5 + 5 = les disques préférés de Sol Hess and the Boom Boom Doom Revue

Les bordelais de Sol Hess and the Boom Boom Doom Revue viennent de sortir leur premier album And The City Woke Up Alone!. A cette occasion, on a demandé aux trois garçons d’évoquer quelques disques de leur choix.

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Membre du groupe Sweat Like An Ape, le bordelais Sol Hess a sorti début 2021 un album solo avant de revenir en décembre dernier avec le  projet Sol Hess & The Boom Boom Doom Revue.
Au programme de And The City Woke Up Alone! on trouve des chansons pop folk hantées prennent par moment des accents post-rock où la voix et la guitare occupe quasiment tout l’espace. Un disque atmosphérique  et intimiste présenté comme un recueil de nouvelles sur lequel on pourra entendre une reprise de Lee Hazlewood (Sand) et de Daniel Johnston. C’est sorti le 10 décembre 2021 sur le label A Tant Rêver Du Roi.

5 disques du moment :

NATE SCHEIBLE – Fairfax

Sol : J’ai découvert ce disque et son histoire par le post d’un ami. Depuis, il ne se passe un jour sans que je pense à cet album. Un jour Nate Scheible trouve une cassette sans étiquette dans une brocante. Il l’achète et y découvre des « lettres audio » enregistrées par une femme, destinées à son homme, lequel serait en déplacement, loin d’elle, pendant un long laps de temps. Scheible se met à composer et enregistrer de la musique autour d’extraits de cette cassette. Ce qui rend ce disque assez saisissant, c’est qu’il pose plein de questions sans jamais nous donner les réponses. La narration est fragmentée, comme un film où on nous montrerait uniquement certains éléments, sans jamais nous expliquer le contexte général. Au contraire de ce qu’on pourrait imaginer, les « lettres » de cette femme sont dénuées de romantisme et sont, en somme, assez factuelles : elle y parle de sa vie, de la météo, du trafic routier, de sa situation financière… et pourtant, peu à peu, s’en dégage quelque chose de l’ordre d’un désespoir et de la souffrance liée à l’absence de l’être aimé.
Une voix parlée enregistrée (et d’autant plus lorsqu’on on ne peut y poser de visage ou d’identité) a toujours une présence particulière, qui s’apparente pour moi à celle d’un fantôme. Un ami à qui j’ai fait écouter le disque m’a fait remarquer que ce qui est passionnant dans « Fairfax », c’est que la musique a quelque chose de très « statique » ; on a l’impression d’être enfermé dans la maison de cette femme, presque coincé, à l’observer. Et c’est vrai qu’à force d’écoute, j’ai la sensation que c’est nous, les auditeurs, à l’écouter sans pouvoir intervenir, la rassurer ou la consoler, qui devenons les fantômes de cette femme.

KLIMPEREI & SACHA CZERWONE – Dans le Jardin

Roland : Ces temps-ci j’écoute beaucoup la musique de Christophe Petchanatz, alias Klimperei, que m’a fait découvrir mon ami Serge Korjanevski. On assiste dans ce disque à une musique de chambre, à la fois charmante, naïve, et pourtant très mystérieuse.

RIEN VIRGULE – La Consolation Des Violettes

Sol : La musique de Rien Virgule m’obsède depuis leur premier album, « Trente Jours à Grande Echelle » (2015). Leur répertoire est à la croisée du sacré, de la musique d’improvisation et de la B.O. d’un film tourné dans les limbes. « La Consolation des Violettes », leur troisième disque en date, est une messe sacrée d’une beauté violente et féroce, où chaque note semble hantée par la disparition d’un des membres du groupe, Jean-Marc Reilla. Et pourtant, cet album vibre comme jamais de vitalité et d’urgence.

FLOATING POINTS, PHAROAH SANDERS & THE LONDON SYMPHONY ORCHESTRA – Promises

Fred : Après le déjà superbe « Mojave Desert », Sam Shepherd de Floating Points nous propose ici un disque ambitieux, avec en invités le saxophoniste free-jazz Pharoah Sanders et le London Symphony Orchestra. Une suite de neuf mouvements, composés pour saxophone, cordes, claviers et électroniques. Un seul thème, posé en motif répétitif et qui va venir ponctuer inlassablement ce chef d’œuvre, invitant presque de façon contradictoire aux variations et à l’improvisation. Les mélodies, les rythmes et les phrasés s’installent puis repartent sur un fond sonore mouvant, évolutif, et probablement joué « rubato » … Floating Points nous propose encore un très beau voyage aux multiples promesses.

