5 + 5 = les disques préférés de Benjamin Fogel

Benjamin Fogel a créé une vraie sensation avec ses deux romans, La Transparence selon Irina et Le silence selon Manon, qui combinent de manière originale SF, thriller et drame sentimental. Et comme la musique est clairement au centre des fictions prospectives de Fogel, il fallait lui demander quelle était la bande-son de sa vie d’écrivain.

Benjamin Fogel
Photo : Alexis Fogel

L’une des scènes-clé du Silence selon Manon, le dernier roman de Benjamin Fogel, se déroule durant un concert de Rock, disons en gros tendance post-punk. En lisant cette scène, des images très vivaces nous sont venues à l’esprit, et le spectre du Bataclan a plané un instant sur ce livre qui parle, entre autres, de nouvelles formes de terrorisme. Nous avons donc eu l’envie d’interroger Benjamin sur sa culture et ses goûts musicaux, pour comprendre un peu mieux l’homme derrière la fiction. Voici ses réponses…

5 disques du moment :

The Mountain Goats – Dark in Here

Je ne sais plus combien d’albums John Darnielle et ses Mountain Goats ont publiés. Je sais juste que je les aime tous – ainsi que son fabuleux roman Le Loup dans le camion blanc (Calmann-Lévy, 2015). Dark in Here ne fait pas exception. Sensible, puissant, bourré de titres forts et entraînants, il a tout ce que l’on peut attendre d’un grand disque d’indie-pop.

Boldy James The Alchemist – Bo Jackson

L’association entre le rappeur Boldy James et le producteur The Alchemist continue de faire des miracles. Simultanément old school, jazzy et aventureux, Bo Jackson est le digne successeur de leur précédent The Price of Tea in China. Le flow, pourtant monotone, de Boly James est habité d’une puissance et d’une force de volonté certaine. Les beats et l’art du sampling de The Alchemist le subliment. On n’avait pas vu association aussi fructueuse depuis Madlib et Mf Doom.

Turnstile – Glow On

Turnstile est inarrêtable. Leur nouvel album déborde d’énergie, de passion, d’envie. Les riffs incroyables s’enchaînent. On a l’impression d’écouter un immense groupe de rock des années 1990, entre grunge, punk et hardcore, le tout avec une touche fantasque à la Jane’s Addiction. 25 ans plus tôt, Turnstile aurait été tout en haut des charts.

Loraine James – Reflection

Signée chez Hyperdub, Loraine James offre avec ce deuxième album un disque électronique hybride et passionnant. Mélangeant la rigueur mathématique d’Autechre avec un désir jamais renié de faire danser les gens, la jeune femme noire et queer s’inscrit dans la continuité de Burial dans la définition de nouveaux espaces musicaux urbains.

Deafheaven – Infinite Granite

On l’avait senti venir, Deafheaven masque ses racines black metal sur ce cinquième album. Peu importe. La puissance, la richesse des structures, la complexité des développements, tout est toujours là. Les membres de Deafheaven voient grand et ils ont bien raison.

 

5 disques pour toujours :

Pearl Jam – Vitalogy

La beauté et la violence. Sombre et mélancolique, avec d’incroyables percées de lumière, Vitalogy est un album essentiel, par sa capacité à faire se côtoyer des titres que tout oppose, comme le suffocant Spin the black circle et le poignant Better Man, sans jamais créer la moindre rupture de ton. Pearl Jam reste à jamais une des meilleures démonstrations de ce que peut accomplir un groupe uni à la vie à la mort.

Radiohead – Kid A

Même avec le recul des années, je n’en reviens toujours pas de ce tour de force réalisé par Radiohead en 2000. Au sommet de sa gloire avec le succès international d’Ok Computer (1997), le groupe d’Oxford se réinvente complètement avec Kid A, un disque si novateur qu’il marque un point de rupture dans la musique contemporaine. Aujourd’hui encore, il semble impossible de définir Kid A. Après des centaines d’écoutes, on y revient à l’infini.

Kanye West – My Beautiful Dark Twisted Fantasy 

Également un disque de rupture. Avec My Beautiful Dark Twisted Fantasy, il n’est plus question de gangsta rap ou même de rap game. Kanye West embarque toutes les musiques pour les mettre au service de sa vision. Il devient un chef d’orchestre qui agrège les talents, à la fois réalisateur et musicien.

Autechre – Oversteps

Si je devais embarquer quelques disques sur une île déserte, il y aurait forcément un album d’Autechre, groupe dont je n’ai toujours pas réussi à percer l’intégralité des mystères. Avec son approche simultanément ultra pensée et instinctive, Autechre bâtit des cathédrales sonores dans lesquelles j’aime toujours me réfugier.

Converge – Jane Doe

Summum de l’esthétique de la violence, Jane Doe est un condensé de tout ce qu’on peut espérer en provenance du métal hardcore : un son abrasif et sans concession, une technicité irréprochable, et des idées folles en pagailles, le tout avec un vrai sens de l’éthique.

A lire, le dernier roman de Benjamin Fogel, le Silence selon Manon, paru chez Rivages / Noir :

“Le Silence selon Manon” : punk “straight edge”, acouphènes et anonymat

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