“Stumpwork” : Dry Cleaning passe du noir et blanc à la couleur

Avec Stumpwork, leur second album, les Londoniens de Dry Cleaning s’éloignent du post-punk rugueux de New Long Leg (2021) pour une coloration plus pop et intime.

Dry-Cleaning
© Ben Rayner

Dry Cleaning était attendu au tournant. Leur post punk illuminé du premier album New Long Leg (2021) devait son salut autant à la présence de la chanteuse Florence Shaw qu’aux sons aiguisés qui animaient leurs compositions d’alors. Sur Stumpwork, le spoken word est toujours de sorti et surfe au coté des Sleaford Mods, Whispering Sons  et quelques princes des ténèbres, spécialistes du genre,  comme John Cooper Clark ou Mark E. Smith.

Stumpwork by Dry Cleaning Album Cover 2022Aux manettes, John Parish (musicien-producteur avec PJ Harvey, Boucan, Aldous Harding…) a su envelopper la musique des londoniens de dissonances mélodiques  adossées à une quantité d’arrangements discrets et limpides. Des cuivres, des claviers et des ovnis sonores  accompagnent les onze titres sur lesquels, Florence Shaw se confie. Son phrasé murmuré, désabusé et nonchalant est le moteur de Stumpwork. La guitare de Tom Dowse s’est débarrassée des vestiges new wave pour une approche plus…C86 ou indie-pop. Claire et discordante, elle tisse des accords lisses et secs. La basse lo-fi de Lewis Meynard groove entre dub et kraut, le batteur Nick Buston est l’anti-bourrin par excellence et privilégie l’appui rythmique au binaire.

En ouverture, Anna Calls From The Artic finit auréolé de claviers et saxophone pendant que la voix suave nous entraîne dans une spirale situationniste grave et intime. Elle fredonne des histoires de tortue et de chien sur l’excellent  Gary Ashby aux accents noisy-pop que Drivers Story et Dont Press Me s’empressent d’imiter. Sur Hot Penny Day, le jeu de Dowse rappelle un Television plus cold, soutenu par des bribes rythmiques hip-hop ou bien plus acoustiques sur Kwenchy Kups. La production de John Parish est similaire à celle de Geoff Barrow sur Primary Colors de The Horrors. Les déviances sonores s’intercalent entre, des références -dans le texte-  à Fat Boy Slim ou The Chemical Brothers sur Stumpwork, et d’une basse et guitare insidieuses à la Novel sur  le no-wave No Decent Shoes For Rain.

Certes, avec ce nouvel album, Dry Cleaning y a laissé au passage du mordant mais a étoffé sa palette sonore de riches perspectives. Ou comment passer du noir et blanc à la couleur.

Mathieu Marmillot

Dry Cleaning – Stumpwork
Label: 4AD
Sortie : le 21 octobre 2022

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