SOPHIE AZAMBRE-LEROY – Mix Tape Kaoss

Sophie Azambre-Leroy était une des deux moitiés d’un de mes groupes français préférés, Savon Tranchand. Ces 10 dernières années, en parallèle à ses projets, elle s’est amusée à explorer les possibilités du Kaossilator, ce mini-synthé jouet à écran tactile fabriqué par Korg. Cette mixtape compile une partie des morceaux qui ont résulté de cette expérimentation. L’univers de Sophie m’évoque de façon assez éloquente l’inconscient des rêves. A cette image, il y réside quelque chose d’un peu inquiétant tout en étant très drôle.

5 disques de toujours :

ALICE COLTRANE – Lord of Lords

Sol : Les masses orchestrales appuyées de cordes, de harpe, de piano, de synthés et de percussion de « Lord of Lords » nous enveloppent dans une matière cosmique épaisse. J’adore tout Alice Coltrane, mais celui-ci est peut-être mon préféré. Cette matière musicale organique nous relie à un tout qui donne à la fois le vertige et une sensation de complétude totale. Et le fait que ce disque soit hanté par le fantôme de Stravinsky (N.B. : son adaptation mystique de « L’Oiseau de Feu ») ne fait que renforcer cette sensation. Et je ne dis pas cela au sens métaphorique : Alice Coltrane raconte vraiment dans les notes du disque qu’une nuit l’âme de Stravinsky lui a rendu visite, et, qu’après avoir discuté de musique il lui a fait cadeau d’un élixir mystérieux à boire…

AND ALSO THE TREES – (Listen For) The Rag And Bone Man

Fred : Dès les premières notes, la guitare avec son trémolo m’évoque les vagues. Le disque entier est une balade au bord de la mer par temps gris, un jour d’hiver. Il y a des passages calmes : l’aller-retour incessant des vagues de guitare, le déroulement léger et continu de la caisse claire et des cymbales… On prend l’air, les embruns et on se laisser porter… Le chant nous raconte des histoires. Puis la tempête se lève, le trémolo s’assombrit insidieusement en distorsion, la batterie orageuse éclate, et on se prend des bourrasques en pleine figure.
Ce disque marque le début de ma période préférée de And Also The Trees dont j’attends avec impatience le prochain album, annoncé aux dernières nouvelles pour bientôt…

JACQUES THOLLOT – Cinq Hops

Roland : En plus d’être un batteur free hors-normes et passionnant (un véritable dieu à mes yeux) Jacques Thollot a aussi composé des disques superbes. Sa musique vient d’ailleurs et est d’une beauté inclassable.

CLOGS – The Creatures In The Garden Of Lady Walton

Fred : Objet non identifiable, écrit et composé par Padma Newsome (à découvrir également son magnifique « The Vanity of Trees ») : sorte de répertoire de chansons, dont la composition va emprunter à la pop, à la musique ancienne et baroque et à la musique contemporaine… S’y mêlent des cordes, des bois, des guitares électriques, un théorbe, un marimba et d’autres percussions… On y retrouve notamment les frères Aaron et Bryce Dessner ainsi que Matt Berninger (The National), Sufjan Stevens, et Shara Worden (My Brightest Diamond) que je trouve ici tout simplement magnifique.

MARIE MÖÖR – Les Vers de la Mort

Sol : En 2014, Marie Möör a adapté en musique ce texte en ancien français, Les Vers de La Mort, de Hélinand de Froidmont. Le disque se divise en quatre parties et on y trouve tour à tour à ses côtés Jack Belsen & Jac Berrocal, Joachim Montessuis & Gaspar Claus, Olivier Mellano et Laurent Chambert. J’y reviens régulièrement, et à chaque écoute j’ai la sensation de plonger dans un abysse profond dans lequel la voix sans âge de Marie Möör me narre une histoire ancestrale d’amour, de vie et de mort. C’est ce disque, et un autre titre de Möör, « Je Veux », qui m’ont donné envie de la rencontrer et de lui proposer de participer à notre album.

Sol Hess & The Boom Boom Doom Revue – And The City Woke Up Alone
A Tant Rêver Du Roi Records – 10 décembre 2021