai pas entendu quelqu’un jouer aussi fort depuis Gedge de Wedding Present en 1989 ! » Ayant admis que ce soir, on perdrait un peu d’acuité auditive, il ne reste plus qu’à profiter d’un concert où tous les voyants sont dans le rouge. Arthur, c’est un peu notre Ty Segall à nous : virtuose de la gratte, passant du rock stoner au punk sans oubler le rock garage, Arthur fait un show intense, qui réjouit autant la vue que les oreilles (enfin, ce qu’il nous en reste…), du pur rock’n’roll vraiment furieux et tout joyeux à la fois. Le seul problème ce soir, mais il est de taille, c’est que les voix sont complètement inaudibles de là où nous sommes placés, devant la scène, ce qui empêche de rentrer totalement dans le set. Mais il est clair que ça n’empêchera pas les fans, les vrais, de transformer le Trabendo en un ballroom en folie : le mosh pit est bien allumé, mais on restera dans la joie et la bonne humeur, heureusement. Arthur s’humecte le gosier au Single malt 12 ans d’âge, Paula – la chanteuse – est à genoux quand elle n’est pas au micro, Romain cogne ses fûts comme un damné…, et d’un coup le set décolle complètement : metallic KO, my man, metallic KO ! J.C. Satàn (« garage-stoner-pop jésuférienne ») va jouer une heure complète, soit 10 minutes de plus que prévu, et nul ne s’en plaindra. Une belle démonstration de puissance de la part d’un groupe qu’on n’est pas loin de qualifier d’exceptionnel. Mais un set de forcenés qu’on aurait certainement plus apprécié si on avait pu profiter du chant…

23h25 : C’est avec vingt-cinq minutes de retard sur le programme que Geoffroy Laporte lance le set de Jessica 93, réduit ce soir encore à sa seul personne… ce qui est un peu malheureux car il nous a souvent semblé que la musique de Geoffroy s’enrichissait, s’ouvrait au contact d’autres musiciens, sans même parler d’adopter une plus grande décontraction sur scène, qui permet à la musique puissante de Jessica 93 de mieux respirer. Mais bon, faisons contre mauvaise fortune bon cœur, et laissons-nous entraîner par le maelstrom de sons que nous offre notre Geoffroy, sacré maître du « cold-grunge outre-périph » pour attirer le chaland ! On connaît le rituel : sur des beats pré-enregistrés, Geoffroy construit d’abord des boucles de basse et / ou de guitare, sur lesquelles il interprétera ensuite les parties de guitare et / ou de basse de chaque morceau, et chantera.

C’est fascinant à voir, sans aucun doute, parce que ça permet au spectateur de toucher du doigt l’architecture sonore de la musique, et sa fascinante complexité. Mais, comme pour J.C. Satàn précédemment, l’équilibre mal dosé entre ce fameux ampli Orange et la sono fait que la voix est quasiment inaudible au premier rang, et que l’équilibre entre les différentes couches sonores construites par Geoffroy est régulièrement mis en péril : bref, le spectacle offert par Geoffroy est superbe, mais pour apprécier la musique de Jessica 93 à sa juste valeur, ce ne sera pas pour ce soir. Heureusement, les aficionados à nos côtés au premier rang, qui connaissent tout le répertoire par cœur, s’en donnent à cœur joie, et l’ambiance générale restera à l’allégresse et à la ferveur. On pourra bien sûr regretter le choix habituel de Geoffroy de se dissimuler derrière ses cheveux : même si l’on comprend bien qu’il n’ait pas envie de se faire photographier, il y a quand même un effet de barrière entre l’artiste et son public qui l’adore, qui n’est pas des plus plaisants. Sinon, rien à redire à cette musique puissante, sorte de croisement contre-nature entre Nirvana et The Cure, ni à l’intégrité musicale de Jessica 93.

La soirée se termine, mais personne n’a vraiment envie de quitter ce cocon de bruit extrême qui nous semble à nous tellement confortable, tellement accueillant. Allez, une dernière bière avant de rentrer ? La nuit est encore si tiède… et le bruit si nouveau…

Photos : Robert Gil
Texte : Eric Debarnot

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